Faire bouger le monde ?

On va d'abord commencer par ici...

Posté par admin on avril 6, 2011

Mais où sont-ils, les « Bakarôôô* ? » (par MaJuRiLie)

* Bakaro : boutade tout à fait ironique et pleine de tendresse signifiant « fainéant, paresseux, bon à rien », etc. C’est Mamady qui nous l’a apprise en se l’infligeant à lui-même… Comme il n’a rien d’un paresseux, j’avais pris l’habitude de l’appeler « Macaroni », mot à la consonance approchante, bien que dénuée de sens, mais plus respectueuse de la sueur qui perlait à son front, tous les jours que Dieu fait… (note de M)

Le 26 mars, notre Julie fait son grand retour ! Une petite visite du chantier s’impose dès le lundi matin, histoire de faire le point sur ce qui est bon et ce qui l’est moins… Aïe, du ciment par-ci, ouille-ouille (en « belche » dans le texte), quelques fissures par-là… Mais « Amoul ben problèm’, on va tâcher d’arranger tout ça ! »


Le grand retour de Julie de la Brousse sur notre chantier, accompagnée par Mam’ et Bouba, l’artiste peintre surnommé « Picasso », mais qui signe « Benz »

Sans plus attendre et après avoir fait de nouveaux mélanges bannissant le ciment, les premiers tests d’enduits sont réalisés à l’intérieur de ce qui sera la future cuisine du resto… Mmmmm ! il fait bien frais ici ! Les briques d’argile semblent remplir leur rôle de régulateur thermique !


Premiers tests sur des zones d’un quart de mètre carré… Demba, ébloui, semble déjà en apprécier tant la matière que la manipulation et ne dirait-on pas que Bouba a déjà les mains qui lui démangent ?

Donc, un volume d’argile pour un volume de sable, puis un volume d’argile pour deux volumes de sable… Si un des deux tests fissure après séchage, c’est qu’il n’y a pas assez de sable et on refait un test supplémentaire avec un demi volume de sable en plus.
Hop-là, dès qu’on a trouvé le bon dosage, on enchaîne avec les tests de coloris, grâce aux pigments que Julie a apportés dans ses « baggos »: des ocres et des oxydes de toutes les couleurs : de petites touches sont appliquées sur l’enduit de base alors que d’autres essais sont réalisés en mettant directement le pigment dans la masse… On peut aussi terminer avec une petite couche d’huile de lin afin d’avoir un résultat bien lisse et aussi plus étanche !
Cerise sur le gâteau : quand on superpose des couches de différentes couleurs, on peut même obtenir des effets spéciaux en en grattant une partie. On obtient alors une bichromie en relief du plus bel effet : « Oulalà, mais c’est tRès jouli tout ça ! »


Tests de coloris et de peintures sur la couche de base ou dans la masse.

La-dessus, nos artistes, grisés par ces découvertes, ne se sentent plus de joie et se lâchent littéralement pour réaliser de superbes gravures et esquisses chatoyantes ! Dommage qu’il faudra les gratter une fois les tests terminés !


Palmier gratté puis repeint et profil de femme pigmenté.


Fleurs peintes et fleur en relief appliquée en surface.


Papillon en trois couches grattées…

De son côté, Mam’ se fait la main sur un enduit extérieur. La sculpture, c’est son dada, et ça se voit ! Même si le bois est son matériau de prédilection, il semble être comme un poisson dans l’eau quand il s’agit de travailler la terre ! Il nous mitonne un splendide bas-relief représentant un de ses éléphants dont il a le secret, pendant que Julie sculpte une réplique d’arabesque burkinabé.

Très concentré, l’artiste : « Attention Mamady : on voit ta langue qui dépasse ! »


Toujours aussi appliqué, il nous dévoile son oeuvre…

Il va falloir qu’on détermine sérieusement les endroits précis où reproduire toutes ces merveilles ! Une réunion vespérale est donc organisée et un projet de base est fixé, mais qui laissera libre cours à l’inspiration et la créativité du moment… Un simple rough quoi ! (prononcez « roeuf »)


Projet « rough »

Le lendemain, les maçons spécialisés commencent par un bel enduit rouge de quelques millimètres d’épaisseur sur la façade nord. On dirait que le travail de l’argile ne les dérange pas, que du contraire ! Le travail avec le ciment est, parait-il, plus stressant car on a un temps limité pour le travailler avant qu’il ne prenne, sinon on risque de devoir tout recommencer… ou de tout rater !


Et voilà un bel enduit rouge brique !

Après quoi, nos trois « macaronis » se mettent à l’ouvrage… Mamady nous « pond » un gentil petit lézard, Bouba trace l’ébauche d’une farandole de victuailles sur le mur devant lequel s’érigera le comptoir traiteur pendant que Juju se focalise sur le contour des deux portes, dans un coloris naturel…


Les trois « macaronis » à l’oeuvre ! Que la fête commence !


Mam’, qui ronge son frein en attendant la suite, s’amuse à chatouiller son lézard premier-né…


Mais qu’il est mimi le rikiki !


Julie s’applique à appliquer méticuleusement et sans faux pli, ni repli, la nappe que nippe sa rape platte, et qui fait plic-plac ! (ouf !)


Ensuite, on fignole en équipe… Et quelle équipe !

Pendant ce temps-là… de l’autre côté du mur… On s’applique à plaquer une grosse plaque, où demain, Mam-le sculpteur-chasseur, nous emmènera en safari et nous fera visiter la savane et la brousse, à la recherche de la faune qui s’y cache et s’y prélasse…


Le futur bas-relief pour scènes animalière africaines…


Que Moussa lisse…


Et relisse… C’est qu’il prend beaucoup de plaisir dans le travail de la terre ! Mais n’est-il pas un peu trop pèpè** ce bas-relief ? L’avenir nous le dira, car une surprise nous attend… Patience !
(** trop épais !)

Bouba se lance alors dans la mise en couleur de son oeuvre… Accrochez vos ceintures, ça va se dérouler sous vos yeux « zébahis » ! Mesdames et messieurs, que le spectacle commence !


Pour le plaisir des yeux…


Ça continue…

Une drôle de farandole agricole qui caracole et batifole…

Bouba, qui rigole et se gondole, la fignole sous contrôle !
Une fantasmagorie merveilleuse !


Mam-Macaroni a les doigts qui fourmillent… Déjà il trace le brouillon des scènes de brousses, dont il a rêvé toute la nuit…


Et sa creuse, et ça façonne…


Sans répit et sans repos…


Les décors se détachent…


Sans relâche, les scènes s’enchaînent…


et la magie s’offre à nos yeux ! Epoustouflante !

Mais ce n’est pas fini !
Car tout à coup…
Sans prévenir ni coup férir…

Tout le HAUT du bas-relief (c’est un comble !) s’écarte du mur, se détache, et… « Bardaff, dadis den embardeid* ! » tombe en morceaux aux pied du mur !
* Comme Paf, le chien !

Mais comment se fesse ? Pourquoi se peusse ?

Un petit retour en arrière s’impose :
Comment Julie avait-t-elle réussi à persuader les maçons sénégalais du bon choix que représentait l’argile, alors qu’ils avaient appris ou qu’on leur avait fait croire dans un passé récent que le ciment était l’avenir ?
En leur posant ces deux questions, et en leur montrant des photos des bouquins qu’elle avait apportés :
— Dans quel type d’habitat vivaient vos aïeux ? Et la mosquée de Djenné, bâtie en terre, depuis combien de siècles résiste-t-elle au temps ?
Il n’en fallait pas plus pour les convaincre que c’étaient leurs propres méthodes ancestrales qu’elle était en train de valoriser… Du coup, les voilà tout rassérénés, quoi de plus flatteur pour une population qui voit l’homme blanc comme un savant…
Pleins d’entrain après cette bonne nouvelle, ils mettent les bouchées doubles !
Mais… avant l’arrivée de Julie, les deux premiers murs (Nord et Est) avaient été enduits avec un mélange d’argile, de sable… et de ciment ! (hou ! Qu’il est laid, le ciment !)
Or, pour sculpter son relief, voilà que Mamady leur demande une couche de 4 cm… Oups ! Un enduit de finitions de cette épaisseur, c’est lourd sur une couche de vilain ciment lissé…
On en parle, on en discute, mais « Non-non-ça-va-aller » est le mot de passe sénégalais…
« Bien… répond Julie, restons positive ! Je suis perplexe mais bon, je ne vais pas risquer de briser leur bel enthousiasme… de plus, une femme qui commande sur un chantier, ce n’est pas dans les habitudes locales… Laissons-les expérimenter par eux-mêmes. Rien de tel qu’une démonstration vécue… Attendons de voir… »

Évidemment, ce qui devait arriver est arrivé : badaboum, patatra, une grosse partie de la sculpture s’est effondrée… En cause : une couche d’argile trop épaisse sur une pellicule de ciment (bouh !), un séchage trop rapide et pas assez de colle à farine dans l’enduit,… tous ces petits détails qui sont d’une tellement grande importance !
Et bien, que faisons-nous maintenant ?

Et bien restons positifs voyons !…
Il faut un début à tout, les erreurs font partie de l’apprentissage… et puis le grand avantage avec la terre c’est que l’on peut recommencer à volonté !
Et puis, c’est quand même pas si mal pour une première tentative, non ?


Il ne reste plus qu’à réparer les dégâts, en attendant l’application d’une nouvelle petite couche d’enduit !


C’était si beau !


On garde le moral… et le sourire !

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Posté par admin on mars 28, 2011

Ordures !* (Pat Atras)

Il fait tellement beau au Sénégal qu’à l’exception du blé, de l’oseille et de la fraîche, tout y pousse: le riz, les bananes, les mangues, les ananas, les papayes (the Sailor Man), les haricots, les tomates, les concombres, les combres fûtés, les bougainvilliers, les hibiscus, les palmiers, les cocotiers, les envies, les vents vers la sortie, les jeunes, les gueulantes, les cheveux, les poux de Monsieur Lepetitchat (mi-août, les petits poux poussent et Lepetitchat tond)…
Tout, je vous dis… et même les déchets !

C’est ainsi qu’une gigantesque montagne d’immondices sauvagement entassées au bord de la route, à côté de la plaque « Bienvenue à Cap Skirring » (sponsorisée par la banque CBAO), et survolées par une nuée de vautours fut la première chose dont nous fûmes témoins au terme de notre premier voyage en Casamance voici maintenant sept ans.
Témoins à décharge pour ainsi dire, donc !
Notre première réflexion porta sur l’idée saugrenue de laisser traîner toutes ces ordures aussi visiblement à l’entrée de cette zone touristique et sur le réel problème de valorisation d’image de marque qui en découle.

Heureusement, les choses ont changé depuis lors. L’entrée du Cap a été dégagée de son dépotoir.

Il y a aujourd’hui un ramassage des poubelles à Cap Skirring qui est organisé chaque semaine. La collecte des déchets ménagers est gratuite pour les habitants du village et payante pour les hôtels et les sociétés.

Autre bonne action, les immondices du Cap sont à présent envoyées au CTD (Centre de Traitement des Déchets).
Des employés y trient sélectivement les déchets en vue de les recycler et fabriquent du compost à partir des déchets biologiques.

Cette idée innovante a vu le jour sous l’impulsion d’un belge, Laurent Minguet, en partenariat avec le Club Med. Nous n’avons pas encore rencontré cet ex-Manager « Trends-Tendances » de l’Année mais il semble très actif en Casamance puisqu’il y a ouvert l’hôtel « Amigo », à vocation écologique, et s’est engagé dans la construction d’une centrale électrique à biomasse. Ce projet très ambitieux et hautement indispensable au Sénégal où l’élec- est tellement souvent coupée qu’on ne sait même plus l’écrire en un mot -tricité !
Il semblerait d’après ce qu’on nous a dit que cette initiative privée ne soit pas suffisamment soutenue par les instances gouvernementales en raison de sa concurrence potentielle avec le potentat de la Senelec nationale. Le pot de terre contre le pot de fer en somme… (j’ai voulu aussi placer les mots « Potemkine » et « potiron » mais manque de pot, je n’y suis pas arrivé !)
Aux dernières nouvelles, ces fameuses instances seraient plutôt sur la piste d’une… centrale nucléaire !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (je saisis d’ici vos exclamations !)
Houille, houille, s’écrient en choeur les écolos, les partisans du charbon et Valérie Lemercier en quête de poncho !
Tchernoshima et Fukubyl ne seraient-ils donc que des héros de bandes dessinées ou des nouvelles marques de boissons gazeuses inoffensives ?
N’est-il pas temps de remettre en question la pertinence de l’énergie nucléaire une bonne fois pour toute ?
Ou bien faut-il que la radioactivité se propage aussi en Afrique au nom de la sacrosainte économie.
Après y avoir écoulé les cigarettes qu’il devient difficile de vendre chez nous (ici, il n’y a pas ou peu de menaces concernant la santé sur les paquets de clopes), les drogues, les armes, les déchets électroniques ou toxiques dont on ne sait plus que faire nulle part, voici venir le temps des centrales nucléaires au Sénégal… La réalité dépasse la fission !
L’Afrique est-elle condamnée à devenir la poubelle du monde occidental ?

Pour revenir à nos moutons avant qu’ils n’aient six pattes et qu’ils se mettent à briller dans le noir, il faut savoir que le ramassage des ordures se limite à la zone de Cap Skirring. La population du village voisin de Cabrousse n’en profite malheureusement pas. Si quelques villageois, qui n’ont pas de moyens mais un peu de sens civique, prennent la peine de venir déposer leurs poubelles, ils payent plus cher que ce qui est exigé dans une riche commune belge. Les mieux organisés font un grand trou à côté de leur maison, y jettent tous leurs déchets, piles, plastiques, bouteilles, canettes et consorts, puis brûlent le tout… Mais le plus souvent, ils jettent tout par terre.
Résultat : une décharge sauvage s’est peu à peu constituée aux abords du terrain de basket, « gâtant » les ballons qui tombaient sur des morceaux de verre ou blessant les pieds des gamins qui venaient les ramasser.
J’avais donc proposé un marché au président du club de Cabrousse : on finançait l’achat d’équipements sportifs en échange du déblayage de tous les détritus à côté du terrain de sport.
Les jeunes basketteurs se sont donc réunis un mercredi avec pelles et râteaux (il est fréquent de connaître pelles et râteaux quand on est jeune…) pour rassembler tous les déchets et il était prévu de les empaqueter dans des grands sacs de riz achetés à cet effet (plus résistants et plus volumineux que les sacs poubelles).
Quand ils ont vu la quantité et la difficulté du travail, ils se sont dit : ça ira plus vite si on fait des tas et on brûle. Flûte pour l’environnement !
Verres cassés, sacs en plastiques, piles usagées, aérosols,… On brûle tout !
Marie est arrivée trop tard pour empêcher la mise à feu. Quand elle a vu que les foyers étaient allumés juste à côté de massifs broussailleux desséchés, son sang n’a fait qu’un tour ! Elle a tout de même expliqué à notre ami président Adolphe :
— C’est une très mauvaise idée de brûler ainsi tout et n’importe quoi !
— T’inquiète pas Marie, tout est sous contrôle. On surveille !
— Vous surveillez ? Et si le feu s’étend, vous faites quoi ? Vous criez ou vous fuyez ?
Ça les a bien fait rigoler, mais ils n’ont pas répondu : le puits le plus proche est à 30 mètres, mais aucun seau n’est prévu !
Badaboum ! Il y a eu une grosse déflagration au milieu d’un tas qui brûlait. Heureusement, cela n’a fait que du bruit et du souffle. Des étincelles volaient au gré du vent dans toutes les directions et les flammes léchaient les feuilles séchées des arbres voisins. Par bonheur, hormis les prix des denrées alimentaires de base, rien d’autre n’a flambé.
Bref, le mal étant fait, la semaine suivante, pèlerins et râteliers firent leur retour pour rassembler les résidus restants et les glisser dans les sacs de riz vides.
Les jeunes avaient déjà rassemblé 13 sacs pleins, soit un cinquième de la surface à nettoyer quand ils ont demandé à Jonas d’aller avec son taxi déjà déposer une première fournée au centre de tri.
Lorsque Jonas est arrivé sur place et qu’on lui a dit le prix à débourser, il a illico rebroussé chemin. Il ne concevait pas de payer quoi que ce soit pour des déchets… Alors là, non ! D’autant plus que le total aurait dépassé l’équivalent d’un salaire mensuel d’ici. Et Jonas, c’est comme Maïté : « y a pas marqué « bécasse » sur sont front » !
Il a repris les sacs ainsi que la direction opposée pour revenir au terrain.
Là, les basketteurs ont décidé qu’ils allaient creuser un grand trou, y déverser les déchets et enterrer tout ça… comme ils font d’habitude.
Ce à quoi nous avons répondu qu’on allait réfléchir « puissamment » et chercher une autre solution ! En attendant une idée lumineuse ou une négociation avec le gérant de centre de tri, on a laissé les sacs à côté du terrain de basket.

Je vous jure… Il y a encore du chemin à faire pour préserver la nature !

* A tous ceux qui se sentent interpellés par ce titre racoleur, il est à noter que je ne vise personne derrière le terme « ordures ! » qui est à prendre au sens propre (pour autant qu’on puisse associer ordures à propreté, bien entendu).

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Posté par admin on mars 21, 2011

Le sain égal (Pat Aquès)

En général, quand on part à l’étranger, on se renseigne avant de partir sur la météo, les devises et les vaccins.
Les plus prudents s’informeront un tantinet plus sur la situation politique et économique du pays.
Comme rien ne vous sera épargné sur ce blog et surtout pas un peu de confiture de culture, étalons cela point par point…
- La météo à Cap Skirring : il faut beau, chaud (entre 18, la nuit, et 35° à l’ombre, le jour) et sec (pas une seule goutte de pluie) depuis fin octobre jusqu’à début juin (aaah, qu’aimerions-nous entendre ce genre de prévisions sur RTL !). Puis vient la saison dite de l’hivernage où il fait encore plus chaud (30 à 40°) et humide, avec des orages qui succèdent aux belles éclaircies (bon, ça on connait sur RTL). Cette saison d’hivernage s’étend de juin à octobre avec des pics (gare aux moustiques) plus humides en août et septembre.
- La devise du Sénégal est le franc CFA (on dit le franc céfa). 1 euro = ± 650 FCFA. 1.000 FCFA = ± 1,5 euro.
- Le seul vaccin obligatoire pour entrer au Sénégal est le vaccin contre la fièvre jaune (non, ce n’est pas la fièvre de l’or !).
- Le Sénégal est, souvenir d’en France, une république parlementaire jusqu’ici gouvernée par trois Présidents qui se sont succédés à la tête de l’Etat : Léopold Sédar Senghor, l’académicien de la langue française, Abdou Diouf, le secrétaire général de la francophonie et Abdulaye Wade, né à Kébémer mais déclaré à Saint-Louis pour bénéficier du statut de citoyen français. Conclusion : la France renforce donc bien cette notion d’Etat-soeur, comme dirait mon frère qui est masseur !
Autre exclusivité : le Sénégal est l’un des rares pays d’Afrique à n’avoir jamais connu de coup d’État. Par contre il faut savoir que quand on veut s’y installer, on paie des tas de coûts !
- Si on prétend ici que l’économie tourne à deux vitesses (le marché « noir » où 1 kg de poisson coûte entre 400 et 1.000 Francs CFA et le marché « blanc » où les prix sont ceux que le gogo toubab veut bien donner), elle tourne en réalité surtout au ralenti depuis quelques années. L’accès en Casamance n’est pas aisé à cause de la situation géographique « enclavée » de la région et de son éloignement du centre nerveux du Sénégal qu’est Dakar. Il est devenu encore plus difficile d’y accéder par avion depuis qu’Air Sénégal a stoppé ses activités, ou en voiture à cause des contrôles incessants et de l’insécurité qui règne en Mauritanie et à proximité de la route vers Bignona.

Et si on parlait un peu d’un sujet qui fâche : « l’insécurité » en Afrique ?

Beaucoup de personnes nous ont dit avant de partir : « Oulaaah, le Sénégal, c’est en Afrique, ça ? Y a pas la guerre là-bas ? »
Bon ben, si on part dans cette direction, on peut dire qu’il y a des conflits dans tous les coins du monde.
Depuis la genèse de la mitose, la race humaine est perpétuellement à la recherche de la division. D’ailleurs, comme les déclarations de guerres se reproduisent partout, les prétextes sont féconds pour recourir aux frappes (car, comme disait Francis Blanche, « Dans une guerre, c’est toujours l’adversaire qui commence »).

Un peu d’histoire s’impose donc…
Le Sénégal bénéficie depuis son indépendance en 1960 d’une relative paix avec les régimes voisins qui ne sont pourtant pas toujours des plus stables (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée,…). Il n’en est pas tout à fait de même à l’intérieur du pays.

Depuis 1982 (et une manifestation pour plus d’autonomie de la Casamance brutalement réprimée par le pouvoir en place), y sévit un mouvement de rébellion.
Pendant de nombreuses années, des accrochages ont opposé l’armée gouvernementale aux dissidents du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC).


En gros, il y avait d’un côté le Sud du Sénégal (au Sud de la Gambie), baptisé « grenier du Sénégal » pour ses richesses agricoles, mises en valeur par son climat sub-tropical.
Et de l’autre, le Nord du Sénégal (au Nord de la Gambie… note de la rédaction : mais qu’est-ce que ce pays fout là au milieu d’un autre, nom d’un chien ? Et bien merci, messieurs les cartographes coloniaux !) qui est plus aride (climat sub-saharien) mais qui est surtout le centre des décisions, de par la situation de la capitale Dakar (Dakar du Nord donc, pour rester sur la voie rapide).
Comme dans beaucoup de nos pays (Wallonie / Flandre en Belgique, Catalogne / Castille en Espagne, France d’en-bas / France d’en-haut), une région reproche à une autre de favoriser les intérêts des uns au détriment des autres.

Je n’entrerai pas dans le débat qui ne me regarde pas de « la faute à qui ? ». Comme dans tous les conflits, si les deux parties avaient eu la bonne idée de mettre un peu d’eau dans son vin de palme (spécialité de la région qu’on appelle « bunuk » en Diola), les bélligérants auraient peut-être pu garder les idées plus claires, au lieu d’attendre la fermentation pour se bourrer la gueule à grands coups de bâtons.

Malgré la fin officielle de la rébellion après que des accords de paix furent signés en 2005 (soit plus de vingt ans plus tard) et même si toute la population est usée par ce vieux conflit et implore une paix définitive et durable, la sérénité n’est hélàs toujours pas entièrement revenue en Casamance et des accrochages subsistent encore çà et là. A Dakar, les journaux appellent cette situation de « mi-guerre et mi-paix » (mi-Tolstoï).

Quelques poches supposées « rebelles » résistent encore dans la forêt et refusent de baisser les armes. Pour survivre, ils ont de temps à autre recours à des braquages de véhicules, le long de la route qui va de la frontière gambienne au nord de Ziguinchor. Ils prennent l’argent puis la fuite. Parfois, ils entrent dans un village, jouent les gros bras bien durs (armés de fusils, c’est plus facile) et raquettent les pauvres villageois de quelques maigres richesses matérielles (récoltes), sonnantes (portables) et trébuchantes (argent).
Chez nous, on appelerait cela des bandes organisées de délinquants.
Au Sénégal, ce sont des « présumés rebelles du MFDC ».
Pourtant, que leur cause puisse se justifier ou pas, on ne peut pas dire que terroriser le peuple qu’on prétend libérer soit le meilleur moyen de revendiquer une quelconque crédibilité pour aboutir à plus d’autonomie pour la Casamance.

Dès qu’il y a rapine, l’armée accourt et ratisse la forêt. Pour couvrir leurs arrières, de non-moins « présumés trouducs » laissent parfois traîner derrière eux des mines antipersonnel. Une mine d’or pour l’industrie de l’armement, un pied de plomb pour le malheureux qui n’a pas de pot.

Il faut néanmoins relativiser certaines choses : depuis que nous sommes au Sénégal, nous n’avons jamais vécu de situations dangereuses. Dans un trip feng-shui-zen, on peut affirmer que la région du Cap respire l’harmonie, le calme et la sérénité.
Les accrochages entre braqueurs et militaires arrivent, malheureusement pour ceux qui en subissent les conséquences mais souvent loin d’ici, heureusement pour nous. Il n’y a donc, de notre expérience, pas plus de danger à venir à Cap-Skirring qu’à traverser Bruxelles ou Paris.

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Posté par admin on mars 18, 2011

Mais n’oublions pas nos amis fidèles ! (par Maroussette)

D’aucun pourraient parfois croire, à nous lire, que nous aurions des regrets ou que nous serions déçus de notre séjour sur ce continent…

Ne vous méprenez pas, ce qui pourrait ressembler à des récriminations, des remarques acerbes ou des lamentations amères ne sont que les transcriptions humoristiques de nos états d’âme, constatations ou interprétations, souvent amusés mais toujours attendris, et qui font suite à des anecdotes ou à des événements vécus ici.

Nous les partageons avec la famille et les amis qui suivent notre blog mais aussi avec les quelques amis sénégalais, fidèles, dévoués et sincères, que nous connaissons depuis plusieurs années et que je voudrais vous présenter…

Le plus ancien de tous est évidemment Babacar, alias Mbaye, homme intègre, courageux et sérieux, veuf de notre regrettée amie Viviane, responsable actuel de la société Tropic-Cap de Cap-Skirring (créée par mon Patachonchon-à-sa-mèmère) dont nous avons déjà parlé…

Il y a aussi le talentueux Mamady, notre sculpteur préféré, artiste dans l’âme et dans la vie. Son atelier regorge d’oeuvres d’art magnifiques et originales, de toutes tailles et de tous bois, il est entre autres l’auteur des trophées « Squashsket », compétitions organisées en Belgique par Patrick entre son équipe de squash et celle de basket…

Le joyeux Jonas, taximan à l’improbable guimbarde, antique break Renault 21 de l’après-guerre, nous ravit jour après jour, claironnant son inimitable cri de guerre : « Allo, TrrRRôôpiKapp ! », affichant son irrésistible sourire et distribuant sa bonne humeur communicative et son entrain à la cantonade… Sa motivation nous enchante, sa gentillesse nous éblouit, grand philosophe devant l’Eternel, sa sagesse et sa simplicité nous émeuvent.

Moussa le forgeron, jeune homme plein d’énergie positive, d’humour candide et d’allégresse au travail. Il est tellement enthousiaste qu’il accepte tout, même l’impossible, et comme à l’impossible, nul n’est tenu, Moussa déborde d’imagination pour s’en approcher ou pour trouver l’excuse de n’avoir pas réussi à y accéder.


Alfred, de son nom sénégalais « Badadia », surnommé « Yes-I » (prononcez « yessaille ») ou « Djabless » (Jah, le dieu des rastas jamaïquains + bless, « béni » en anglais) ou « Michael Jordan » ou « En-m-pagaille » ou encore « A-volonté », est entré dans la sphère des amis de longue date de Patachou via le… terrain de basket-ball de Cabrousse… Il fallait s’en douter…

Suzanne : son rire tonitruand très communicatif et son accent irrésistible constituent notre apport vitaminé journellement recommandé. C’est elle qui veille à la propreté sans tâche de notre petit logis, n’hésitant pas à sortir tout l’ameublement à chaque grande occasion et à en déloger les hypothétiques araignées qui auraient échappé à sa chasse attentive.

Emilie vient de commencer une formation en informatique sur notre ordinateur en prévision de l’avenir. En effet, institutrice de son état, ce serait « cool » de lui trouver une activité qui soit « dans ses cordes », au sein d’un projet éducatif ou culturel. Et pourquoi pas gestionnaire de notre future bibliothèque ?

Continuons le tour d’horizon avec, dans le désordre, Adja (notre Petit-Piment, que nous ne présentons plus), Ibu (prononcez « hibou ») le cuisinier, Aliou le jardinier, Francis le joueur de tennis, tous les basketeurs : Denis, Olivier, Adolphe, Donatien et tous ceux que j’oublie, vu mon grand âge et mon début d’Alzheimer…

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Posté par admin on mars 10, 2011

Nouvelles historiettes de Marizette…

Nous faisons ici chaque jour l’expérience de la chaleur humaine, de l’esprit de famille, de l’ouverture aux autres et de l’accueil sympathique dont fait preuve la population locale : à chaque passage en voiture, nous entendons des cris :
— « Mariiiiie, bonjour Mariiiie ! »
— « Patiiiiriiick, comment ça va Patiiiriiick ! »
A chaque fois, des enfants ou des adultes gesticulent en nous faisant des grands signes, que ce soit sur les routes de Cabrousse, au Cap même ou sur les petits chemins de la Palmeraie… On commence à nous connaître ici, après quatre mois d’aller et venues…
Il est vrai que tout au long des trajets que nous faisons, vers le Cap ou ailleurs, que ce soit la journée ou la nuit, nous embarquons des gens qui attendent sur le bord de la route, certains chargés de bidons, d’autres de légumes, des femmes portant bagages sur la tête et bébé sur le dos !… Ils attendent un hypothétique taxi et nous font signe, parfois étonnés de tomber sur un (Patrick) ou une (moi) « toubab » s’arrêtant pour eux, ils font même mine de nous payer la course, ce que nous refusons bien évidemment !
A chaque fois c’est : « Ah mais toi, tu es Jeanne-tiii, merrRRciii ! Comment ti t’appelles ? »
Pas étonnant que de plus en plus de gens nous apostrophent par notre nom le long de la route !
Et même parfois, dans le village, j’entends :
— Ah, MarrRRiiie, toi, tu ne te souviens pas de moi ?
— Heu, rafraîchis-moi la mémoire…
— Mais si : tu m’as pris avec ta voiture car tu es trrRRès Jeanne-ti, l’autre soir-là, tu te souviens ?
— Ah oui, c’est bien possible, mais il faut me pardonner de ne pas te reconnaître, tu sais, il faisait noir, tu es monté à l’arrière, et moi, et bien je regardais la route quoi…
Ou bien c’est la marchande de légumes qui me reconnait comme celle qui transporte toujours plein de gens dans la voiture de Mbaye Diouf.
Il est même arrivé à plusieurs reprises d’assister à un spectacle, étonnant s’il en est, quand la fameuse petite Peugeot 106, ancienne voiture de Babacar, avec la blanche petite Marie au volant, transportait à son bord quatre grands noirs rentrant du travail… Le monde à l’envers quoi !

Une fois, j’ai embarqué toute une ribambelle de lycéens qui « descendaient » de l’école de Cabrousse vers 11 heures et qui, à six derrière et deux devant, sur le siège passager, investirent la petite Peugeot 106 jusqu’au Cap. Chemin faisant, nous fîmes un peu connaissance
— Comment t’appelles ?
— Moi c’est Marie, et vous ?
— Moi c’est Fodegueye, déclare le plus dégourdi…, lui c’est Raoul, lui c’est Alassan, lui Etienne, là c’est Ousseynou et Jean-Paul…
— Et puis moi c’est Zidane… déclare un petit gars au milieu de la troupe… Vous connaissez Zidane ?
— Ah oui, Zizou, c’est toi alors ? Tu joues au foot, donc ?
— Oui, on a une équipe de foot, au Cap… Mais on n’a pas de ballon…!
… J’aurais dû m’en douter…
— Tu nous achètes un ballon ?
— … Euh, comment dirais-je… Vous êtes bien sympa les gars, mais bon, si j’achetais un ballon à tous les enfants qui me le demandent, je pourrais directement faire ma valise et rentrer chez moi…
— …
— Bin oui, c’est pas que je ne veux pas vous acheter un ballon, mais pas comme ça… comme si j’étais obligée… Sans rien en échange… Ce ne serait pas un service que je vous rendrais… Il faut d’abord bien travailler à l’école et puis, je ne sais pas moi, me rendre un petit service ou quoi… je vais y réfléchir…
Là-dessus, on arrive devant la boutique et j’annonce que je ne vais pas plus loin parce que c’est là que je travaille. Tout le monde s’extrait de la voiture, me remercie et me promet de venir me dire bonjour un de ces quatre…
Et donc, le grand jour arrive, ils sont venus, ils sont TOUS là !
Alors je regarde autour de moi et, découvrant un terrain voisin parsemé d’immondices, j’improvise :
— Bon, si vous voulez toujours un ballon, il faudrait par exemple que vous ramassiez toutes les saletés qui sont sur ce terrain, et que vous triiez les déchets : vous mettrez les plastiques dans un sachet et les papiers dans un autre. Attention, il faudra qu’il ne reste plus rien que les herbes et les plantes, d’accord ? Vous êtes d’accord avec moi que ce n’est pas très beau, toutes ces immondices ?
— OK Marie, tu as raison, on viendra samedi matin tout ramasser. Allez, à samedi !
Ainsi fut fait, je trouve à mon retour quatre gros sacs plastiques bien remplis devant la porte et pars donc remplir ma partie du contrat et acheter un ballon de foot, et même un deuxième, au cas où…
Dans la rue, alors que je sors du magasin avec mes deux ballons, un des gamins me rattrape, catastrophé, en se tenant la tête à deux mains :
— Marie, c’est là que tu as acheté les ballons ? Combien as-tu payé ? Ces ballons-là, y sont en plastique, y sont pas bons du tout ! Y vont être gâtés tout de suite, on va shooter deux fois dedans et y seront foutus…! Viens, on va les rapporter et le gars, y va te rembourser !
— T’es sûr ? Bon, je te laisse parlementer avec le marchand, mais à mon avis, il ne voudra jamais…
Mon vieux…! Le gars du magasin… Y s’est fait remonter les bretelles par mon lycéen ! Je ne sais pas ce qu’il lui a raconté, mais il a rendu les billets au gamin sans broncher, et je n’ai plus eu qu’à le suivre, éberluée dans la BONNE quincaillerie, où nous avons acheté, pour le même prix, deux ballons à gonfler, en cuir, avec en prime deux pipettes spéciales !
Après avoir décidé que je garderais le deuxième ballon pour une autre fois, le gosse est allé faire gonfler la balle chez le marchand de pneus, puis on est repartis à la boutique où notre « sauveur » s’est fait… attaquer sur le champs et insulter par le reste de la troupe…
Comme je cherchais à savoir ce qui se passait et pourquoi mon gars se faisait lyncher de la sorte, j’ai réussi, après une bataille non-rangée, à les calmer quelque peu et ils m’ont expliqué qu’ils suspectaient le gamin d’avoir « mangé » l’argent que je lui aurais donné pour les ballons. Il a fallut que je leur prouve que c’était moi qui avais payé en personne, non sans ajouter que si c’était pour créer la bagarre, je ne les aiderais plus… Ça les a calmé tout de suite et ils ont promis, en lui distribuant encore quelques dernières claques pour la forme, que ça n’arriverait plus.
Depuis, à chaque fois qu’ils passent devant la boutique, il viennent faire gentiment une petite salutation…

Une après-midi, Jean-Paul et Alassan débarquent au bureau de Tropic-cap et m’annoncent timidement « qu’ils ont un problème »…
Comme Babacar n’est pas là, je les fais asseoir sur les chaises « clients » et je m’installe dans le fauteuil de direction, derrière le bureau. Après plusieurs minutes d’un silence gêné pendant lesquelles ils se tortillent sur leur siège, cherchant leurs mots et n’arrivant apparemment pas à « cracher le morceau », je leur signale doucement que s’ils ne me disent rien, je ne vais pas arriver à leur venir en aide… Alassan se lance courageusement :
— Voilà. On s’est fait renvoyer de l’école parce qu’on n’avait plus de cahier pour les mathématiques et la géométrie…!
— Comment cela est-il possible ?
— A début de l’année, on n’avait pas assez d’argent pour acheter des cahiers de 200 pages, alors on n’a acheté que des cahiers de 36 pages… Maintenant nos cahiers sont remplis, et du coup, on est renvoyés…
Comme Émilie est à côté de nous, je l’interroge du regard pour savoir si c’est comme ça que ça se passe… Elle me fait signe que oui, si les élèves n’ont pas de cahier, ils ne peuvent plus suivre les cours !
Je décide donc de les accompagner à la boutique, c’est quand même un peu fort comme situation : peu de parents ont un travail et donc un peu d’argent, ils ont plein d’enfants mais n’ont pas de quoi leur acheter de quoi aller à l’école et y rester, surtout.
Bref, chemin faisant, mes deux gaillards me préviennent que chaque cahier coûte 500 francs, il nous en faudra donc quatre en tout.
Première boutique : il n’y a plus de cahiers de 200 pages… Deuxième boutique, même réponse… Troisième boutique, c’est fini… Arrivant dans la quatrième, Alléluia, il en reste ! Mais ils me coûteront 100 francs de plus que prévu… 600 francs pièce !
Allez, ce n’est pas le Pérou !… Seulement le Sénégal !
Là-dessus, les gars, travaillez bien maintenant, hein !

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Posté par admin on mars 8, 2011

Ça monte… (par M)

Voici un petit récapitulatif des dernières semaines pendant lesquelles nous fûmes moins prolixes sur ce blog…
Pendant que nous nous dispersions dans diverses activités et démarches fastidieuses, notre équipe de maçons sénégalais se dépensait sans compter, sous un soleil de plomb, qu’ils jugeaient pourtant « un peu frisquet » ! C’est donc en pantalon, camisole et survêt’ qu’ils ont fait avancer notre chantier, qui continue à prendre de l’allure !

Situation au 18 février…


Les murs de la future cuisine sont montés, une ceinture « armée » est en préparation afin de pouvoir fermer les plafonds.

Les gaines plastiques qui abritent les fils électriques ressemblent à des serpents jaillissant des briques…


Jolie vue de sous l’arc d’une fenêtre sur les palmiers ensoleillés…

A l’arrière, vue sur Ibrahim… et la brousse…

A l’intérieur, ça s’active aussi…

Quant à nos « buRRiques » d’argile, elles continuent à se multiplier gaiement, à la sueur du front de nos amis William, Demba, Francis, Robert et autres Diatta…

Quelques jours plus tard, la situation au 1er mars :


Ça continue à avancer, les piliers qui soutiendront la charpente s’érigent l’un après l’autre tout autour de la terrasse.


Pendant ce temps, les pièces intérieures ont une « drôle de tête »…

Et sont « peuplées » d’une foule de soutiens, ni de gorge, ni de famille, mais plutôt de coffrage. Les ourdis ont été disposés horizontalement par dessus et après finalisation complète du plancher, il ne restera plus qu’à couler le (vilain) béton pour que le plafond de la cuisine soit fermé…

— Héééé, MarrRRie, n’oublie pas de m’imprimer ma photo, hein?
La vue supérieure… Et Moussa, fier comme un paon… A très bientôt, pour la suite !

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Posté par admin on mars 1, 2011

Ô temps, suspends ton vol… (Pat Science et Longueur de Temps)

Ce qui est étonnant en Afrique, pour nous autres européens, tellement habitués à courir, c’est la gestion du temps… c’est en quelque sorte « remarquable « …

Entendons-nous bien, le mot « remarquable » n’est pas à prendre dans le sens « c’est merveilleux ici ! » (quoique…) mais bien au premier degré : on remarque très vite l’importance du temps dès qu’on foule la terre rouge de ce continent.

Et surentendons-nous mieux, le « temps » n’est pas plus à prendre au trentième degré dans le sens « qu’est-ce qu’il fait chaud ici ! » (quoique…) mais bien dans la notion temporelle du temps qui passe et qui, comme le stylo qu’on prête à son collègue, ne revient hélas jamais.

Quant à la « gestion » en Afrique, parfois, par là je n’entend pas grand chose, docteur !

Oui, à défaut d’autre biens, les africains ont beaucoup de temps. Une richesse de plus (tout le monde sait bien que le temps, c’est de l’argent…) que nous avons perdue avec la prise de pouvoir par les financiers dans nos sociétés et la première mesure contradictoire qui s’ensuivit : si tu veux de l’argent, donne-moi ton temps !

Comme ils n’ont malheureusement pas de travail, certains jeunes sénégalais ont tellement de temps libre qu’ils passent leur journée à regarder des séries débiles à la télé, en attendant un hypothétique changement de situation qui les fera passer d’un coup de baguette magique, tout comme dans leur série, du statut de pauvre hère à celui de richard, de besogneux anonyme à athlète de haut niveau, de frappeur de djembé à rapper ou D.J.
Changement dont l’allure a en général dans leur esprit, celle d’un homme blanc tout de clair vêtu : « surgissant hors de la nuit, courant vers l’aventure au galop, faisant tournoyer en l’air son portefeuille, tel un lasso, et signant les chèques d’un Z qui veut dire Zozoooo ! » (air connu)

Poétiquement, on pourrait dire (en souriant) que leurs journées se passent donc parfois à rester assis, en matant les gazelles (jolies filles) qui passent, une Gazelle (bière locale) à la main, en se demandant bien avec quels gars-elles (liaison littéraire foireuse) sortent !

L’autre fois, je croise un jeune qui s’invite chez nous :
- Le jeune : « Ah mon cheRRR ami de longue date, je voulais justement passer te voiRRR ce week-end. Tu es là samedi matin ? »
- Moi : « … Euuuh oui, tu viens vers quelle heure ? »
- Le jeune : « 10 heuRRRes. C’est bien ? »
- Moi : « Bon ok, pas de grasse matinée ce samedi, donc ! »
Samedi 10 heures : personne.
Samedi 11 heures : personne.
Samedi 12 heures : personne.
Bon, on va préparer à manger. Tant pis pour lui !
… A 15 heures, le gars débarque… Évidemment bien sûûûr…
- « Assieds-toi. Tu veux boire quelque chose ? Coca, jus, eau (éviter de dire « alcool », vu qu’il est peut-être musulman, ou quoi, ou « caisse ») ? »
- « Coca ! »
Je verse : Glou glou glou…
Il boit : Glups glups glups…
Puis j’attends qu’il entame la conversation…
Silence…
- Je : « Tu voulais me voir ? »
- Il : « Oui. »
Silence…
- Je : « A quel propos ? »
Silence. Regards gênés…
- Je : « Et qu’est-ce que tu fais comme boulot maintenant ? »
- Il : « Pour le moment, je n’ai pas de tRRRavail. »
- Je : « Ah, et que faisais-tu avant alors ? »
- Il : « Je cultivais le RRRiz. »
- Je : « Et à l’école ? »
- Il : « J’ai aRRRêté apRRRès la tRRRoisième pouRRR aider à cultiver le RRRiz. »
Silence…
- Je : « Et à part ça ? »
- Il : « C’est difficile ici ! »
- Je : « Oui, c’est vrai, c’est difficile pour tout le monde ! »
Silence…
- Il : « Bon je vais paRRRtiRRR maintenant. On m’attend là-bas ».
- Je : « ??? » (c’est tout ?)
Et il me laisse là-dessus…
Mais qu’attendait-il de moi au juste ? Que je lui file un billet de 10.000, un portable, une télé, un billet d’avion pour l’Europe, une voiture, ma femme ?
Le jeune me recroise quelques jours plus tard : « Ah mon ami de longue date, on est ensemble. Si jamais tu pouvais m’appoRRRter un poRRRtable la pRRRochaine fois que tu RRReviens d’EuRRRope… »
… Je suis persuadé que s’il patiente encore un peu, il finira par me demander ma femme !

Pour les chanceux qui ont un travail, c’est presque pareil : on prend son temps, ou en tout cas,on n’agit pas dans la précipitation ! « Danka, danka ! » (molo, molo)
L’autre fois, elle demande un coup de main à Moussa, le forgeron, qui se ballade sur sa nouvelle mobylette après s’être épanché sur ses difficultés temporaires à trouver du travail :
- Moussa : « Je nEU sait pas ce qui sEU passe pRRRésentEUment mais pour LEU moment, il n’y a pas dEU tRRRavail lààà. AloRRRs jEU mEU pRRRomène un pEU… »
- Marie : « Ah, Moussa, ça tombe bien, pourrais-tu faire un petit job pour moi ? »
- Moussa : « Ah eFFFecTIVEUment, s’IL le FôôôT, je Peux LEU feRRR lààà, bien sûRRR MaRRRie ! »
- Marie : « Il faut forer six trous dans les huit panneaux en bois »…
- Moussa : « Oui, ça c’est pôssibl’ hein ? »
- Marie : « Et ensuite les fixer au sol avec des fers en L »…
- Moussa : « Oui, ça je Peux LEU faiRRR aussi s’IL le FôôôT ! »
- Marie : « Mais il faudrait le faire tout de suite. Là, maintenant, car on ouvre la boutique ce soir ! »
Notre Moussa ouvre alors des yeux ronds comme des billes et une bouche pendante laissant apparaître ses grandes dents blanches, et tire une tête improbable qui ressemble au résultat d’un croisement entre Daffy Duck et Bugs Bunny. Son teint devient pâle et il bafouille une excuse dont on devine l’improvisation difficile : « …Ah bon ? Mais euuuh ça ce n’est pôssibl’ pRRRésentEUment lààà paRRRce quEU je dois RRRetourner maintEUnant à l’atelier. Mais je Peux LEU feRRR plus taRRRd s’IL le FôôôT. Peut-étRRRe demain, inch’Allah ! »
Sacré Moussa ! On l’aime bien, tellement expressif avec ses mimiques, c’est un vrai spirou et un grand acteur !

Là où les sénégalais n’ont par contre aucune patience, c’est quand il faut les payer.
Exemple avec la compagnie d’électricité : entre le moment où l’employé de la Senelec entre dans mon jardin (sans y avoir été invité) pour relever mon compteur électrique et sa visite suivante où il me transmet un rappel de facture en main propre, il s’est écoulé plus d’un mois. Il faut dire que la facture originale avait disparu corps et bien dès lors qu’un autre employé avait encodé dans l’ordinateur central l’adresse Patirique Sterno – Cap-Skirring / Oussouye – Sénégal (et pour retrouver un certain Patrick Sterno dans cette zone de 30 km2 qui regroupe plus de 5.000 habitants, il faut un facteur perspicace ou un facteur chance !). Je reçois donc cette facture vers 11 heures et précise à l’employé que je compte la payer le jour même. A 12 heures, l’électricité est coupée ! Bon, cela ne changeait pas grand chose lorsqu’on sait que l’électricité est coupée tous les deux, trois jours même lorsqu’on est en ordre de paiement. Mais c’est vexant tout de même !
De même pour un abonnement Canal+ : le mois d’abonnement dure grosso modo de 25 à 28 jours. Après… Tchac ! On coupe !
Internet itou… Tchac, tchac… Taf, taf (en vitesse)…
Les grosses boîtes sénégalaises prennent leurs grosses machettes pour couper tout service sans crier gare afin de pouvoir taxer ensuite le client d’amendes administratives supplémentaires bien salées. Car si cette situation m’est arrivée personnellement, les petits clients sont logés à la même enseigne : tu paies pas ou tu arrives trop tard, on coupe quand même plus tôt ! (ça me rappelle quelque chose…)
Comment s’étonner dès lors que certains fassent pareil ici ? L’argent urgent, le travail de travers !
Toute l’économie dans la région tourne autour de l’instant présent. Il n’y a pas de vision à long terme. L’argent gagné, bien chichement dans la plupart des cas, il est vrai, est réinjecté non seulement dans l’essentiel : nourrir sa famille et payer sa facture (d’électricité, quand on a pu l’installer) mais aussi en grande partie, il faut bien le dire, dans le superflu : les fêtes, les fringues, les portables (gsm)… Mais comment le leur reprocher, puisque le seul luxe à la portée de leurs moyens réside justement dans ces petits plaisirs que nous aurions bien tort de juger futiles…
Je me souviens d’une histoire de paille et de poutre… C’était quoi encore ?

Voilà bien la leçon à retenir ce matin, les enfants : nous attachons trop d’importance au temps, à l’argent, à toutes ces petites choses frivoles alors que l’important est ailleurs au plus profond de nous… Il faut réapprendre les vertus de la patience, mes chers amis !
Bon, là-dessus, je vais prendre ma douche… Tchac ! ‘y a pas d’eau… Bon, ben, je vais rouspéter un coup… Tchac ! Pas de réseau téléphonie / internet. Soit, allumons la télé pour rester câââlme… Tchac ! Plus d’électricité…

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Posté par admin on février 15, 2011

Les « buriques », suite… (Margile)

L’ouverture des magasins et le défilé de mode nous ayant quelque peu pris la tête et volé la vedette dans l’alimentation de nos articles, voici pour les quelques z’auto-constructeurs z’écolos qui sont reliés à ce blog en attendant impatiemment le retour de Julie de la brousse, un concentré de fraîches images du chantier, prises en vrac au cours de ces derniers jours…
Les fondations et le sous-bassement du resto étant à présent terminés, les murs en géobéton prennent leur envol et commencent à s’élever majestueusement vers les cieux…

1er février 2011


1er février 2011


1er février 2011


1er février 2011


1er février 2011


1er février 2011


1er février 2011


5 février 2011


5 février 2011


14 février 2011


14 février 2011


17 février 2011


17 février 2011

Les prochaines images viendront s’ajouter ci-dessous. A suivre donc…

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Posté par admin on février 14, 2011

Fiesta d’ouvertures et plaisirs des yeux… (par Mar’Adja)

Enfin, c’est le grand soir !

Que la fête commence !
Après moult préparatifs, tracasseries, courses à Djû et Adja, nous y voilà enfin !
Les invités commencent à affluer, et notre Mamady :-) se démène comme un beau diable (en noir et blanc) pour faire patienter la foule qui ne se sent plus…

Merci Mamady, le Bacarrôo !


La foule impatiente nous envahit…


On commence fort, avec le sourire resplendissant de Awa Niang, dans un fourreau déstructuré à mini volants…


Trois grâces rivalisent de beauté et d’élégance…


Awa et Mamy vous toisent effrontément…


Oumy en noir et Marie en rouge vermillon !


L’espiègle Mamy, avec ou sans manches…


Oumy et Binta.


Adja Diallo en blanc et en noir…


Marie et Adja Diallo en intérieur.


Deux ensembles pantalon et une fabuleuse robe bicolore, créés par Massal de Ziguinchor.


Deux créations traditionnelles de Maguette, de Ziguinchor.


Et pour terminer, deux réalisations très dénudées de Maguette.

Après ces festivités, pas mal réussies, nos convives sont repartis, des étoiles plein les yeux, poursuivre leur soirée de leur côté.

Quelques photos souvenir avec Raphaël, histoire qu’il puisse chambrer ses camarades restés dans la froidure de notre non-Belgique.


Raf, en charmante compagnie… Plains-toi, va !


Oufti, ké chansss !

C’était le moment, pour nos top-modèles de se restaurer un peu, et de récupérer quelques forces avant peut-être d’aller danser et fêter leur succès.

Et oui, il avait faim aussi ! Comme par hasard ! Et Jonas ne se gênait pas non plus, petit coquin va !



Là-dessus, il ne nous restait plus qu’à clôturer notre prestation en dansant une petite bourrée, que nous n’étions pourtant pas (ou pas encore) tellement pris par nos obligations « servitatoires », Patrick et moi n’avions ni bu ni mangé de toute la soirée… Mais nous nous sommes rattrapés une fois rentrés chez nous, en poussant un grand « OUF » de soulagement : « ÇA, C’EST FAIT ! »…

Et nous jurâmes, mais un peu tard, qu’on ne nous y prendrait plus !

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Posté par admin on février 13, 2011

Et moi, et moi, et moi… (Pat Histwaareedirektaupost)

Vous connaissez tous la blague du belge qui glisse un euro dans un distributeur automatique de boissons et prend la boîte de Coca qui en sort, puis recommence une fois (parce que c’est un belge, une fois), deux fois, quinze fois jusqu’à ce qu’un gars dans la file derrière lui demande s’il peut aussi se servir.
Ce à quoi, le belge répond : « Ah non hein, tant que je gagne, je continue ! »…

Et bien, la mentalité africaine me fait parfois un peu penser à cela. Il arrive fréquemment qu’un « toubab » (blanc) pense faire plaisir à un sénégalais en lui offrant quelque chose (un Coca si c’est un belge !). Le sénégalais accepte volontiers ce qu’on lui offre (quoi de plus normal), mais il en demande ensuite plus parce que sa santé est chancelante, plus parce que son fils est malade, plus parce que sa femme est partie avec en blanc (histoire d’insidieusement culpabiliser son bienfaiteur), plus parce qu’ici, on ne gagne pas assez d’argent (parce qu’en Europe, il pleut des euros qui se ramassent à la pelle, c’est évident) et encore plus parce que « toi, tu es généreux, mon frère… on est ensemble ».

Par exemple, notre terrain d’un hectare, acheté il y a deux ans, avait été borné par un représentant du cadastre. Pour le plan sur papier (un carré parfait indiquant 100 m x 100 m) et le placement des bornes (représentant au final un vague trapèze de 91 x 96 m), la facture s’élevait à 100.000 Francs CFA (150 euros).
Comme je vous en avait fait part dans un précédent article du blog, le gars du cadastre est revenu pour replacer les bornes afin que la surface réelle du terrain corresponde bien à l’hectare acheté.
C’est un vieux monsieur qui calcule mentalement les surfaces dans toute la région, et ce depuis des lustres. Comme ses calculs n’étaient pas tout à fait justes, nous l’avons quelque peu aidé avec la calculette de notre ordinateur. Il nous a donc facturé 100.000 Francs supplémentaires pour son travail… Bon…
En allant à Ziguinchor rechercher le plan final au bureau du cadastre, Babacar a rencontré le jeune chef du service qui lui a sorti : « je ne peux pas signer votre document parce que le vieux qui est venu chez vous n’est plus abilité à faire cela… Il est à la retraite depuis un an (sic) ! »
Babacar interloqué lui répond : « Comment ? Mais c’est toujours lui qui vient faire les expertises cadastrales. Dans la région, on ne connaît que lui et, en plus, son bureau est ici, à l’intérieur des bâtiments du Cadastre, à côté du vôtre (re-sic) ! »
La-dessus, le jeune va avec Babacar dans le bureau d’à côté et engueule le vieux : « Je t’ai déjà dit cent fois de ne plus aller faire des mesures à Cap ! Tu es à la retraite maintenant ! C’est moi, le chef de ce service (re-re-sic) ! »
Puis, le jeune chef sort à Babacar : « Je passerai vous voir bientôt ». Inhin !
Effectivement, il vient quelques jours plus tard pour vérifier les mesures du terrain et, tout en expliquant qu’il n’est pas responsable de cette situation (ou qu’en gros, nos problèmes ne sont pas les siens), nous fait encore payer 200.000 Francs. C’est bien s’lââ, donc…!

L’autre exemple nous vient de notre amie Madeleine qui travaille au sein de l’association à but humanitaire (donc non-lucratif) « Kassoumaye-Casamance ». Elle nous a retrouvés en pleins préparatifs pour notre petite fiesta du soir en expliquant qu’elle devait se rendre d’urgence à Dakar pour négocier avec le service des douanes (une administration sénégalaise donc) qui veut lui taxer 10 millions de Francs CFA (15.000 euros) sur l’envoi depuis la Belgique de matériel de pompage (d’une valeur totale de 24.000 euros) fourni gracieusement à la population d’un village de Casamance (… au Sénégal vous l’aurez deviné) afin d’y mettre en place une activité génératrice de revenus (pour des sénégalais bien sûr, pas pour l’association !) dans le domaine du maraîchage.
Si on explique tout en résumé, des belges filent gratos 24.000 euros aux sénégalais, qui exigent encore 15.000 euros de plus. On croit rêver, ou cauchemarder plutôt !

Troisième volet du concept « Tendez le bout du doigt et je repars avec tout le bras », revu et corrigé, au cours du fameux défilé de mode organisé pour fêter l’ouverture des bureaux Tropic-Cap et de la boutique Mar’Adja.
Marie vous le relatera plus en détails ci-après, mais on peut dire que ce fut, en définitive, une soirée plutôt réussie au terme d’une journée assez pénible pour diverses raisons :
- Nos enseignes imprimées en Italie étaient restées bloquées à la douane de Dakar (« Tant que je gagne, je continue ! ») en attendant le paiement d’une taxe prohibitive qui, heureusement, a pu être négociée. Elles sont donc arrivées en dernière minute et ont été placées le jour même.
- Les vêtements, commandés depuis plusieurs semaines, étaient prêts la veille (on reste calme !)
- Nous avions demandé de faire défiler cinq mannequins, il en est venu neuf (+ une maquilleuse + un tailleur) dont il a fallu payer le déplacement, la coiffeuse (heureusement pour notre budget, le tailleur n’a pas eu besoin de se faire coiffer, vu qu’il est chauve !) et la restauration (matin, midi et soir).
- A part nos amis habituels, Jonas, Emilie, Mamady, Moussa et Badadia, il n’y a pas eu grand monde pour nous donner un coup de main mais, par contre, beaucoup de personnes étaient assises sur les chaises que nous avions louées pour nous regarder travailler.
- Il ne se trouvait plus (Yô-hô-¨hôôô) une bouteille de rhum au Cap pour préparer le cocktail de la patronne.
- Marie a du partir chercher Adja et les mannequins quand tout le monde arrivait. Heureusement, j’ai servi de grosses rasades alcoolisées et tout le monde était content.

En fin de compte, les mannequins sont arrivées, le défilé a eu lieu et le public a apprécié.

Mais à la fin de la soirée, j’ai remarqué que 80% des invités étaient blancs et confortablement assis sur les chaises, aux premières loges, un verre à la main, du côté éclairé de la rue alors que de l’autre côté, dans l’obscurité, se massait une foule de plus en plus nombreuse, attirée par les lumières, la musique et les jolies filles qui défilaient.
Je me suis alors dit : « Mortelle de perte, des petits gamins traversent la rue pour mieux voir sans faire gaffe aux voitures qui continuent de rouler. Je leur offrirais bien le punch du patron (sans alcool)… De toute façon, le défilé prend fin et les premiers invités s’en vont. Je vais donc les attirer dans un endroit plus sécurisé avec mon jus d’orange ».

… Grossière erreur !

D’une douzaine au départ, les petites mains se multiplient soudain, comme dans un miracle chrétien, prêtes à m’arracher les verres et les bouteilles auxquelles je m’agrippe fermement.
Des cris me submergent…
« Moi, toubab, moi, moi, moi – Non, pas lui, il a déjà reçu – Moi, moi, moi – Il faut pas que tu lui donnes, toubab, sinon, il va tout prendre pour lui – Moi, moi, moi – Pitié, toubab – C’est pas juste, lui, il a reçu et pas moi – Moi, toubab, moi, moi, moi ! »

Tous les gosses se bousculent maintenant au milieu de la route dans une cohue indescriptible proche de l’émeute. Je finis par battre en retraite sur la terrasse poursuivi par la meute en furie.
« Moi, toubab, moi, moi, moi ! »
Je file les quelques chips qui restaient sur une table à ceux qui n’ont soi-disant pas reçu à boire, mais qui pourtant avaient bien déjà été servis.
Les instincts primaires ressortent de plus belle. A présent, ils se battent, mentent et volent ce qu’ils trouvent à manger.
Une sauvage frénésie que je n’arrive plus à maîtriser !
Ils emportent tout : assiettes et verres en plastique, briques vides de jus, fonds de paquets de chips qui traînent. Un gosse veut même partir avec les 200 cartes de visites imprimées au nom d’Adja…
Un adulte black se présente à moi, paquets non-ouverts de chips à la main, en me demandant : « C’est vrai que vous avez donné ça aux enfants ? ». « Oui, c’est vrai, il m’a donné, oui, oui, oui, c’est toubab » ou « Non, non mais c’est un autre toubab qui a donné, c’est vrai, je le jure » hurlent les gosses qui ont piqué les chips dans la caisse.
« Ben non, ils se sont servis tout seul ! » je réponds naïvement.
Alors, le gars se tourne vers les gosses, les engueule et puis s’en va…
Je ne l’ai plus revu par après. Pas plus que mes paquets de chips d’ailleurs et je pense bien que c’est lui qui est parti avec tout le butin !

(
J’ouvre une petite parenthèse puisque nous sommes à la période des cérémonies des Oscars de cinéma, je profite de ce blog pour remercier ma famille, mes amis proches, l’école publique, le Roi, la Loi, la Liberté de mon pays de m’avoir transmis une bonne éducation, une nourriture saine et abondante, un esprit droit dans un corps parfait, de hautes valeurs morales et le respect du Roi, de la Loi et de la Liberté.
Fin de la parenthèse…
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L’éducation et l’alimentation, voilà bien ce qui fait cruellement défaut dans les pays en voie de développement et ces deux bombes à retardement risquent de nous exploser à la figure si on ne les désarme pas. Jetez un coup d’oeil aux infos et vous constaterez que l’extrémisme, lui, se nourrit trop souvent d’ignorance !
Il y a beaucoup de choses à faire pour redresser la situation mais il faut agir à grande échelle et pas n’importe comment (mal m’en a pris), car la tâche est trop immense pour les seules bonnes volontés…

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