Mais où sont-ils, les « Bakarôôô* ? » (par MaJuRiLie)
* Bakaro : boutade tout à fait ironique et pleine de tendresse signifiant « fainéant, paresseux, bon à rien », etc. C’est Mamady qui nous l’a apprise en se l’infligeant à lui-même… Comme il n’a rien d’un paresseux, j’avais pris l’habitude de l’appeler « Macaroni », mot à la consonance approchante, bien que dénuée de sens, mais plus respectueuse de la sueur qui perlait à son front, tous les jours que Dieu fait… (note de M)
Le 26 mars, notre Julie fait son grand retour ! Une petite visite du chantier s’impose dès le lundi matin, histoire de faire le point sur ce qui est bon et ce qui l’est moins… Aïe, du ciment par-ci, ouille-ouille (en « belche » dans le texte), quelques fissures par-là… Mais « Amoul ben problèm’, on va tâcher d’arranger tout ça ! »

Le grand retour de Julie de la Brousse sur notre chantier, accompagnée par Mam’ et Bouba, l’artiste peintre surnommé « Picasso », mais qui signe « Benz »
Sans plus attendre et après avoir fait de nouveaux mélanges bannissant le ciment, les premiers tests d’enduits sont réalisés à l’intérieur de ce qui sera la future cuisine du resto… Mmmmm ! il fait bien frais ici ! Les briques d’argile semblent remplir leur rôle de régulateur thermique !

Premiers tests sur des zones d’un quart de mètre carré… Demba, ébloui, semble déjà en apprécier tant la matière que la manipulation et ne dirait-on pas que Bouba a déjà les mains qui lui démangent ?
Donc, un volume d’argile pour un volume de sable, puis un volume d’argile pour deux volumes de sable… Si un des deux tests fissure après séchage, c’est qu’il n’y a pas assez de sable et on refait un test supplémentaire avec un demi volume de sable en plus.
Hop-là, dès qu’on a trouvé le bon dosage, on enchaîne avec les tests de coloris, grâce aux pigments que Julie a apportés dans ses « baggos »: des ocres et des oxydes de toutes les couleurs : de petites touches sont appliquées sur l’enduit de base alors que d’autres essais sont réalisés en mettant directement le pigment dans la masse… On peut aussi terminer avec une petite couche d’huile de lin afin d’avoir un résultat bien lisse et aussi plus étanche !
Cerise sur le gâteau : quand on superpose des couches de différentes couleurs, on peut même obtenir des effets spéciaux en en grattant une partie. On obtient alors une bichromie en relief du plus bel effet : « Oulalà, mais c’est tRès jouli tout ça ! »

Tests de coloris et de peintures sur la couche de base ou dans la masse.
La-dessus, nos artistes, grisés par ces découvertes, ne se sentent plus de joie et se lâchent littéralement pour réaliser de superbes gravures et esquisses chatoyantes ! Dommage qu’il faudra les gratter une fois les tests terminés !

Palmier gratté puis repeint et profil de femme pigmenté.

Fleurs peintes et fleur en relief appliquée en surface.

Papillon en trois couches grattées…
De son côté, Mam’ se fait la main sur un enduit extérieur. La sculpture, c’est son dada, et ça se voit ! Même si le bois est son matériau de prédilection, il semble être comme un poisson dans l’eau quand il s’agit de travailler la terre ! Il nous mitonne un splendide bas-relief représentant un de ses éléphants dont il a le secret, pendant que Julie sculpte une réplique d’arabesque burkinabé.

Très concentré, l’artiste : « Attention Mamady : on voit ta langue qui dépasse ! »

Toujours aussi appliqué, il nous dévoile son oeuvre…
Il va falloir qu’on détermine sérieusement les endroits précis où reproduire toutes ces merveilles ! Une réunion vespérale est donc organisée et un projet de base est fixé, mais qui laissera libre cours à l’inspiration et la créativité du moment… Un simple rough quoi ! (prononcez « roeuf »)

Projet « rough »
Le lendemain, les maçons spécialisés commencent par un bel enduit rouge de quelques millimètres d’épaisseur sur la façade nord. On dirait que le travail de l’argile ne les dérange pas, que du contraire ! Le travail avec le ciment est, parait-il, plus stressant car on a un temps limité pour le travailler avant qu’il ne prenne, sinon on risque de devoir tout recommencer… ou de tout rater !

Et voilà un bel enduit rouge brique !
Après quoi, nos trois « macaronis » se mettent à l’ouvrage… Mamady nous « pond » un gentil petit lézard, Bouba trace l’ébauche d’une farandole de victuailles sur le mur devant lequel s’érigera le comptoir traiteur pendant que Juju se focalise sur le contour des deux portes, dans un coloris naturel…

Les trois « macaronis » à l’oeuvre ! Que la fête commence !

Mam’, qui ronge son frein en attendant la suite, s’amuse à chatouiller son lézard premier-né…

Mais qu’il est mimi le rikiki !

Julie s’applique à appliquer méticuleusement et sans faux pli, ni repli, la nappe que nippe sa rape platte, et qui fait plic-plac ! (ouf !)

Ensuite, on fignole en équipe… Et quelle équipe !
Pendant ce temps-là… de l’autre côté du mur… On s’applique à plaquer une grosse plaque, où demain, Mam-le sculpteur-chasseur, nous emmènera en safari et nous fera visiter la savane et la brousse, à la recherche de la faune qui s’y cache et s’y prélasse…

Le futur bas-relief pour scènes animalière africaines…

Que Moussa lisse…

Et relisse… C’est qu’il prend beaucoup de plaisir dans le travail de la terre ! Mais n’est-il pas un peu trop pèpè** ce bas-relief ? L’avenir nous le dira, car une surprise nous attend… Patience !
(** trop épais !)
Bouba se lance alors dans la mise en couleur de son oeuvre… Accrochez vos ceintures, ça va se dérouler sous vos yeux « zébahis » ! Mesdames et messieurs, que le spectacle commence !

Pour le plaisir des yeux…


Ça continue…

Une drôle de farandole agricole qui caracole et batifole…

Bouba, qui rigole et se gondole, la fignole sous contrôle !
Une fantasmagorie merveilleuse !

Mam-Macaroni a les doigts qui fourmillent… Déjà il trace le brouillon des scènes de brousses, dont il a rêvé toute la nuit…

Et sa creuse, et ça façonne…

Sans répit et sans repos…

Les décors se détachent…

Sans relâche, les scènes s’enchaînent…

et la magie s’offre à nos yeux ! Epoustouflante !
Mais ce n’est pas fini !
Car tout à coup…
Sans prévenir ni coup férir…
Tout le HAUT du bas-relief (c’est un comble !) s’écarte du mur, se détache, et… « Bardaff, dadis den embardeid* ! » tombe en morceaux aux pied du mur !
* Comme Paf, le chien !

Mais comment se fesse ? Pourquoi se peusse ?
Un petit retour en arrière s’impose :
Comment Julie avait-t-elle réussi à persuader les maçons sénégalais du bon choix que représentait l’argile, alors qu’ils avaient appris ou qu’on leur avait fait croire dans un passé récent que le ciment était l’avenir ?
En leur posant ces deux questions, et en leur montrant des photos des bouquins qu’elle avait apportés :
— Dans quel type d’habitat vivaient vos aïeux ? Et la mosquée de Djenné, bâtie en terre, depuis combien de siècles résiste-t-elle au temps ?
Il n’en fallait pas plus pour les convaincre que c’étaient leurs propres méthodes ancestrales qu’elle était en train de valoriser… Du coup, les voilà tout rassérénés, quoi de plus flatteur pour une population qui voit l’homme blanc comme un savant…
Pleins d’entrain après cette bonne nouvelle, ils mettent les bouchées doubles !
Mais… avant l’arrivée de Julie, les deux premiers murs (Nord et Est) avaient été enduits avec un mélange d’argile, de sable… et de ciment ! (hou ! Qu’il est laid, le ciment !)
Or, pour sculpter son relief, voilà que Mamady leur demande une couche de 4 cm… Oups ! Un enduit de finitions de cette épaisseur, c’est lourd sur une couche de vilain ciment lissé…
On en parle, on en discute, mais « Non-non-ça-va-aller » est le mot de passe sénégalais…
« Bien… répond Julie, restons positive ! Je suis perplexe mais bon, je ne vais pas risquer de briser leur bel enthousiasme… de plus, une femme qui commande sur un chantier, ce n’est pas dans les habitudes locales… Laissons-les expérimenter par eux-mêmes. Rien de tel qu’une démonstration vécue… Attendons de voir… »
Évidemment, ce qui devait arriver est arrivé : badaboum, patatra, une grosse partie de la sculpture s’est effondrée… En cause : une couche d’argile trop épaisse sur une pellicule de ciment (bouh !), un séchage trop rapide et pas assez de colle à farine dans l’enduit,… tous ces petits détails qui sont d’une tellement grande importance !
Et bien, que faisons-nous maintenant ?
Et bien restons positifs voyons !…
Il faut un début à tout, les erreurs font partie de l’apprentissage… et puis le grand avantage avec la terre c’est que l’on peut recommencer à volonté !
Et puis, c’est quand même pas si mal pour une première tentative, non ?

Il ne reste plus qu’à réparer les dégâts, en attendant l’application d’une nouvelle petite couche d’enduit !

C’était si beau !

On garde le moral… et le sourire !

















La vue supérieure… Et Moussa, fier comme un paon… A très bientôt, pour la suite !





















