Cap-Sénégal

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La peur du noir


Pat Def - 11/03/2019

Cela fait maintenant quinze ans que nous avons mis le pied en Casamance (au passage, nous avons aussi des mille-pattes en Casamance !)
Et il y a cinq ans que nous avons ouvert Cap-Sénégal pour accueillir des touristes au restaurant ou en chambres (au repassage, nous n'accueillons pas la tourista au restaurant ou en chambres !)
On ne peut pas dire que la foule se presse nombreuse à la porte, mais cela commence à venir danka-danka ("petit-à-petit" en wolof). Il faut dire que le domaine devient (presque) aussi beau que celui du Club Med (... et surtout dix fois moins cher) et que tous nos travaux de constructions sont maintenant quasi terminés.
En plus, nous louons à présent le restaurant Sassanbon à Touka qui collabore avec Roland, l'ancien chef-cuisinier de l'hôtel Hibiscus, et nous avons donc enfin plus de temps libre à consacrer à nos visiteurs.
Et pour les mettre complètement à l'aise, nous le faisons dans une ambiance joviale, conviviale, familiale et toutautreargumentcommercial qui finit en ale...

Au Sénégal, nous avons fait la connaissance de nouveaux amis. Et ils sont nombreux... Des amis d'ici comme Jonas (Dimeko), Touka, Aliou, Mamady, Suzanne, Gnima, Bouba, Alfred, Lionel, Olivier, Babacar et tous les autres sénégalais...
De là-bas aussi comme Michel le champion du monde, Lucette et Gilbert, Gilles le castor, Serge, Babette et Luc, nos voisins de Genval, et quelques autres sénégaulois...
Autant de belles âmes que nous ne connaissions pas avant de débarquer en Afrique. Nous sommes à présent heureux de les revoir régulièrement au Sénégal. Et c'est réciproque à n'en pas douter.

Et vous zots, les z'anciens z'amis ? Qu'attendez-vous donc pour élargir votre horizon en notre compagnie ?
Hormis quelques-uns qui s'étaient déplacés le temps de trop courtes vacances, nous n'avons pas pu faire découvrir cette magnifique région à grand nombre de nos vieilles connaissances (Vincent était bien là mais où étaient restés François, Paul et les autres... ?)

Si vous n'êtes pas encore venus à nous, ce n'est certainement plus à cause du prix prohibitif du voyage puisqu'en passant par la Gambie, il y a maintenant des vols TUI à bas pix pour certaines périodes. En saisissant bien les opportunités, un budget vacances peut se révéler plus économique en allant à Cap-Sénégal qu'un séjour à Knokke, Val d'Isère ou Torremolinos (où tous, tous, tous vont, si tant est qu'il n'y a pas de place, place, place à la playa quand on y vamos !)
La durée du voyage ? Ce n'est pas si long... on part tôt le matin de Zaventem et on arrive dans l'après-midi. Ceux qui partent en voiture dans le sud de la France mettent autant de temps.
Alors quoi ? Où sont-ils, les zots ?
Auriez-vous peur de l'Afrique ?
Auriez-vous peur du noir ?

Heureusement, le nombre d'amis visiteurs belges a fortement augmenté cette saison.
C'est ainsi que nous avons eu le bonheur de (re)voir débarquer notre pote Vince the Prince en novembe. Puis, ce fut au tour de Xavier, un ex-pote d'il y a 40 ans devenu expat à mi-temps dans le sud de la France, de faire le détour avec sa chic Anne à Cap-Sénégal. Une belle (re)découverte que ce couple très soudé, très marrant, très sympa et très hors de France, comme dirait Stéphane Bern.
Ensuite, nous avons accueilli les MoPi's (Monique et Pierre, mes premiers collègues de Rush Studio) accompagnés de Claire, la femme de mon ancien associé Philippe (une petite pensée pour lui qui s'était éteint l'an dernier), de Marc, le frère de Philippe, qui nous avait introduit aux Editions Dupuis et au Journal de Spirou, et d'André, le puits de science qui gagna tous les quiz que nous organisâmes au restaurant Sassanbon (en prenant même de vitesse notre ami Michel Roux sur une question dont la réponse était : “Michel Roux” !)

Avec tout ce beau monde, nous avons été faire des tours en pirogue dans les bolongs pour voir les îles d'Egueye (où on a gardé les distances en repérant un crocodile, deux crocodiles) et d'Eloubaline (avec ses grandes cases à impluvium). On les a emmené avec Fred le guide découvrir le village de Cabrousse avant de faire un tour en VTT au Cap et en brousse. On a mangé des langoustes à midi et dansé le reggae à minuit sur la plage. On a dégusté des huîtres de palétuviers grillées au feu de bois dans un no man's land au bord du fleuve et en bordure de la Guinée Bissau. On a fait la tournée des petits rots de l'apéro en savourant un punch aux fruits de la passion à Diembering, au coeur d'un magnifique lodge naturel envahi par les oiseaux, les papillons, les fleurs de toutes les couleurs, et même à certaine période, par un spécimen rare qui, paraît-il, peut aussi vous en faire voir de toutes les couleurs. Comme il souhaire plus que probablement garder l'anonymat, je vous dévoilerai seulement que son nom commence par “Benoît” et finit par “Poelvoorde”.

Et puis surtout, nos amis de là-bas se sont liés d'amitié avec nos amis d'ici.

Des vacances qu'ils ne sont certainement pas prêts d'oublier ! Nous non plus d'ailleurs ! C'était cool de les revoir dans un tout autre contexte que d'habitude et nous les remercions de nous avoir permis de partager ensemble tant de joyeux moments.

Arrivée à l'île d'Egueye

A vélo dans les bolongs de Cap Skirring

A midi chez Anna

Sieste dans le hamac

Xavier Ros, Patrick Sterno et Marie Meunier devant les bolongs

Pierre, Monique et Claire arrivent à l'île d'Eloubaline

Marie Meunier pose sous le baobab

Et vous, qu'attendez-vous donc ? La vie est courte et le paradis, c'est par ici >>>
Demandez donc l'avis de Vincent, le premier ami qui nous a rendu visite et qui revient en avril se marier avec Thérèse, la jeune beauté sénégalaise qui rit quand on la... chatouille !

Le concours de danse


Pat Tédemaisons - 28/02/2019

Il y a quelques années, une école de danse de Ziguinchor, composée de gamins hauts comme trois pommes (à ne pas confondre avec les gammes de quatre pommes composées par Beethoven : pomme-pomme-pomme-pôôôômme), était venue faire une démonstration de leur talent au restaurant Sassanbon.
Tous de blanc et de vert vêtus, dansant avec un synchronisme parfait, ils avaient réalisé sous mes yeux ébahis un spectacle fa-bu-leux !
Comme Touka, l'actuel gérant du resto, m'avait confié que beaucoup de ses frères étaient danseurs (entre parenthèses, “frères danseurs”, c'est aussi suggestif que la citation qui couvre le mur du lycée de Cabrousse : “le roi entre dans l'arène”), je m'étais dit qu'il faudrait organiser dans notre stade Cap-Sénégal un show regroupant diverses écoles sous la forme d'une compétition de danse pour enfants.
J'imaginais qu'un large public serait ravi de découvrir comme moi ces fa-bu-leux jeunes danseurs...
On me présenta un artiste qui avait le bras long dans le milieu et était en contact avec toutes les écoles de danse de la région. Je lui expliquai vouloir proposer un concours de danse tous les mois. La première compétition aurait lieu le samedi 2 février à 17h et devrait durer trois heures au maximum afin que les enfants puissent rentrer chez eux en début de soirée.
Comme à chaque fois qu'il était question de musique, je demandai que le bruit reste confiné à l'intérieur du stade, pour ne pas avoir de problèmes avec les locataires des chambres, les clients du resto ou les voisins du coin.
Je lui fis d'ailleurs part de mon souhait de dorénavant NE PLUS LAISSER QUICONQUE ORGANISER UN EVENEMENT A CAP-SENEGAL SANS POUVOIR CONTROLER LE VOLUME DU SON (je l'écris en grand pour être bien clair là-dessus, au cas où un organisateur tomberait par hasard sur ce texte, parce qu'une majorité de demandes concernent des concerts et des soirées dans le stade ou bien des piscine-party's... alors qu'à mon humble avis, un stade sportif, c'est fait pour faire du sport et une piscine pour nager, pas pour crever les tympans de la population environnante !)
Je suggérai que deux jurés impartiaux, ainsi que les applaudissements du public, élisent le meilleur groupe.
Les équipes (cinq danseurs de moins de 14 ans + un coach) exécuteraient trois danses (un rock, une salsa, une danse africaine).
Un prix de 70.000 F serait remis aux vainqueurs (en espérant qu'il y ait suffisamment de spectateurs qui payeraient l'entrée de 1.000 F).
Il fut décidé de faire le tour des écoles pour rassembler les équipes et distribuer des tracts publicitaires pour annoncer l'événement.
Quelques jours plus tard, je découvris une affiche à l'entrée de Cap-Sénégal...
J'aime bien quand des collaborateurs prennent des initiatives, mais cette affiche posa problème parce que... je vous le donne en mille... ben, je n'avais rien demandé de ce qui était publié :
- l'artiste au bras long qui, au départ, ne devait nous donner qu'un simple coup de main, venait de se muer en principale tête d'affiche ;
- le concours de danse pour enfants passait au second plan, derrière un grand concert réunissant des stars locales du hip-hop et du rap ;
- l'événement s'étalait sur deux jours au lieu de trois heures, qui plus est à d'autres dates que celles prévues et annoncées sur nos premières publicités ;
- ma tête tirée d'une photo téléchargée sur internet était sur l'affiche qui me présentait comme le donateur des 70.000 F de prix (“regardez le gars qui donne l'argent, c'est lui... allez donc tous lui en demander !”) ;
- une entrée de 500 F était demandée au lieu de 1.000 F ;
- deux groupes de Ziguinchor étaient invités en plus des groupes locaux et il faudrait donc bien que quelqu'un paie leurs transport, repas et logement pendant deux jours et deux nuits.
Ce qui me désolait le plus était que personne de mon équipe n'avait vu cette affiche avant qu'elle ne soit imprimée et publiée !
Vu que je n'avais rien demandé de tout ça, je voulus tout annuler... mais Touka m'assura qu'il fallait le faire parce qu'il y aurait certainement beaucoup de monde (le sénégalais est optimiste de nature).
Hélas, le premier jour au matin, un décès dans sa famille empêcha Touka de venir faire le ménage dans l'organisation. A sa place, la sono que je n'avais pas demandée débarqua en renfort (à fond la) caisse, sous forme d'une montagnes de baffles monstrueux, capables de résister à un concert d'AC/DC !
Pendant deux heures, les DJ's balancèrent les tests du matériel pour vérifier qu'on percevait bien les basses fréquences jusqu'à la Grand'Place de Mons !
Je demandai de commencer le concours à 18 heures comme annoncé sur l'affiche, mais les seuls à être arrivés étaient les groupes de Ziguinchor.
Du coup, les premières danses ne débutèrent qu'à 20h30, quand tous les participants furent présents.
Comme toute l'animation se fit en diola, nous n'y comprîmes rien.
Le public se restreignit aux danseurs qui ne payaient pas d'entrée, à leurs trop nombreux accompagnateurs qui ne payaient pas d'entrée, aux six membres du jury qui ne payaient pas d'entrée, aux chanteurs et groupes présents pour le concert qui ne payaient pas d'entrée, aux membres du staff qui ne payaient pas d'entrée, aux techniciens de la sono qui ne payaient pas d'entrée et aux amis qui travaillaient tous à la “sécurité” qui ne payaient pas d'entrée (mais la sécurité de qui, s'il n'y a pas de public qui paie des entrées ?)
Si les petits danseurs furent assez terribles (bien qu'ils n'aient préparé qu'une seule danse au lieu de trois), cette première journée se termina par la recherche de couchages disponibles pour que puissent dormir les gosses de Zig qui n'avaient pas emporté de matelas, alors que leur venue était conditionnée à cette exigence au départ.
Le lendemain, ce fut un peu mieux puisque les finales commencèrent plus ou moins à l'heure et qu'il y eut un semblant de public (mais pas suffisamment).
Le concours se termina avec le discours surréaliste du président du jury, qui n'avait rien d'intéressant à dire mais qui, pour maintenir le suspense, le tira en longueur avant d'annoncer le nom du groupe des vainqueurs.
Et avec une remise du premier prix qui ne fut... pas remise... parce qu'on l'avait oubliée, tellement les résultats avaient tardé à venir.
Cela me chagrina d'autant plus qu'il fallut murmurer des paroles de réconfort aux oreilles des perdants qui pleuraient de tristesse et des félicitations aux gagnants qui pleuraient de joie. Un vrai murmure des lamentations !
Enfin arriva LE grand concert que je n'avais pas demandé et qu'il fallut clôturer à 23h30 au lieu de 22h (même si c'était plutôt sympa comme ambiance).
Les gosses de Ziguinchor restèrent dormir une nuit supplémentaire à Cap-Sénégal. Comme je n'avais rien proposé de tel, et puisqu'on faisait tout le contraire de ce que j'avais demandé au départ, cela ne m'étonna guère.
Lorsqu'ils s'en allèrent, ce fut au tour de Suzanne de suer sang et eau pour effacer les traces de ce qui ressemblait fort au passage d'un tsunami.
On vint aussi me présenter la note pour tout ce que je n'avais pas demandé mais qu'il fallait payer :
- la sono
- la nourriture
- le transport
En plus du don de prix, du logement à l'oeil, du travail de ménage final et du manque à gagner des locations annulées par les clients qui avaient fuit le bruit, l'expérience se révéla financièrement fumeuse, alors qu'elle aurait du se révéler fameuse !
A renouveler ? En tout cas (Touka), puisqu'il semble impossible de faire ce qui est demandé, il faudrait au moins ne pas s'évertuer à faire ce qui n'est pas demandé. Surtout si, en plus, ce n'est pas du tout ça qu'il faut faire... parce que ça, et c'est un comble, il faut quand même oser le faire !
Mais peut-être est-ce trop demander ?

Le calcul


Pat Toujuste - 31/01/2019

Mon compte était bon !
Un peu comme l'interminable mélopée Baye Fall des jeudis soir à Cap Skirring, je me mis à réciter tous les villages diolas des environs : Oussouye, Bouyouye, Ouïlle ouïlle ouïlle (non, ce village diola, du moins à ma connaissance, n'existe évidemment nulle part ailleurs que dans mon imagination qui interprète telle quelle l'intonation que je perçois quand un Diola me parle en diola !)
Une douleur fulgurante venait de me transpercer le ventre au point de pousser l'estomac à faire remonter par l'oesophage un cocktail au goût douteux : déjeuner de midi + bile + acide gastrique. Quel poison toxique avais-je donc avalé pour être mal à ce point, en ce beau jour de Nouvel An qui affichait une température de 30° ?
Appelé à la rescousse, le docteur Karim passa me voir en ce beau jour de Nouvel An (pas sûr que votre médecin européen assure pareil service, ni un jour de Nouvel An, ni quand la température affiche 30° et qu'il joue au golf).
Il diagnostiqua une “colique néphrétique”. Si, comme moi avant ça, vous n'avez jamais eu de coliques néphrétiques, profitez bien de la chance d'être en bonne santé, car le jour où ça vous arrive, ouïlle ouïlle ouïlle, comme on dit en diola ! Les crises provoquent des contractions très douloureuses. Mes voies urinaires étant bloquées par un mauvais calcul de rein. En définitive, mon compte était bon parce que le calcul était mauvais !...
Sur les conseils du médecin, je pris donc rendez-vous avec un spécialiste en urologie à l'hôpital régional de Ziguinchor.
J'ai donc testé pour vous le système de soins de santé en Casamance (ça, c'est du dévouement !)...
L'hôpital régional de Ziguinchor est d'aspect vétuste, bien loin de l'architecture neuve et flamboyante de l'hôpital de la Paix, situé à quelques kilomètres de là. Et contrairement aussi à l'hôpital de la Paix, ça grouille de monde à l'hôpital régional ! Les malades se faisant sans doute soigner en plus grand nombre à cet endroit parce que ça doit coûter moins cher. Il y a plusieurs bâtiments répartis un peu n'importe comment sur une grande surface au sol. D'abord, Marie et moi ne trouvons pas de service d'accueil à l'entrée. Seuls quelques gardiens règlent la circulation.
J'entre donc au hasard dans le premier bâtiment “Radiologie” et fais le pied de grue comme tous les autres devant le bureau d'une secrétaire. La foule se presse et pose des questions. La secrétaire répond : “asseyez-vous là et patientez”. Quand vient mon tour, elle m'indique où se trouve le bâtiment “Urologie”. Il y a encore plus de monde. Nous nous adressons au planton en uniforme militaire de service pour lui expliquer avoir rendez-vous à 11h avec l'urologue. Il répond : “asseyez-vous là et patientez”. Comme il y a plus de 50 personnes assises, patientes et en attente, je sors mon téléphone et appelle l'urologue pour lui confirmer que je suis bien arrivé à l'heure qu'il avait convenu.
L'urologue me fait passer dans son bureau et me conseille de passer une échographie. Il appelle le service du bâtiment “Echographie” qui lui répond avoir trop de demandes et qu'il est impossible de faire passer quelqu'un d'autre aujourd'hui. Ne s'avouant pas vaincu, il contacte le camp militaire situé à quelques kilomètres, et là, par contre, le service est disponible (j'en conclus que le service militaire est une bonne option). Arrivés à bon port, on nous dit d'abord : “asseyez-vous là et patientez” avant de me suggérer ensuite d'aller (en attendant) payer à la caisse de la caserne. Ce dont je m'acquitte. Tiens, le tarif pour les étrangers est 150% plus cher ?! Revenant à mon écho... revenant à mon écho (... et oui, il y en a !), après avoir bu les 15 verres d'eau nécessaires au remplissage d'une vessie vide de la taille d'une lanterne, l'appareil révèle, comme le bain à Archimède, la pomme à Newton ou la station Mir à Paco Rabane, où se situe le calcul. La doctoresse me dit que les résultats vont suivre.
- “Asseyez-vous là et patientez”.
J'avoue qu'il était assez difficile de rester assis à patienter car il a bien fallu évacuer les 15 verres d'eau en faisant une bonne dizaine d'allers-retours aux toilettes. Deux heures après, nous retournons voir l'urologue qui, après examen de l'échographie, me recommande de prendre rendez-vous pour une analyse de sang et pour un scanner. Tout simple, à priori ! Mais la prise de sang, c'est pour le lendemain et quelques jours plus tard pour le scanner, soit deux journées de travail à nouveau perdues et 240 km supplémentaires en taxi.
Le jour suivant, je retourne donc à l'hôpital régional de Ziguinchor pour la prise de sang... Je me dépêche pour arriver à 8h du matin. J'entre dans le bâtiment “Analyse” et fait le pied de grue comme tous les autres devant la porte du service. Après avoir examiné la demande de l'urologue, on me dit d'aller payer l'examen à la caisse puis de revenir avec la preuve de paiement. Après avoir cherché dans plusieurs directions, je me retrouve un peu par hasard devant la caisse, à l'entrée de l'hôpital. Un bon point : seules trois personnes font la file. Quand vient mon tour, le caissier me dit :
- “Avant de payer, vous devez d'abord aller à la facturation à côté...”
Je regarde sur le côté et découvre une foule de gens qui, telle une marée noire aussi épaisse que la soupe populaire, est amassée devant le guichet “Facturation”. Il me faut donc une bonne heure pour payer la prise de sang qu'on ne m'a pas encore faite (au tarif pour les étrangers... donc plus cher !)
Le ticket de paiement en poche, je me représente devant la porte du service “Analyse”.
- “Asseyez-vous là et patientez”. Après une heure de patience, on me fait plusieurs essais de piqûres (c'est pas de veine) et on me dit que les résultats vont suivre.
- “Asseyez-vous là et patientez”. Je demande si on ne peux pas transmettre ces résultats directement à l'urologue qui les avait demandés pour pouvoir faire le scanner. On me répond : “Pour le scanner, ils n'ont besoin que de connaître le taux de créatinine. On peut vous dire cela rapidement...
- “Asseyez-vous là et patientez”. Deux heures plus tard, je repars avec le résultat griffonné sur un bout de papier. Il est deux heures de l'après-midi et je suis toujours à jeun.
Le lundi suivant, je retourne pour le scanner. Rendez-vous était pris à 8 h à Ziguinchor. Je suis en retard, mais puisqu'on doit quand même attendre, je m'en fous ! J'entre dans le bâtiment “Scanner” et refais le pied de grue comme tous les autres devant une nouvelle porte du service.
Après avoir examiné la demande de l'urologue, on me dit de sortir de l'hôpital pour acheter à la pharmacie les produits d'injection nécessaires pour faire un scanner, puis de payer l'examen à la caisse et de revenir avec la preuve de paiement. Oui, oui, je sais, je sais !... Les sous d'abord, les soins ensuite !... Je connais le refrain : sous sous ou tagada soin soin !
Question : mais comment font ceux qui n'ont pas de sous ?... Et bien, je crois qu'ils ont recours à la naturopathie : ils finissent par manger les pissenlits par la racine ! Heureusement pour moi, quelqu'un note le prix sur la demande de l'urologue (au tarif étrangers, bien sûr !). Du coup, j'explique au caissier qu'on m'avait dit de venir directement à la caisse payer le montant indiqué, sans passer par la facturation. Cette inspiration m'épargne une heure de cohue et de bousculade. Le ticket de paiement en poche, je me représente devant la porte du service “Scanner” mais celle-ci est maintenant... fermée.
D'autres personnes sont assises et attendent. La porte reste fermée, fermée, fermée. Une jeune femme un peu forte commence à s'impatienter : “Ils ont donné rendez-vous à tout le monde à 8h... et à 10h, les portes sont toujours closes. C'est du n'importe quoi !”
Finalement, la préposée au scanner ouvre la porte et fait entrer une dame âgée qui ne tient plus debout à force d'être restée assise.
- “Les autres, asseyez-vous et patientez”. Un docteur arrive avec deux gars qui passent avant les autres sous le regard furax de la jeune femme un peu forte. Lorsque le docteur ressort, elle lui dit ses quatre vérités en wolof. De ce que j'en ai compris, elle lui reproche de passer devant tout le monde parce qu'il a une blouse blanche. Privilège de l'uniforme ! Toute les personnes devant moi finissent par passer au scanner. Je reste alors seul dans la salle d'attente. Un autre docteur vient avec un autre gars qui passe encore devant moi. La préposée au scan m'explique que c'est une urgence... Soit.
- “Patientez encore un peu et je vous prends après” me dit-elle... Inch'Allah. Il est presque midi lorsque vient mon tour. Elle me pose un cathéter, me fait coucher dans le scanner, les bras bien droits au-dessus de ma tête pour ne pas gêner les mouvements de l'appareil, me prévient qu'il faudra bloquer ma respiration, puis elle retourne se réfugier dans son local de travail. Elle me dicte ses ordres à travers l'interphone du scanner qui se met en mouvement : “patientez... patientez”. Le scanner ne bouge plus. J'attends dans une position inconfortable, bras tendus, pantalon sur les cuisses, cathéter au poignet qui repose sur une barre de fer. J'attends. J'attends. J'attends. Heureusement qu'elle ne m'a pas demandé de bloquer ma respiration !
Après dix minutes, mes bras tendus s'engourdissent et je les ramène sur ma poitrine en attendant la réaction de la préposée au scanner que j'imagine derrière la vitre, en train de vérifier où se situe mon problème sur son ordinateur. Silence... J'attends. J'attends. J'attends.
Bon, ça commence à bien faire. Toc, toc, est-ce qu'il y a un pilote dans l'avion ? J'attends. J'attends. J'attends.
Après une bonne demi-heure, la préposée réapparaît pour me dire :
- “Désolée mais il y a eu une urgence. Je vais maintenant vous injecter un produit qui va peut-être provoquer des céphalées ou des vomissements, mais il ne faut surtout pas bouger.”
Elle m'injecte à travers le cathéter un truc qui chauffe tout le corps en passant dans mon sang, me demande de me remettre en position et retourne derrière sa vitre. J'attends. J'attends. J'attends. Est-elle encore partie prendre en vitesse sa pause déjeuner ?
Enfin, elle me dit “bon, on va commencer...”.
Deux, trois blocages de respiration plus tard et hop, c'est fini !
Il est deux heures de l'après-midi et je suis toujours à jeun.
Avant de partir, elle me dit de beaucoup boire et manger.
Elle ajoute : “Revenez me voir après”.
Je lui demande : “C'est pour déjà avoir les résultats ?”
- “Non, c'est pour être certaine que vous avez bu et mangé suffisamment (je dois sans doute ressembler au petit enfant qui vient de naître et qui ne comprend rien du tout à ce qu'elle me dit)... Vous pourrez venir chercher les résultats la semaine prochaine !”
J'insiste pour savoir si on ne peux pas transmettre ces résultats directement à l'urologue qui les avait demandés et qui travaille ici, à l'hôpital.
- “Non, il faut patienter pour ça. Revenez la semaine prochaine.”
Je comprends mieux à présent pourquoi on appelle les clients d'un hôpital des... patients !
Je crois d'ailleurs que je ferais bien de patienter avant d'y retourner ! J'envoie donc un taxi chercher les résultats la semaine suivante et attends ensuite plus d'un mois en espérant que les mélanges d'huiles essentielles préparées par Marie, les jus de citrons et papayes pressés par Max ou les incantations christiques de Lionel me guérissent du mal. Plus simplement, j'attends surtout que le temps fasse son oeuvre et que mon corps rejette l'intrus.
Malheureusement, mon corps n'a plus 20 ans et l'intrus s'incruste. Les crises sont moins douloureuses et moins fréquentes, mais la pierre au rein, aussi appelée “calcul” (sans doute parce que π r calcule une circonférence), ne se dissout pas.
Je retourne donc voir l'urologue qui propose deux solutions :
1. La chirurgie ouverte : elle peut se faire à l'hôpital régional de Ziguinchor : on paie... on patiente... puis on endort entièrement le patient, on ouvre, on retire les pierres en espérant qu'il ne faille pas toucher à la vessie (on ne sait jamais), on referme et on prie qu'il n'y ait pas d'infections en faisant re-patienter le patient pendant plusieurs jours dans ce vieil hôpital vétuste... Heuuu ouiiii, mais quoi d'autre ?
2. L'endoscopie : elle se pratique à la clinique Ya Salam à Dakar : on anesthésie la moitié basse du corps, on fait passer un tube et la pierre est directement extraite à travers lui. Mais par où fait-on passer le tube ? Oui, oui, par là !... Par la voie naturelle, mon kiki ! Voilà encore une expérience traumatisante de vie qui s'ajoute à la liste.
Après avoir été me faire arracher un ongle à 20 ans, couper les cordons de la bourse (vasectomie) à 35, recoller la rétine de mon oeil à 50, il ne manquera plus qu'une coloscopie* à ce palmarès pour faire le tour de mes pires peurs.
* Introduction d'un tuyau dans le trou du fût entre mes deux caisses pour vulgariser l'opération avec ce contrepet vulgaire emprunté à Vincent et Michel.
Mais pourquoi est-il si fréquent de toujours devoir subir ce qu'on ne veut surtout pas subir et, par contre, ne jamais obtenir facilement ce que l'on désire toujours avoir ? Dieu, pourquoi tant d'injustice, que diable ?
Enfin soit, j'opte pour Dakar. J'appelle le chirurgien, un Professeur, que l'urologue m'avait renseigné (il fallait bien faire appel à un Professeur pour m'expliquer par a+b comment faire l'opération du calcul !)
Il propose de me rencontrer le lendemain et de me passer au bloc deux jours plus tard. Je préviens DKV, ma compagnie d'assurance en Belgique, que je dois me faire opérer au Sénégal et saute dans l'avion pour Dakar avec Marie (qui veut s'assurer que je serai toujours vivant à la sortie d'hôpital). La clinique, située face à l'océan le long de la corniche de Dakar, est coquette et équipée à l'européenne. L'accueil est rapide et (Thibaud) courtois. Une vaste chambre individuelle avec salle de bain particulière m'est réservée. Très vite, les questionnaires pré-opératoires sont remplis. Très pro (Courtois) !
Premier os : c'est pareil qu'à Ziguinchor (par conséquent, je suppose que c'est ainsi que les soins de santé fonctionnent dans tout le Sénégal) et il faut payer avant de se faire opérer (tout de suite donc). Comme il est prévu de m'hospitaliser huit jours, le devis dépasse mon budget. Je n'ai pas tant d'argent sur mon compte. Je peux en envoyer depuis la Belgique, mais je serai parti avant qu'il n'arrive. J'en parle au médecin. Il m'écoute et écourte la durée de trois jours.
Cela m'arrange doublement :
- d'une part, on peut rentrer un mardi avec le bateau, moins cher que l'avion ;
- d'autre part, cela réduit la fract... non... la facture de ce premier os en évitant aussi de nous retrouver sans un rond durant quelques jours à Dakar.
Second os : DKV me contacte pour prévenir qu'ils ne rembourseront rien, parce que je séjourne à l'étranger depuis plus de trois mois. Depuis des années, je paie des primes qui m'assurent en cas d'hospitalisation partout dans le monde.
Je n'ai pas souvenir avoir fait auparavant appel à l'assistance DKV en Belgique ou à l'étranger, vu que je suis en bonne santé (... justement parce que je vis plus de trois mois à l'étranger dans un endroit paradisiaque où il fait bon vivre, où il n'y a ni stress, ni pollution, où je fais du sport chaque jour, où je mange sainement au point d'avoir retrouvé le poids de mes 18 ans, je ne consomme ni tabac, ni alcool, ni drogue, ni rock'n'roll et j'ai même arrêté de boire du Coca-Cola depuis deux mois (ultime sacrifice !) parce qu'il n'est plus nécessaire de réveiller une digestion paresseuse causée par un trop-plein de chips et de chocolat.
Quand je pense en plus que ces primes ont augmenté de près de 150 % par rapport à la prime d'origine, le refus de DKV basé sur une clause discrètement introduite en corps 6 au milieu d'un recueil encyclopédique de termes juridiques (qu'on appelle aussi “conditions générales au verso”) me laisse un poil amer. Depuis la crise financière que quelques vautours et pigeons ont provoqué avec l'appui des organismes financiers telles que les banques et compagnies d'assurances, ces dernières s'évertuent à détruire la relation de confiance qu'ils avaient avant avec leurs clients. Or, le bon fonctionnement de notre système économique se base justement sur la confiance. A force de détruire la base, ce système pyramidal finira bien par s'écrouler (et les banques, et les compagnies d'assurances, et nous avec !)
Il faudrait les juger pour primes contre l'humanité, ouais !...
En deux mots : je râle ! En trois lettres : DKV !
Après avoir rongé mes os, je ronge mon frein et attends l'opération. Toc, toc, on vient me chercher ! L'anesthésiste pique dans la colonne vertébrale. Je reste totalement conscient mais ne sens plus mes jambes... On les place sur des étriers, exposant mon intimité à tous les intervenants de la salle d'op' (heureusement, je n'entends pas de petits ricanements !) Le chirurgien introduit la sonde... Je ne sens rien... ouf ! En regardant le moniteur, j'arrive à voir l'intérieur de mon bas-ventre grâce à la petite caméra fixée sur la sonde (heureusement, ce ne sera pas publié sur internet !)
En prenant le trou noir et en suivant au fond le deuxième tunnel à droite, après un passage dans une espèce de couloir spatial recouvert de vaisseaux sanguins, au milieu d'un bosquet d'algues blanches, le chirurgien repère le calcul jaunâtre et me le fait découvrir à l'écran. Après avoir nettoyé tout ce qui le bloquait, il enlève la pierre et je tombe dans les vaps.
Me voilà de retour dans la chambre où je vais pouvoir me reposer en paix (hé non, je ne suis pas mort !)
Beau travail et grand merci à toute l'équipe de la clinique Ya Salam qui a pratiqué l'intervention. Le service était parfait !
Mais comme souvent, c'est après l'opération que les choses se compliquèrent...
Lorsqu'on retira le drain (après l'avoir sifflé trois fois), les va-et-vient aux toilettes se démultiplièrent pour faire hippie (“peace”, comme ils disent ici !) et évacuer surtout beaucoup de sang. Or il fallait écourter mon séjour (grâce à DKV, l'assureur qui, de mon point de vue, n'assure finalement que ses arrières), puis voyager 12 heures en bateau, débarquer à l'île de Karabane, prendre une pirogue jusqu'à Elinkine et revenir en voiture à Cap-Sénégal. J'avais donc demandé s'il n'y avait pas un médicament pour éviter d'être incommodé par ces fréquents écoulements. Mauvaise idée... car juste avant de partir et après avoir bu les trois litres d'eau journaliers recommandés pour mon traitement, je fis une réaction allergique au médicament prescrit qui bloqua toutes les évacuations. Les heures qui suivirent se révélèrent être un véritable calvaire qui aurait fait la fierté d'un féroce bourreau chinois. Avec la même efficacité que le supplice de l'eau, le bas de mon corps se mit à enfler comme une outre. Pour libérer mes fonctions, il fut décidé de faire repasser, à vif et sans anesthésie, une nouvelle sonde qui traverserait l'urètre pour atteindre la vessie, la réaction au médicament ayant obstrué cette voie. L'intervention se révéla impossible et aussi martyrisante qu'un supplice du pal côté pile (et pour ceux qui ne sont pas au courant, ce supplice ne consiste pas à manger de la nourriture pour chien !)
L'abandon de la manoeuvre me permit toutefois de souffler quelques heures. Mais par la suite, le trop plein liquide, qui poussait vers la sortie d'urgence, restait toujours coincé à l'intérieur. Mon système urinaire complètement verrouillé ne laissait passer que quelques misérables gouttelettes de sang au prix de douleurs intenses.
Le voyage, enchanteur en d'autres circonstances, se mua en abominable chemin de croix. Arrivé à la rescousse, le docteur Karim de Cap Skirring ponctionna, à l'aide d'une seringue, 350 ml de sang dans la vessie.
Cet acte salvateur débloqua mes systèmes internes, libérant les pressions et ramenant peu à peu l'équilibre dans mon organisme au cours des jours suivants. Je m'en tirai donc à bon compte... alors que, finalement, mon compte n'était pas bon (puisque j'avais survécu à cette épreuve !).

La belle histoire


Pat Amodeler - 18/11/2018

Voici une belle histoire vraie qui n'est pas sans rappeler le film "Lion" projeté l'an dernier au lundi-cinéma de Cap-Sénégal.
Ce matin, en sortant de notre flambant neuve nouvelle maison 4 faç. lux. tt. confort, 4 ch. + 4 sdb, cuis. éq., 2 terr. + véranda ext...
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(note : mais pourquoi est-ce que j'écris en abrégé dès lors que notre flambant neuve nouvelle maison n'est pas à vendre ? Peut-être parce qu'il est dans l'air du temps d'économiser les mots, dégraisser l'effectif, vider le sens et ne garder que ce qui rapporte en temps et en argent).
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... je croise le regard de Picasso au loin (!)
Non pas LE célèbre Picasso espagnol qui est mort depuis longtemps, mais un de ses nombreux homonymes anonymes.
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(note : je vous avais déjà présenté Bouba le peintre, dont le surnom Picasso faisait référence à l'artiste dans ses périodes bleues et roses. Voici maintenant Pierre le jardinier, qui renvoie donc à Picasso dans sa période verte).
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Bon, j'arrête là pour les notes car sinon, à la fin, elles deviennent salées !
Reprenons...
Pierre collabore avec Mamady le sculpteur et a planté une bananeraie à côté de la flambant neuve nouvelle maison de Mamady, lui aussi grand surréaliste à sa manière, car chaque jour il part faire “flambant ses foufous” (si vous ne comprenez pas ça, c'est que vous êtes un bakaro !)
Pierre Picasso m'explique tout l'amour qu'il porte à sa plantation de bananiers et qui permet aux fruits de se développer bien plus vite et mieux que partout ailleurs.
Et c'est vrai que ses régimes pètent la forme (notre conseil du jour : faites régime et vous aussi, vous pèterez la forme) !
Après un cours de jardinage, il me parle de lui et de ses racines (on reste dans la plantation) pour dire qu'il vient d'un village lointain de Guinée “forestière” (on reste encore dans la plantation mais c'est ainsi qu'il nomme la Guinée-Conakry pour distinguer ce pays de la Guinée-Bissau dont la frontière se trouve à quelques kilomètres de Cap Skirring).
Pierre ne connait guère son village natal. Il est arrivé très jeune à Cap-Skirring avec ses parents qui se sont ensuite séparés alors qu'il n'avait que six ans.. Il n'a plus jamais revu son père, reparti en Guinée, et pensait qu'il était mort.
Pierre est donc resté vivre avec sa mère à Cap Skirring, y a grandi, s'y est marié, a fait trois enfants (dont des jumeaux, Michel et Edouard avec qui je joue parfois au basket).
Sa mère est morte il y a quelque temps et il habite maintenant juste derrière notre flambant neuve nouvelle maison. A ce qu'il me dit, il est très ami avec Mamady, qui est originaire du même coin que son père, au croisement de la Guinée, du Mali et de la Côte d'Ivoire.
En discutant avec une amie de Dakar qui travaille pour une association active dans cette région, Mamady lui a parlé du père de Pierre. Comme l'amie envoyait justement une émissaire visiter la région d'où sont originaires les parents de Pierre, elle proposa à Mamady d'essayer de retrouver le père de Pierre malgré le peu d'informations à disposition (rares sont les souvenirs de petite enfance enfouis depuis si longtemps dans la mémoire). En fait, tout ce dont elle disposait était son nom.
Coup de pot, elle retrouva un homme de près de 80 ans qui portait le nom recherché. Sans lui expliquer le but de sa visite, elle le questionna pour connaître son histoire. Il lui expliqua avoir vécu un temps à Cap Skirring avec son ex-femme et son fils Pierre qu'il n'avait plus jamais revu depuis qu'il était tout petit...!
Elle avertit alors Mamady de la bonne nouvelle !
Ce dernier proposa une rencontre vidéo sur Messenger entre Pierre et le vieil homme...
Ô miracle technologique d'internet, voilà que Pierre et son vieux père se retrouvent après avoir vécu éloignés de 1.500 km pendant 50 ans.
Un grand moment d'émotion assurément.
Ils croisent enfin leurs regards.
Se racontent leur vie. Partagent des souvenirs. Pleurent de joie.
Pierre promet de venir voir son père avant la fin de l'année. Et Mamady qui connaît la destination va faire de son mieux pour guider son bakaro jusqu'à bon port.
Parce que Mamady n'a pas que des rastas dans ses cheveux. Il a aussi le coeur sur la main !

Fruits de saison


Pat Saladaraconter - 13/06/2018

Saison terminée ! Notre resto “Sassanbon” a tangué mais pas coulé... Même si la petite mise au vert de la saison dernière s'est quelque peu prolongée (le vert dure).
Tangué et le vert dure, une fameuse aventure !
Pour écrire bref, nous avions trouvé deux entrepreneurs repreneurs (il y a de l'écho) européens, dont un restaurateur professionnel à la retraite, pour s'occuper du restaurant. Mais ils ont eu la mauvaise idée de se disputer juste avant de commencer. Il n'y eu finalement plus qu'un seul repreneur preneur (encore l'écho) : le restaurateur professionnel à la retraite qui entreprit de reprit... non... reprendre (la faute à l'écho) le restaurant en main.
Hélas, son manque de présence lié à des difficultés familiales fit que la sauce ne prit pas (un comble pour un cuisinier) !
Le duo sénégalais qu'il forma en remplacement de notre sympathéquipe ne s'est pas montré à la hauteur du défi que tout être humain mérite un jour d'avoir à relever : prendre son avenir en main et forger son destin.
Nous avons donc du patienter jusqu'à la fin des contrats pour décider d'une nouvelle orientation : nous tourner vers l'avenir et laisser le plus jeune de notre sympathéquipe, Romaric (alias "Touka"), faire ce qu'on imaginait que les repreneurs allaient faire au départ : s'inscrire au registre de commerce et s'occuper à plein temps de la gestion du restaurant.
Romaric a le potentiel pour relayer notre projet. Il est droit, diplomate, réactif et toujours présent. Avec lui, on est sûr que tout ce qui doit être fait pour satisfaire un client sera fait. De toute façon, ce ne sera pas difficile pour lui de trouver plus de clients que la saison passée (avec un chiffre d'affaires proche du zéro absolu) en bénéficiant d'une cuisine récemment équipée de matériel professionnel.
On croit aussi qu'un sénégalais sera plus à même d'éviter les bâtons que différentes administrations locales voudraient mettre dans les roues.
Du coup, nous pourrons continuer d'avancer en roue libre, l'esprit serein.
Alors, on avance, on avance... Ailleurs que dans le resto !
Nous construisons de nouvelles chambres “low-cost” derrière le terrain multisports avec toilettes et douches communes à l'extérieur et, bonne nouvelle, comme la mer, les murs montent ! Car dans une chambre, il faut faire les murs, toujours les murs ;-) On pourra donc bientôt faire la ola dans le stade et olé olé derrière les gradins !
Les plantes retrouvent la banane quand les tomates se risent en demandant “où cours-je ?” aux courges !
Des coquillages se cassent pour que la plage se déplace au jardin afin d'y jouer au beach-volley.
De nouvelles animations qui feront remuer ménages ou méninges sont imaginées.
Les livres sont livrés et les jeux sont faits !
Tout va bien...

Soutenez le projet, achetez l'album !


Pat Toujourfacile - 09/09/2016

DimekoCap-Sénégal, c’est notre centre de loisirs à Cap Skirring. C'est aussi une “sympathéquipe” à votre service. Un cercle restreint de collaborateurs qui, avec le temps, sont aussi devenus nos amis. Même si la vie n’est pas toujours facile quand on vit en Afrique, ils nous démontrent chaque jour qu’elle peut néanmoins s’éclairer d’un simple sourire. C’est pour rendre hommage à leur dévouement et à leur bonne humeur contagieuse qu’a été créé cet album, qui mélange tout à la fois des informations ludiques et instructives sur notre projet ainsi que sur la région. Le tout étant agrémenté par de multiples dessins humoristiques. En achetant cet album, vous participez vous aussi à notre élan solidaire puisque les bénéfices des ventes de ce livre seront principalement distribués à nos amis de Casamance.


accueil

Mise au vert


Pat Roto - 17/08/2016

Depuis que des lanceurs d'alerte ont été mis à l'ombre pour avoir mis en lumière les révélations WikiLeaks (scandale de la CIA), LuxLeaks (scandale de la fraude fiscale), NSALeaks (scandale des écoutes illégales), FootballLeaks (scandale de la FIFA) ou AstérixéobéLeaks (Gaulois à sandales), tout le monde sait que les murs (de Berlin) ont des oreilles (de Janeiro) et que les yeux (de Moscou) sont en face des trous (de Bâle).
Soyons rassurés citoyens : la terre veille (et la mer aussi) !
Il était donc certain que les Services de Renseignement Français auraient vent de l'ALERTE ROUGE lancée précédemment par l'Edward Snowden de ce blog.
Soyons donc doublement rassurés : ils ont terveilleusement réagi en levant l'interdiction aux Français de se rendre en Casamance.
En effet, la carte "Conseils aux voyageurs" publiée par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international a été modifiée. La Casamance n’est plus classée comme étant une zone à risques ! Hourra ! Hourra !

Mise au vert Casamance

La Casamance, ainsi que tout le Sénégal, reste néanmoins pour ce ministère, en état de vigilance "renforcée" à cause des attaques terroristes (pour rappel : 0 attentat au Sénégal), alors qu'en France (pour rappel : 8 attentats depuis 2015), la vigilance est "normale", preuve s'il en est de l'objectivité et de la bonne foi des services administratifs du gouvernement "Moi, Président..."
Autre bonne nouvelle, la Gambie toute proche est redevenue un endroit fréquentable depuis la chute et la fuite du dictateur Neinein Toujou... non, c'est le contraire... Yahya Jammeh, parachutedoré dans un paradis fiscal où il n'aura de compte à rendre ni sur la provenance des milliards volés à son peuple, ni sur les exactions commises en 22 ans de règne sans partage.
La compagnie aérienne TUI proposait de novembre à fin mars des prix cassés sur le vol Bruxelles-Banjul (à partir de 198 € A/R la saison dernière).
Ami lecteur, permets-moi ce petit conseil pour la prochaine saison : sois aux abois des prix TUI pour toi !
Arrivé à Banjul, Jonas peut venir te chercher à la sortie de l'aéroport et t'emmener à Cap Skirring (220 km) dans son taxi 6 places pour 300 € A/R (à diviser par le nombre de voyageurs, si tu viens en groupe).
Ensuite, tu passeras des vacances inoubliables en notre compagnie, ainsi que celle de nos amis d'ici, en ayant le privilège de pouvoir choisir parmi les options de séjour :
- promenades-découvertes
- sports-loisirs
- aventures-explorations
- carpette-bronzette
(biffer les mentions inutiles).
Alors dépêche-toi de trouver une famille ou un groupe d'amis pour profiter de vacances à moindre coût (50% sur le prix ordinaire, c'est un prix super et plein de sens, comme on dit chez Total).
Mais si les feux sont verts pour que cette verte région soit ouverte aux vertueux vertébrés, la réalité, elle, n'est pas aussi rose, comme dirait l'éléphant qui a un ver dans le nez (oui, je sais, c'est trompeur !)
Malgré toutes ces ouvertures, nous avons décidé de fermer notre restaurant (pour l'instant).
Au bout du compte, il faut reconnaître que ce métier n'était pas fait pour nous.
Car si nous avons sympathisé avec la grande majorité des clients, il faut bien avouer que quelques personnes nous ont aussi poussé vers la sortie.
La saison prochaine, après l'hivernage, on espère que la nature sera plus verte et qu'on y verra plus clair. En attendant, nous, on se met au vert !

Alerte rouge !


Pat Bonumeur - 17/05/2016

Si vous voyagez en France ou en Belgique, alerte : nous vous conseillons de faire preuve d’une grande prudence en raison des menaces d’attentats, d’activités criminelles et de troubles civils.
Surveillez les médias pour obtenir plus d’informations sur les risques de vous y rendre.
Après les récentes attaques, la menace terroriste est à son niveau maximum.
Nous vous conseillons de reconsidérer le besoin de vous rendre dans ces pays, à l’exception des grands axes qui les traversent, mais les emprunter nécessite néanmoins une très grande prudence.
La situation sécuritaire est imprévisible. Des bandits armés sont connus pour opérer dans les grandes villes où des voyageurs ont été attaqués.
Les manifestations sont fréquentes. Vous devriez éviter les grands rassemblements et les meetings politiques, car ils peuvent devenir violents. Les lieux de manifestations, y compris les lieux touristiques, administrations et autres lieux publics, devraient être évités.
Des affrontements entre la police et des manifestants ou des grévistes sont possibles.
L’armée contrôle certains bâtiments publics.
En cas d’agression et/ou de vol, portez plainte auprès des autorités de police locales et faites constater par un médecin les blessures éventuelles en résultant.
Au niveau de la santé, des maladies alimentaires, parasitaires et infectieuses sont fréquentes avec des crises plus graves qui se produisent de temps à autre. Nous vous recommandons de surveiller votre alimentation.
Consulter un médecin si vous avez de la fièvre ou souffrez de diarrhées.
Soyez donc extrêmement vigilant si vous décidez néanmoins de vous rendre en France ou en Belgique.
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Vous l’aurez compris, c’est de la fiction tout ça ! Cette alerte bidon, c’est du grand n’importe quoi…
Cela ne se passe pas comme ça en France ou en Belgique, bien sûr. Qu’est-ce que je raconte là !…
Pourquoi dégoûter les touristes de goûter à ces doux pays ?
Et bien, voyez-vous, parce que le grand n’importe quoi existe bel et bien sur internet.
Car si vous remplacez ci-dessus “en France ou en Belgique” par “au Sénégal”, vous n’aurez aucune peine à imaginer qu’on vous dit la vérité.
C’est ce que font les sites gouvernementaux… et ils font peur !

Alerte rouge Casamance

Ainsi, la France déconseille “vivement” de se rendre en Casamance en encadrant ce texte en gris pour le faire ressortir.

(Je cite le site) “Si les attaques sont exceptionnelles depuis 2013 en Casamance, un certain nombre d’incidents ont eu lieu, occasionnant des blessés.
L’année 2015 a été marquée par une légère recrudescence d’incidents sécuritaires (altercations entre les forces armées sénégalaises et les rebelles, ainsi qu’une quinzaine de braquages recensés sur l’année, majoritairement sur des routes secondaires et à la proximité des frontières).
Le mois de février 2016 a cependant été marqué par deux nouveaux incidents. Ainsi, un braquage de véhicule (avorté en raison d’une intervention de l’armée sénégalaise) est survenu le 9 février sur la Route Nationale 4 entre Bignona et Senoba, et un véhicule qui circulait de nuit sur un axe secondaire entre Diakoye Banga et Batong (département de Bignona) a été immobilisé et emporté par des hommes armés le 15 février” (Fin de citation).
Donc, si je résume l’alerte rouge du site gouvernemental français : il ne faut pas aller en Casamance parce qu’il y a eu quinze braquages sur les routes en 2015 et deux en 2016 (une voiture a même été volée !)
Tout ce qui est écrit est rigoureusement exact mais replacez cela dans le contexte global de la sécurité dans le monde et vous constaterez qu’en affirmant que la Casamance est une région plus dangereuse qu’ailleurs, le gouvernement ment ! Je ne sais pas vous, mais moi, quand le gouvernement ment, ça me titille !
Juste en passant, à titre de comparaison, savez-vous qu’on recense en France plus de 5.000 braquages par an ?… Mais méfiance, cette info vient d’internet et pourrait donc aussi s’avérer être du grand n’importe quoi… (en réalité, ce doit être beaucoup plus !!!)
Alors oui, il est important de dire la vérité au sujet de la sécurité des voyageurs, mais il faut surtout bien l’analyser avant de forger les opinions sans laisser galoper l’imagination des gens en terres inconnues.
En définitive, le problème est là : à part quelques résidents et autres téméraires aventuriers, personne n’ose plus venir en Casamance.
C’est incroyable mais vrai : à cause de menus larcins au fin fond de la brousse, le monde entier et mon dentiste désertent cette magnifique région du sud du Sénégal, dont le climat et la nature ont pourtant un avant-goût de paradis terrestre.
Pour rester objectif et ne pas laisser galoper votre imagination en terres inconnues, il faut aussi bien dire que le prix du voyage n’est pas donné et que l’accès y est compliqué…
Tout ça pour dire qu’il y avait encore cette année très peu de nouveaux touristes à Cap Skirring. Et, par conséquent, trop peu de clients chez nous, à Cap-Sénégal.
Nous avons fini la saison à perte, en réduisant nos effectifs (vu que ce sont aussi des amis qui se retrouvent au chômage, ce n’est pas la joie dans les chaumières).
Et malheureusement pour les Sénégalais, nous ne sommes pas les seuls à souffrir du déclin touristique de la Casamance…
Conséquence 1 : il n’y a plus de travail pour eux (et il n’y a plus de l’arZZZent).
Conséquence 2 : pour trouver du travail, il leur faut partir ailleurs (car pour survivre, il faut de l’arZZZent).
Conséquence 3 : les migrants affluent vers l’Europe (parce que là-bas, il y a de l’arZZZent).
Conséquence 4 : c’est encore vous qui allez le payer (parce que vous, vous avez de l’arZZZent).
Et au passage, n’oubliez pas de remercier le gouvernement français qui laisse aussi parfois galoper sa lourdeur en terres inconnues !
Alors, je me pose une question : pour un résultat identique (quoi qu’il arrive, vous aurez de toute façon moins de l’arZZZent dans votre poche), viendrez-vous vous éclater au paradis ou allez-vous continuer à attendre l’éclatement de l’Euro (ou pire encore, d’entrer dans les statistiques de braquages annuels en France ou en Belgique) ?
Comme vous le constatez, on est de retour en Belgique et je suis Pat Bonumeur !

Le four


Pat Apouf - 07/11/2015

Avant-hier, nous organisions notre premier concert !
C'était encore un peu tôt dans la saison pour créer l'événement à Cap-Sénégal, mais notre objectif premier était d'auditionner et tester le groupe "Essoukolale" qui était venu animer quelques soirées au restaurant "Sassanbon" pendant l'hivernage (et auxquelles nous n'avions donc pas assisté, vu que nous vivions à cette période dans un monde parallèle, sous un autre méridien, géolocalisé par satellite à des degrés, minutes et secondes bien éloignés des températures et du temps de Cap-Skirring).

Soucieux de nous faire redécouvrir ses talents gastronomiques, le chef Ibou nous a concocté un menu trois étoiles pour cette soirée des retrouvailles :
- Entrée : salad bar.
- Plat : poulet à la moutarde ou brochettes de poissons accompagnés d'un gratin dauphinois ou de petits légumes.
- Dessert : crêpes au chocolat ou salade de fruits.
"Est-ce que vous voyez ?" avait-t-il ajouté en nous observant d'un oeil, tandis que l'autre dressait déjà l'inventaire des courses à faire.

Ensemble, nous avions alors défini d'un prix qui ne mettait pas la barre trop haut et était accessible aux bourses des résidents (ou plutôt à leurs portefeuille, histoire de ne pas laisser l'imaginaire collectif cher à Jung et Freud s'emballer autour de doubles sens foireux) : 8.000 cfa (12 €) pour le menu, avec en prime un concert "live" d'"Essoukolale".

Une semaine avant la date prévue, on faisait imprimer des publicités qui furent déposées dans les endroits stratégiques du Cap.
Marie publiait le programme sur les sites Facebook de Cap-Sénégal et d'Actu-résidents. Un grand nombre de personnes virent le message.

Et puis arriva le grand soir...

Essoukolale en concert à Cap Skirring

Et quel soir, mes amis : ce fut tout simplement féérique !
Comme dans un conte des mille et une nuits, le thermomètre affichait 30° au compteur, les étoiles brillaient dans le ciel, les feuilles de palmiers découpaient l'obscurité d'ombres zébrées d'un noir plus dense, notre piscine, remise en état, était discrètement mise en valeur à l'arrière-plan par des éclairages veloutés verts et bleus, le buffet varié à souhait aiguisait les appétits et le repas était sincèrement savoureux.
Et par dessus tout, "Essoukolale " créait une ambiance extraordinaire en interprétant des chansons qui mettaient le feu à la salle.
Lorsque Cendrillon et Prince charmant (Marie et moi) ouvrîmes le bal, nous fûmes aussitôt suivi par toute notre équipe.
Il y avait longtemps que nous ne nous étions plus éclatés dans une soirée comme ça. Nous dansâmes jusqu'à ce que nos corps se liquéfient, évacuant aux passage quelques litres de sueur et trempant nos belles tenues de soirée, qui font désormais penser aux serpillères utilisées pour nettoyer la cuisine à grandes eaux.
Bref, un moment magique !
Et je le dis en toute objectivité...
Mon intégrité légendaire me permet aussi d'affirmer en toute impartialité que ma femme est canon et que tous ceux qui prétendent le contraire sont des boulets !
Cela est scientifiquement prouvé et rigoureusement exact !
Sans rire, ce fut un moment magique, je vous dis ! Vraiment fabuleux !
Et malgré toutes les raisons que vous pouvez invoquer, vous aviez tort...
Parce que les absents ont toujours tort et que vous n'étiez pas présent.
Il y a eu 0 client ce soir-là.
Le four !...

Bon vent


Lecharetombesursey Pat - 26/10/2015

Drapeau du SénégalGarde-à-vous ! Voici le drapeau sénégalais
Le vert signifie l’espoir (que la récolte de riz sera bonne), le jaune représente le travail (la récolte de riz sera fructueuse) et le rouge symbolise la vie (la récolte de riz sera mangée).
L’étoile du milieu exprime l’esprit d’ouverture du pays vers les 5 continents (la récolte de riz sera partagée avec tout le monde).
Et pourtant, il en reste qui ont encore faim quand l’étendard sénégalais vole au vent…
Et de vent, il en est question aujourd’hui, car en Casamance, c’est la fin de l’hivernage.
Cette saison, les villageois ont subi de très fortes ondées, des températures extrêmes, qui ont culminé en août et en septembre, et des vents violents, qui ont tout balayé devant leurs portes.
Et en ce moment unique sous les tropiques, tonique est la végétation, phréatique est la nappe et pique pique est le moustique.

Jusqu’à présent, nous n’avions jamais séjourné au Sénégal pendant l’hivernage.
Mais comme nous sommes là plus tôt que prévu cette année, nous baignons dans le jus de moustiques pour quelques jours encore.
La nuit, les orages grondent très souvent. Lorsque le ciel nous tombe sur la tête, la nuit noire se lézarde d’éclairs dans un light-show grandiose à faire pâlir d’envie tous les David Guetta de la galaxie.
Les grosses averses sont accompagnées de vents violents, proches de la tempête, qui font grincer les tuiles du toit et valser les branches des arbres.

Hier soir, j’ai entendu un gars qui criait dehors, près de l’avocatier du jardin :
– Attention, ça va tomb…
Et puis, plus rien…
Quand les avocats tombent, c’est l’hécatombe…
Il n’y a plus de Justice…
Ou alors, le gars a du s’envoler avec le vent…
Ou alors, ce sont ses paroles qui se sont envolées…
C’est d’ailleurs pour ça que je l’écris : pour qu’il reste quelque chose…
Et ce n’est que Justice…

En journée, par contre, le juste ciel est plutôt clément. A croire que les éléments préfèrent se déchaîner quand les gens dorment (à Saint-Tropez).
En tout cas, il n’est pas nécessaire d’arroser le jardin au matin. C’est déjà fait. Que demander de plus ? Les jardiniers doivent être heureux, non ?
Et bien, non…
Non, parce que les jardins de La Palmeraie où nous logeons ont été dévastés par la mouche blanche.
C’est assez désolant : toutes les haies du domaine, constituées de troènes ou de bougainvilliers, ont été déplumées et les branches mortes entrelacées en désordre font maintenant penser à des barbelés de tranchées durant la bataille de la Marne.
Comme son nom l’indique, cette variété de mouche minuscule est blanche et vient pondre ses oeufs sous les feuilles des haies. Les larves fraîchement pondues en sucent la sève, provoquant le dépérissement des haies, pour éclore sans aucun remords.
Une fois en âge de se reproduire, les nouvelles générations viennent à nouveau pondre leurs oeufs sous les feuilles des haies. Et s’il n’en reste plus, elles s’attaquent aux autres plantes.
Le cycle de vie de la mouche blanche, sans aucun doute fascinant et merveilleux si on voit les choses du point de vue de la mouche blanche, n’arrange évidemment pas les affaires des jardiniers qui, après avoir vu les fruits d’un dur labeur dévastés par les animaux d’élevage des villageois qui divaguent (les animaux, pas les villageois… en général, du moins) sans surveillance, n’importe où, sauf dans les champs de riz des villageois (poursuivant ainsi le cycle de vie fascinant et merveilleux transmis par les ancêtres des villageois), doivent maintenant faire face à un nano-parasite vorace qui mange tout ce qui est tri zouli.
On n’est pas sorti de l’auberge !

A ce propos, la bonne auberge où les appétits voraces mangent de tri zoulis plats, c’est bien chez nous !
Toute la sympathéquipe de jeunes gens dans le vent du “Sassanbon” est restée ouverte à la clientèle pendant tout l’hivernage, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.

la sympathéquipe de Sassanbon

Bravo à eux qui ont assurément réalisé une belle performance dès lors que toute activité s’arrête pendant cette période (on peut parler d’hivernation).
Déjà que nous n’avions pas pu faire de bénéfices pendant la pleine saison, pas question, bien évidemment, d’en faire pendant l’hivernage car il y a trop peu de monde et notre volonté d’afficher des prix bas ne compense pas le manque de clients.
Nos amis ont pu maintenir la tête hors de l’eau, qui tombait par moment à très grosses gouttes.
Les échos sont en général positifs et les clients reviennent. C’est de bon augure pour l’ouverture de la future saison touristique qui arrive dans quelques jours.
Rappel : il n’est plus demandé de visa pour aller au Sénégal et il n’y a pas d’Ebola là-bas…
Bis : Pour tous ceux qui avaient annulé leur voyage l’an dernier à cause d’Ebolalaba, il est inutile de paniquer car il n’y a eu qu’un seul cas faussement recensé : un guinéen qui venait se faire soigner à Dakar. Il a été guéri…
Ter : en Afrique, il existe donc aussi des hôpitaux où on soigne les gens en cas de maladie. Il n’y a pas que les fétiches du marabout qui sont d’usage.
Soyez donc rassurés, vous qui suivez ce blog depuis l’Europe : vous pouvez venir nous voir. On va bien vous soigner ! Aux petits oignons…
Bon vent et prenez garde à vous !

Note aux lecteurs : en reprenant tout depuis le début, cette fin en boucle vous permet de poursuivre à l’infini le cycle de vie fascinant et merveilleux de cet article.

Retour à Sassanbon


Pat Travail - 18/10/2015

Mmmh… Sassanbon… et ça sent le retour à la maison !
Cap-Sénégal, nous revoilà plus tôt que prévu.
Travail oblige… car nos affaires en Belgique ne dépassent pas le niveau zéro d’une mine désaffectée (et la température se rapproche aussi du degré zéro qui affecte nos mines).
Nous avons donc décidé, d’un commun accord avec le comité d’entreprise réunissant 100% des travailleurs de notre société MagixL, c’est-à-dire Marie et moi, d’écourter notre séjour dans cette Europe en crise pour aller tenter notre chance ailleurs. Là d’où les migrants partent en chemin inverse, tenter leur chance chez nous… Ceci afin d’apporter notre contribution à l’équilibre planétaire, après avoir largement contribué à l’équilibre budgétaire belge !
Puisqu’il faut bien rattraper les milliards d’économies nationales transférés dans les poches d’anonymes spéculateurs internationaux, l’Etat taxe.
Et s’il paraît qu’on récolte la papaye avec une foufourche, les tataxes, elles, se papayent à la loulouche, comme dirait Bebel à Lelouch !
Comme tout le monde, on en a un peu ras-le-bol de siphonner nos comptes pour renflouer les caisses vides de l’Etat.
Bref, on a réservé nos billets d’avion taf-taf sur le site de Brussels Airlines pour partir à Dakar.
Bonne nouvelle, les tatarifs ont baissé. Mais pas les tataxes… Or, l’Etat Sénégalais avait annoncé une baisse des taxes d’aéroport pour relancer le tourisme. Qu’en est-il ? Mystère !
En gros, on économise 100 € par personne par rapport à l’an dernier : 650 € au lieu de 750 €.
Autre bonne nouvelle : le visa est supprimé ! 52 € par personne en moins… mais surtout la fin des démarches administratives alambiquées qui faisaient perdre un temps fou et qui, au final, coûtaient bien plus cher que le prix de ce foutu visa.
A Dakar, nous avons été boire l’apéro dans un petit resto sympa en bord de mer. Il y avait 6 ou 7 employés de maison et nous étions les seuls clients. Un serveur vient vers nous en demandant ce qu’il peut nous servir…
Y a pas… Y a plus… Y a pas !
A cause d’une grosse nouba hier soir, les gens ont tout vidé. Il reste juste du Coca et de la bière…
Ouais, ouais, ouais !
Je commande un Coca et Marie un Tango pour être un peu “Tango-Tango”, selon l’expression consacrée de Mamady.
On le prévient que d’ici une heure, on mangera au resto. Ce serait sympa d’aller chercher une bouteille de rosé dans un magasin à quelques pas d’ici…
— Pas d’pRRRoblèm les zamis, on est ensemble !
Et il retourne papoter avec ses collègues.
Une heure plus tard, on passe à côté s’installer à une table.
Un serveur vient vers nous en demandant ce qu’il peut nous servir…
Y a pas… Y a plus… Y a pas !
Finalement, on commande deux salades accompagnant la bouteille de rosé que son collègue était censé partir acheter.
Du coin de l’oeil, on observe les vagues de l’océan qui s’échouent sur la plage.
Et on attend… on attend… on attend… avec la curieuse impression d’être seuls au milieu de cet océan.
De temps en temps, un serveur passe et repasse devant nous, sans un regard, avec cette nonchalance propre à celui qui n’attend plus rien de la vie, si ce n’est de l’argent et des filles (en tout cas, de travail, il n’en est pas question).
Une heure plus tard, nous n’avons toujours rien reçu.
Pas même du pain pour patienter. Pas même un “excusez-nous du retard, mais on est allé chercher le cuisinier à New York”. Pas même un “il n’y avait plus de rosé au magasin, alors je vous propose du Coca ou de la bière”.
Et on finit par se dire que ces vagues censées nous servir ont aussi pris le large et notre commande a du s’échouer quelque part sur la plage de l’île de Gorée.
J’écume un peu, me lève et harponne le barman :
— Dites, vous savez que cela fait plus d’une heure qu’on attend ici ?
— Oh, excusez, on arrive tout de suite…
Et il disparaît au fond de la réserve.
Un quart d’heure plus tard, un serveur passe en essayant de cacher une boîte de maïs sous une serviette.
Un quart d’heure plus tard, on nous sert du pain.
Un quart d’heure plus tard, trois serveurs s’affairent pour mettre la bouteille de rosé tiède dans un seau à glace.
Un quart d’heure plus tard, nos assiettes arrivent.
Ce timing précis et respecté fait apparaître que nous avons bien été servi tout de suite si l’on considère que “tout de suite” dure un quart d’heure !
CCA (c’est ça l’Afrique) pour citer Leonardo dans le film “Les diamants de sang”.
Le lendemain, cap sur Zig !
Comme on… non, plutôt je (mea-culpa) m’y suis pris trop tard pour réserver le bateau, il n’y avait plus de place et on a embarqué dans un avion pour rallier Ziguinchor où Jonas nous attendait avec sa voiture et son grand sourire.
Marie et moi avons retrouvé avec bonheur toute notre équipe qui s’était auto-gérée pendant l’hivernage (les 6 mois d’été que nous avons passés en Belgique).
Dans la foulée, nous avons aussi été accueillis par plus de 30 degrés Celsius, accompagnés d’un violent orage déversant des trombes d’eau portées par d’épais Cumulonimbus. De quoi nous rappeler que l’hivernage n’est pas encore terminé !
Et comme d’habitude, en cette saison où les éléments se déchaînent, il y a eu quelques dégâts des eaux (plafonds de 2 chambres à refaire une nième fois) et du zoo (vaches, chèvres et cochons continuent à se régaler en toute impunité des beaux fruits et des belles fleurs de notre lopin de paradis pendant que la mouche blanche continue à dévaster les arbustes et les haies qui ceinturent les domaines chics de Cap Skirring).
Bonne nouvelle par contre, le stade multi-sports a bien avancé…
Une fois terminé, ce sera, à n’en pas douter, un haut lieu d’animations sportives et un pôle d’activités culturelles parmi les plus prisés de la région.
On n’attend plus que vous…

Mmmh… Sassanbon…


Pat Fotoplizz - 18/10/2015

Après 6 mois, on retrouve notre restaurant de Cap Skirring et l’hivernage a fait un peu tout pousser devant

La piscine de Cap-Sénégal
La végétation envahit aussi le pourtour de la piscine

Marie et Brigitte au Sassanbon
Marie et Brigitte partagent les derniers potins belgo-sénégalais

Aliou se repose
Pendant qu’Aliou recharge ses batteries

Ibou s'encrasse
Ibou fume une petite cigarette après avoir dégusté un petit café

Le solarium de Cap-Sénégal
La vue est splendide en haut du solarium

Les chambres de Cap-Sénégal
Les chambres sont toujours en place
Elle est pas belle la vie ?