Posté par admin on février 8, 2012

Kinding-Kandab (Ma Brousse de secours)

Pendant ce temps, nous continuons à préparer notre futur verger…

Vu l’intérêt que le vaches risquaient de porter à nos jeunes pousses, il nous a fallut réfléchir au moyen à utiliser, qui soit à la fois bon marché ET efficace, pour protéger nos plantations…
Nous avons alors pensé, outre les briques de ciment, aux branches de palmiers, souvent utilisées ici, par les autochtones, pour construire leurs palissades. Ça tombe bien, il y a au moins vingt palmiers à nettoyer sur le chantier ! Il ne nous reste plus qu’à trouver un gars qui a l’habitude de faire ça, c’est à dire un gars qui récolte le vin de palme (le bunuk en langage local)… et qui ne passe pas trop de temps à le boire, lorsqu’il est bien fermenté…
… Un ange* / djinn* / poulet*, passe… (* selon que vous soyez chrétien, musulman ou animiste)
Il faut dire que c’est un métier acrobatique et dangereux, puisque le récolteur grimpe au palmier à pieds nus, seulement aidé de son « Kanda-bak », simple câble réalisé en feuilles de palmier tressées et gainé de peau de vache (mais non, pas votre belle-mère !), maintenu en cerceau autour de sa taille et de celle du tronc par une fermeture quelque peu bancale : un gros noeud dans une des extrémités que l’on glisse dans l’anse tressée à l’autre bout du bazar…


« Francis-Love » en pleine démonstration

Comme on peut l’imaginer en observant la photo, il arrive que la partie de cerceau qui frotte le tronc cède et… « Bardaff, c’est l’embardée…! »
Quelques intrépides récolteurs finissent donc en piteux état ou se retrouvent carrément de l’autre côté du plancher des vaches à déguster les palmiers par la racine en compagnie de leurs ancêtres… Ayons donc une pensée émue en leur mémoire…
Grâce au ciel, nos palmiers à nous ne sont pas encore très hauts et tout devrait bien se passer.

Nous voilà donc parties, Monika-ma-voisine et Marieke-la-divine (dixit mon nez-pou), avec nos guides Frrrancisss et Dénisss (alias Francis et Denis les fameux basketteurs), afin d’aller chercher le fameux Gérald, » l’homme qui grimpe aux arbres plus vite qu’il n’en descend », dont on nous avait fait la publicité… L’homme-tronc en quelque sorte !

Partis en voiture en direction de Boucotte, nous bifurquons brusquement à droite, sur les indications de Francis, pour emprunter un chemin sinueux et sablonneux qui s’enfonce progressivement dans la jungle.
Ah bon ? On y est déjà ?
Un kilomètre plus loin, le chemin se rétrécit au point que nous devons abandonner la voiture et continuer à pied…
Avec nos petites sandalettes, Monika et moi, on se regarde en faisant la grimace puis, courageusement résignées, nous commençons notre progression tout en écarquillant nos yeux afin de ne pas marcher sur un serpent.
— « Dites les gars, c’est pas trop loin au moins ? », je demande.
— « Non-non, c’est tout prêt, c’est là-bas ! » nous répond Francis en tendant son index vers les grands espaces sauvages qui s’étendent à perte de vue…
Bien ! Marchons donc et profitons du panorama…

Vingt minutes plus tard…
— « T’es sûr que c’est par ici qu’il crèche, ce Gérald ? Ou alors, tu voulais dire là-bas, au fin fond du bout de la brousse ? »
— « Mais c’est pas loin, hein ? » nous répond-il, « c’est là-bas ! » dit-il en pointant son doigt en direction du Kenya !

Plusieurs minutes plus tard, on distingue au loin, camouflée au milieu de la végétation luxuriante, un petit abris en feuilles de palmier séchées, ainsi que quelques bidons multicolores, semblant attester d’une présence humaine… Un bidonvillage local ?


Marizette arrivée à la case-départ…

A l’intérieur, quelques « patibulaires » dépenaillés nous accueillent avec de grands yeux « zéblouis » :
— « Mais que viennent donc faire ces deux « tris zouli toubab », l’une blonde, l’autRRRe RRRousse, dans notre bRRRRousse-là dis-donc ? »
— « On les zette dans la maRRRmite et on les cuit à petit feu ? »
— « Non mon fils, on les gaRRRde avec nous et on manzzze ta mèRRRe ! »


Vas-y Francis, explique-leur !…

Heureusement, Francisss-Love, avec sa nouvelle couronne de tresses, leur fait un topo en diola pour leur expliquer le deal : on vient leur emprunter Gérald pendant quelques jours car on a un job dans ses cordes (autour du cul) avec rémunération à la clé… (pas de son cul, hein !… M’enfin !)
Après moult palabres et discussions animées, le groupe se met d’accord et finit par toper-là !
Du coup, une petite cérémonie s’impose et s’improvise…


Allez, les gars, un p’tit sourire !

Nous scellons notre pacte d’un petit rituel devant le fétiche et quelques ablutions,…


Attention de ne pas trop abluter !

… pendant qu’un des lascars est envoyé faire les courses dans la brousse à la recherche d’une bouteille de « bunukab », le vin de palme du matin, sucré et non fermenté, destiné aux femmes et aux enfants… Le vin des « clettes », quoi !


Monika et Francis tout sourire derrière leurs lunettes de soleil.
Aaah mais Francis, ce ne sont pas ses lunettes, ce sont ses naRRRines !

En attendant la collation, Monika et moi, on se regarde avec un petit rictus crispé digne d’un dernier salon de thé où l’on cause qui pourrait signifier un truc du genre : « A vrèèè dire, três chèèêre, ce « bounou-chose » n’est pôôô vraiment notre tâââsse de thé, mais tâââchons de faire bonne figure et de ne pôôô vexer cééé jeunes guerriers, n’est-ce pas mâ chèèêre… » (prout, si vous voyez le genre !)

Là-dessus, voilà-t-y pas que le coursier revient, triomphant et hilare, muni de sa bouteille de Kirène (l’Evian local) remplie à ras bord de la précieuse substance laiteuse en question…
Le hic, c’est qu’elle est aussi garnie de petites mouchettes, de graines diverses et fétus de paille, de bestioles et détritus flottants en tout genre, fort peu ragoûtants…
Bien malgré nous et notre parfaite éducation, nos rictus se transforment alors en grimaces d’effroi. Beuêêêrk !
Sachant que Monika est encore plus délicate que moi, je sors :
— « Bon, écoutez les gars, on vous aime bien, mais là… là… il va falloir faire un effort, parce que là… là, pour nous, ça va pas être possible ! On veut bien vous faire plaisir, mais là… là : c’est non ! »

Un moment interdits devant notre réaction, nos compères finissent par comprendre la raison de notre changement d’humeur et Denis, très serviable et plein d’astuce et de sens pratique, finit par nous dégotter un morceau de treillis métallique qu’il enfonce alors dans le goulot d’une autre bouteille, de Sprite cette fois, afin de filtrer le breuvage et de nous le rendre acceptable !


Un filtrage scientifique !

La potion ainsi obtenue est donc reversée dans le « Kinding » en terre cuite afin de pouvoir enfin trinquer !
Là… là, allez soit, bon d’accord !


A la… la… santé de tous !

Ah ouaaaais… Ainsi donc, Kinding = pot en terre cuite et Kandab = le cerceau pour grimper au palmier.
C’est ainsi que nous comprenons la signification du fameux « Kinding-Kandab », qui signifie en français : « A votre santé ! »

A très bientôt sur nos ondes wi-fi, pour notre prochaine leçon de sénégalais… et pour la démonstration de la fameuse palissade réalisée en feuilles de palmier (voir en début d’article) qui nous éviteront d’avoir un petit problème dans notre plantation… Pourquoi ça pousse pas !

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Posté par admin on février 1, 2012

Hôôô, mon joli vergééééééer ! (Marrosoir)

Nous voici enfin repartis, pleins d’espoir et de rêves… sur le chemin qui nous mènera au but…
Julie, notre locomotive, a repris le collier et le bleu de travail, pour mettre notre petite équipe à la tâche (remorque) et au labeur (salé). Accompagnée d’Abdoulaye, son voisin de Boucotte, la voici à pied d’oeuvre.


Julie et Abdoulaye, prêts à monter au créneau…

L’une des premières étapes, en attendant que les dernières retouches de gros-oeuvre se terminent dans les bâtiments, consiste en la mise en place de notre futur verger.
En effet, lors de son passage à Dakar, Julie nous a ramené de l’Océanium plusieurs boutures d’arbres fruitiers : un fruit de la passion (mmm!), un manguier (miam), un arachide-toubab (me demandez pas ce que c’est), un anacardier (qui produit des noix de cajou), un dattier (sorte de palmier qui produit… des dattes !), un citronnier (pour agrémenter les Mojito), un corossolier (donnant un fruit délicieux), un avocatier (qui nous défendra en justice…).
Ces pauvres petits pieds d’arbres attendent déjà bien patiemment depuis trop longtemps. Il faut donc agir !
Notre plan a donc été revisité afin d’attribuer la meilleure place à chaque arbre.
Au travail !
Après avoir nettoyé la place, il faut creuser des trous assez profonds pour y intégrer, outre la jeune pousse, tous les ingrédients qui l’aideront à grandir et à nous donner des fruits succulents.


Abdoulaye et Alioune, sous un soleil de plomb, se mettent à l’ouvrage.

Rassemblons donc quelques ingrédients qui nourriront notre verger…


Fleur de palmier et caca de vache… Bon appétit !


De la cendre pour le potage… heu non, pour la potasse !

Ensuite, on dépose avec délicatesse le bébé dans son lit…


Dodo, l’enfant do…

Lââââ… Encore une petite couche de paille, pour qu’il n’ait pas froid…


On tasse bien le tout…

Et ensuite… En prrrrrison !


Nos délinquants juvéniles seraient-ils enfermés dans un centre fermé ?

Mais nooon ! Nos amis ont imaginé ce petit montage « en dur » pour protéger nos plantations… devinez de qui, de quoi ?
Des vaches !
En effet, les vaches vaquent ici en vacances et avancent donc en toute liberté ! Pénétrant sans complexe dans tout pâturage, privé ou non, par quelque brèche dans une clôture ou dans une palissade, là où leur oeil exercé détecte au loin une tendre pousse, une fleur odorante, un fruit juteux… Elles n’en font qu’une bouchée, et hop… « au revoir, merci et broute ma chair » rumine la vache qui rit aux laids !

CQFD : Et voici notre manguier dans son joli petit puits, arrosé avec amour, délice et orgue…


Petit manguier deviendra grand !

Bon, vu de l’extérieur, c’est un peu tristounet, mais patience, patience : « Tout vient à point a qui sait attendre… »

Et voilà, on répète l’opération pour chaque bouture, on arrose chaque soir, et on attend que ça pousse…
Quant à ceux qui voudraient venir gâcher notre travail, qu’il prennent garde : Jonas veille ! ATTENTION !!!…


Jonas, un curieux mélange de coq wallon et de clown sénégalais toujours prêt à faire le pitre…


Et le pitre rit !

Bon, il est temps pour vous d’aller enfiler gants, bonnet, écharpe, parka et moon-boots…
Lou, où as-tu rangé mon bikini ?

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Posté par admin on janvier 30, 2012

T’es foot ou quoi ? (Pat Trôfort)

Catastrôôôphe !
Le Sénégal, grand favori de la CAN, est éliminé après deux matches et autant de défaites !
La CAN, c’est la Coupe d’Afrique des Nations, grande compétition de football (et pas de lancer de canettes, comme ces initiales pourraient le laisser penser… encore que matches de foot et lancers de canettes interagissent parfois dans l’esprit du supporter de l’équipe qui perd).
En Afrique, plus que partout ailleurs dans le monde, quand deux pays s’affrontent au foot, tous les rouages administratifs et socio-culturels bi-nationaux sont paralysés pendant deux heures.
Ensuite, gloire aux vainqueurs, haro sur les vaincus.
Du vin, du coeur et du cul !… Finalement, le foot est bien plus romantique qu’on ne le dit !

Ainsi donc, Marie et moi passions la soirée au resto « Le Palmier », situé sur la place de Cap Skirring à l’entrée du Club Med. Pour le rendez-vous romantique, c’était un peu raté car le centre du village était envahi par une faune agitée et multicolore (en réalité, la place était noire de monde, mais ce sont les vêtements qui étaient très colorés). Par contre, l’agitation était bel et bien (caco)phonique. Un public surchauffé était en effet venu en masse pour participer aux festivités de Cap Carnaval et applaudir dans un tumulte indescriptible l’élection de Miss Cap Skirring (et non « Miss Capat’ String »).
Courageusement, nous nous installâmes malgré tout sur la terrasse du restaurant au milieu du barouf.
Après avoir partagé le repas les yeux dans les yeux et les oreilles dans les épaules, la perception brutale de la tranquillité qui suit d’ordinaire les tempêtes nous saisit soudain, sur le coup de 21 heures,…

Silence et calme plat consistant (on était quand même au restaurant !)

- « Mais qu’est-ce qui se passe-t-il donc ici ? Où sont-y passés tous ces gens ? » posai-je comme questions (et oui, au pluriel car j’en avais deux !) à Salsa, la serveuse (elle, par contre, non !).
- « C’est à cause du foot… Ils sont tous partis regarder le match », me répondit-elle.
- « Ah ? Et tu es la seule qui reste… sans doute parce que, comme toutes les femmes, tu as horreur du foot ? »
- « Non, non, j’attends que vous soyez partis !… Allez le Sénégal ! On va gaaagner ! Wââââw ! »
- « OK d’accoooord… heu… et bien, l’addition, s’il te plaît ! »

Et bien non ! Le Sénégal n’a pas gagné. Le Sénégal rentre à la maison. La tête vide et la callebasse !
Comment compenser tant d’attente populaire autour d’un événement par un résultat aussi médiocre ? Quel déchirement pour ce pays de footovores qui seraient capables de pardonner au gouvernement les dettes nationales abyssales en échange d’une simple victoire dans un bête match de foot.
Car il est ici notoire qu’une équipe sénégalaise qui gagne est un outilagréable (en un mot parce que ma nounou portugaise m’a toujours répété qu’il fallait joindre l’outil à l’agréable) pour gouverner les doigts dans le nez et les mains dans les poches des citoyens (au prix d’une gymastique subtile digne des politiciens de haut-vol ou des divinités hindoues) mais une équipe qui perd fait basculer les foules dans la contestation civile et l’effervescence publique. Heureusement pour les « Lions de la Téranga » qu’ils évoluent dans des clubs à l’étranger parce que s’ils devaient rentrer directement au pays, ils risqueraient de se faire découper en petits morceaux pour accomoder le Thiéboudienne.

Du coup, les difficultés politiques du pays ressurgissent de manière d’autant plus brutale qu’on approche des élections.
L’actuel Président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui a plus de 85 ans (!!!), s’accroche au pouvoir et cherche à se faire réélire pour un troisième mandat, bravant par la même occasion une loi qu’il avait lui-même édictée, le lui interdisant.
Jeune étudiant dans les années 50, il avait fréquenté de nombreuses facultés, mais à son âge canonique actuel, on a plutôt tendance à les perdre ! L’opposition, pourtant dispersée à l’origine, tente de se regrouper pour l’en empêcher.
La superstar locale Youssou N’Dour (tout le monde connaît « 7 seconds », son duo avec Neneh Cherry)…

… avait décidé de se présenter aux élections, mais sa candidature a été rejetée pour de sombres raisons. D’autres candidats se sont faits malmener et le pouvoir en place est en train de multiplier les coups bas pour discréditer tous les opposants. C’est suite à cela que des émeutes ont éclaté dans quelques grandes villes comme Dakar, Thiès ou Kaolak.

Fort heureusement à Cap Skirring, c’est plutôt le…

calme plat

de résistance ?

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Posté par admin on janvier 21, 2012

A bon entendeur… (Pat Bruit)

Il y a quelques temps, Brigitte, une amie de collège et autrefois collègue de Marie, souhaitait piquer une petite pointe de 3 jours en Casamance. Elle partait avec un ami pour visiter le Sénégal et comptait passer plusieurs jours à la Somone et sur la Petite Côte, dans le Nord du pays. Hébergée à son arrivée par une connaissance qui habitait du côté de Mbour, son premier contact avec l’Afrique ne fut pas des plus réussis. Le couple d’accueil belgo-truc (ce n’est pas une faute – la femme était peut-être bien turque – mais en réalité, sa nationalité restait indéterminée) était tellement spécial que notre amie fut vite refroidie par leur accueil peu chaleureux… Tellement refroidie qu’elle en attrapa une bonne crève bien carabinée de chez nous. Du coup, en prenant contact avec elle via Skype, Marie lui proposa de venir nous rejoindre et, par voie de conséquence, de rester plus longtemps avec nous dans le Sud, en Casamance.

Ainsi fut fait : rendez-vous fut pris et Brigitte rappliqua. Elle passa d’abord deux nuitées dans le centre de Cap Skirring à l’hôtel Balafon (18.000 CFA – 27 euro / la nuit) pour se tourner ensuite vers le Fromager Lodge, situé à Cabrousse, et loger dans une petite case bien sympatypique, blottie au milieu de nulle part. Le Fromager Lodge propose une carte de pizzas (et oui, c’est un italien qui a lancé ce resto), ainsi que des salades et autres plats traditionnels, mais on y loue aussi des chambres (15.000 CFA – 22 euro / la nuit). Le décor y est splendide, bordé de fleurs et de cocotiers. Comme son nom l’indique, le centre de gravité du Fromager Lodge est… un fromager (Non ? Si !). Cet arbre centenaire aux racines imposantes et filandreuses surplombe majestueusement le resto-bar ainsi que la (toute petite) piscine. On peut y grimper pour déguster l’apéro à son aise ou pour un dîner tranquille, tout en profitant du panorama. A l’instar des fameux lodges kenyans, la vue est magi-gnifi-que d’en-haut !

Peut-être que Brigitte laissera un commentaire sur ce blog afin de raconter plus en détail ce qu’elle a pensé de son voyage mais une autre anecdote m’a interpellé lors de son départ. En effet, pour regagner notre plat pays, Brigitte devait d’abord retourner sur Dakar pour prendre l’avion à 120° en direction de Tunis, puis bifurquer à 140° sur Istanbul et virer enfin à 270° pour revenir vers Bruxelles. Si on suit le vol sur une carte, le chemin doit être au moins trois fois plus long que de faire Dakar-Bruxelles en ligne droite. Evidemment, cela prend aussi bien plus de temps. L’avion consomme à coup sûr plus de kérozène et comme il se pose trois fois, il faut payer en toute logique trois fois des taxes d’aéroport. Le prix du pétrole sans cesse en hausse et les taxes d’aéroport surélevées étant, d’après les agences de voyage, les raisons du prix prohibitif des vols depuis la France ou la Belgique vers l’Afrique Noire, une candide question fusa immédiatement…

- Nous : « M’enfin Brigeou, ce voyage va te coûter une fortune ? »
- Brigeou : « Non, non, je me suis renseignée sur internet et c’est le vol le moins cher. »
- Nous : « Hein ? Mais c’est pas Dieu possib’ ? »
- Brigeou : « Mais si, je vous assure ! »
- Nous : « Qu’est ce qu’ils nous bassinent là donc tous avec ces histoires de pétrole et de taxes ? »

Du baratin commercial, tout ça ! Oui, ma bonne dame ! Bande de voleurs ! Escrocs ! Pollueurs !

C’est incroyable ! On paie plus cher l’avion pour aller en Afrique tropicale (là où vivent les habitants parmi les plus pauvres au monde) que pour se rendre un peu partout ailleurs !

Comparons ce qui est comparable, soit le prix moyen au kilomètre vers des destinations en dehors de l’Europe (en Europe, c’est beaucoup moins cher, même pour faire des sauts de puces !).

Vous allez voir, c’est assez édifiant…

Bruxelles – Istanbul (2.178 km) : à partir de 86 € le vol sec = 0,039 €/km
Bruxelles – New York (5.881 km) : à partir de 276 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Mexico (9.242 km) : à partir de 434 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Hong Kong (9.392 km) : à partir de 435 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Tokyo (9.450 km) : à partir de 445 € le vol sec = 0,047 €/km
Bruxelles – Bangkok (9.248 km) : à partir de 467 € le vol sec = 0,050 €/km
Bruxelles – Le Cap (9.526 km) : à partir de 534 € le vol sec = 0,056 €/km
Bruxelles – Chicago (6.666 km) : à partir de 397 € le vol sec = 0,059 €/km
Bruxelles – Dubai (5.152 km) : à partir de 313 € le vol sec = 0,060 €/km
Bruxelles – Madras (7.899 km) : à partir de 476 € le vol sec = 0,060 €/km
Bruxelles – Le Caire (3.216 km) : à partir de 241 € le vol sec = 0,074 €/km
Bruxelles – Dakar (4.468 km) : à partir de 546 € le vol sec = 0,122 €/km
(Source : www.prixdesvols.com – comparateur des vols sur internet)

Et oui, voyager jusqu’au Sénégal coûte beaucoup, beaucoup (et même beaucoup) plus cher qu’ailleurs. Les chiffres le prouvent !

On n’est pas en Egypte, mais cela prouve donc bien qu’il y a des compagnies aériennes qui s’en mettent plein les fouilles
 ;-)
On ne salue pas la compagnie !

Ou alors le fuselage des avions est tellement troué que le carburant fuit de partout au-dessus de l’Afrique (« Ah oui mais ouiiiiii, c’est bien ça !… Voilà pourquoi le delta du Niger est tout noir de pétrole !… C’est pas nous ! ») crient en coeur les patrons de Chevron et Texaco).

Pour faire venir quoi que ce soit en Afrique (des touristes, des ingénieurs, des voitures, du matériel, des colis postaux, etc.), il faut payer le prix le plus élevé de la planète.

Conclusion : rien n’arrive et les africains manquent de tout, rien ne bouge et les jeunes veulent s’en aller.

Qu’attendent donc d’autres compagnies (style low-cost), pour venir s’implanter dans la région ? Une aide financière sans doute (c’est le monde à l’envers) ? Que les concurrents chinois rappliquent avant eux ? Que les poules aient des dents ? Que tombe la neige (tu ne viendras pas ce soir) ?

Pourtant, la Casamance recèle bien des trésors… Bien sûr, on ne parle pas vraiment ici de monuments historiques inouïs, de richesses culturelles flamboyantes, de patrimoine artistique d’envergure historique, d’événements de premier plan. On ne parle même pas de beautés naturelles à couper le souffle en comparaison de l’Himalaya, la grande barrière de corail ou la forêt amazonienne, même si la nature est particulièrement belle ici en Casamance, que l’on se ballade sur les grandes plages désertes de sable fin ou que l’on longe les longs bolongs de l’automne en admirant une végétation luxuriante peuplée d’une multitude d’oiseaux multicolores.

On ne parle pas non plus du climat, pourtant exceptionnel puisque la température ne descend quasiment jamais en-dessous de +14° C (la nuit ! Il faut dire qu’en ce mois de janvier 2012 il fait particulièrement frais au petit matin et que le grand vent nous accompagne dès minuit et jusqu’à midi… Pourvou ké cha né douré pas, hé !) et qu’il n’y a pas un seul jour de pluie de novembre à mai.

Non… La grande richesse de cette région, c’est son capital humain !

On y croise des gens qui sourient et qui vous accueillent avec bienveillance. Des gens capables de vous offrir gîte et couvert, même s’ils sont infiniment plus pauvres que vous.

Certes, TOUS ne sont pas aimables dans un monde parfait (comme partout). Et parfois, quelques « marchands » ambulants arpentant les plages des zones touristiques sont-ils trop insistants, agaçants ou pénibles à supporter. Bien sûr, et c’est plus grave, il y a aussi des braqueurs armés qui volent et des fonctionnaires corrompus qui rackettent.

Mais si on oublie ces derniers, les habitants de Casamance sont, en règle générale, éminemment gentils. Nombre de nos connaissances, venues en vacances dans cette partie du monde, ont eu bien du mal à repartir parce que les gens d’ici sont souvent très attachants (n’est-ce pas Manu ?).
Et en cette époque difficile, où les gens de chez nous souffrent tellement de problèmes relationnels à tous les niveaux, le plus grand atout de la Casamance, c’est la profonde et chaleureuse humanité de son peuple.

Il est plus que temps de le découvrir !…

Et nous l’avons encore redécouvert cette année en savourant l’hospitalité de Bouba…

Notre maison « Casamamita » à La Palmeraie étant indisponible pendant deux mois, Bouba nous a proposé de venir loger chez lui. Comme ça, gratuitement ! On était prêt à payer un loyer mais il a refusé…
Bouba est un jeune artiste peintre qui vit dans une maison à un étage, en bordure de la route qui longe le Club Med et qui va vers le village des pêcheurs. Son nom d’artiste est « Benz » mais il est aussi surnommé « Picasso » (il faut dire qu’ici, tous les artistes se font appeler Picasso). C’est un ami de Mamady (kikadi amidemamadi ?) et Julie s’était déjà liée d’amitié avec lui au printemps 2011. Elle nous l’avait alors présenté et, honnêtement, le connaître et le côtoyer est une excellente expérience que nous recommanderons à tous.
Bouba est quelqu’un de très posé, prévenant et affable. A la manière du vieux sage Yoda de la guerre des étoiles, on pourrait dire que « grande est sa gentillesse et riche est sa culture ». Il connaît parfaitement la région et a déjà accompagné Julie et Marie pour leur faire découvrir de nombreux itinéraires d’excursions.

Son métier, c’est la peinture. Et ce que Benz crée ne ressemble en rien à ce qu’on voit par ici. Ni même en rien à ce que nous connaissons. Ses toiles originales s’ouvrent sur un univers particulier, à la fois déstructuré, onirique et flamboyant de couleurs. Chaque jour, nous prenons le petit-déjeuner au centre de sa galerie, entourés par les quelques dizaines d’oeuvres du maître, et, objectivement, observer ces tableaux est un plaisir pour les yeux. On y découvre à chaque fois de nouvelles petites choses, de nouveaux détails. Pour raccourcir, on dirait qu’on part en exploration au coeur de l’exposition. Les images en disant plus qu’un long discours, voici huit reproductions pour vous faire une petite idée de son style :

Avis aux amateurs d’Art avec un grand A et un petit rt, les prix des toiles signées Benz sont particulièrment intéressants et varient selon le format :

30 x 20 cm : 15.000 CFA (23 euro)
30 x 44 cm : 30.000 CFA (45 euro)
33 x 70 cm : 65.000 CFA (100 euro)
50 x 75 cm : 100.000 CFA (150 euro)
75 x 100 cm : 150.000 CFA (230 euro)
100 x 150 cm : 250.000 CFA (380 euro)

Ce sont quand même des prix à la portée de toutes les bourses, non ? De quoi spéculer sur une future valeur en hausse si vous passez maintenant à l’action…

Commandez une toile de Benz dès aujourd’hui ! En plus, recevez gratuitement un cour de Wolof !

Bon c’est vrai, on fait un peu de promo pour Bouba là, mais il est aujourd’hui le gagnant de notre coup de pouce du jour… lauréat, parce qu’il le vaut bien !

Chapeau l’artiste !

Les seuls problème à loger chez notre ami, sont que les nuits de Cap Skirring sont véritablement plus qu’agitées et que les fenêtres de l’habitation en question sont dépourvues de vitres… Il n’y a que des volets en bois à claires-voies et les rideaux en tissu léger pour nous isoler du monde extérieur… Le calme de la « Casamamita » avec le doux gazouillis des z’oizeaux z’au réveil a fait place à des envahissants bruitages en tout genre, qui font que dormir ici relève carrément de l’exploit du yogi en immersion spirituelle… et qu’on se surprend à conclure qu’il vaudrait mieux être sourd que d’entendre ça !

Jugez plutôt…
Le samedi soir, c’est le pompon : soirée disco au Club Med, en compagnie des vieux tubes d’Abba (Vouuuleeez-vouuus ? Aha !) jusque minuit, suivie d’un concert de djembé (Tèbèlèbèlèp Tom Tomomtom Tom Tomomtom) à Cap jusqu’à 3 heures du matin. Une fois les fêtards épuisés et couchés, on respire pendant un petit quart d’heure, jusqu’au moment où les chiens aboient (Ouah-Ouah) et la caravane passe : coqs, chèvres et moutons (Cocoricooooo, Bêêêêê, Mêêêêê), suivis de près par quelques pintades au cri stupide qui ressemble vaguement au raclement d’un clou tordu sur une vieille tôle rouillée (Krrrr Kwâââck Krrrr Kwâââck Krrrr Kwâââck), défilent sous nos murs.

A 6 heures enfin, le muezzin de la mosquée, insomniaque lui aussi, hurle dans son micro (AAAAAALLLLLAAAAAH) pendant une heure. Même sans micro, il réveillerait tout le monde ! Mais sans doute, les voix du Seigneur sont-elles impénétrables !

Hélas, ce n’est pas encore le moment de s’assoupir alors que le soleil va bientôt se lever car les premiers travailleurs du dimanche, au volant de tacots et au guidon de mobylettes d’un autre temps (Pêt Pêt Pêt Pêt Pêt Pêt), se mettent en route, au nez et à la barbe de nos oreilles éreintées, en exploitant au maximum le potentiel sonore de ces anciens moteurs des années ’60 auxquels on aurait oublié de rajouter un peu d’huile.

Au petit jour, le vent souffle en fortes rafales (Whiouwhiouuuuu) et fait s’écouler, le long des feuilles du ronier qui jouxte la maison, la rosée qui tombe sur le toit, nous donnant l’impression qu’une fine cascade d’eau s’écoule sur la tôle ondulée (Klanbadang Klang Kling Klinbiding).

Bref, à tous ceux qui séjourneront un jour dans le coin, il est toujours utile de signaler qu’il est vraiment difficile de bien se reposer (Zzzzz) la nuit à Cap Skirring sauf si on glisse opportunément dans son sac à dos des boules quiès ou une boîte de valium !

A bon entendeur… Silence !
Arrivée d’air chaud !

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Posté par admin on janvier 18, 2012

Fourmizzz…? (Marigrouilla)

Voici encore une belle leçon de vie, une anecdote à méditer concernant nos réflexes, souvent si primaires, d’Européens « évolués » et industrialisés…

L’autre jour, alors que nous vaquions à nos activités matinales et ensoleillées, Mamita (la maman de Patrick) pousse soudain un grand cri :
— Hôlala, Marie, y a toute une colonie de fourmis ici !
Mon sang ne faisant qu’un tour, je me lève d’un bond et me précipite afin de constater l’atrocité de la situation.
En effet, sur le mur blanc situé entre la porte du jardin et la cuisine, une ombre légère et silencieuse semble onduler gracieusement… A y regarder de plus près, je distingue que ce ruban ondoyant est en réalité constitué de minuscules fourmis qui semblent se diriger, selon un plan bien établi, d’un endroit inconnu du jardin vers l’intérieur de la prise de courant installée dans le bas du mur de la cuisine. Quelques autres spécimens, un rien plus grands que les premiers, sont d’ailleurs postés au sol, à l’affut, semble-t-il, de surveiller et contrer toute incartade ou détournement du programme apparemment imposé…
— Attends, nous dit Suzanne, ze m’y n’occupe…
Curieuses de voir comment elle va s’y prendre, nous nous écartons pour laisser la spécialiste occire les importunes et nous préparons à assister au massacre…
Equipée d’un Tupperware rempli de cristaux blancs, Suzanne répand sur la colonne une pincée de ce que je crois être du sel : normal, le but est de se débarrasser de cette invasion, non ?… Mais, reconnaissant le récipient et constatant son erreur, je lui lance :
— Hé, Suzanne, c’est du sucre que tu leur jettes…
Imperturbable et sérieuse comme un pape, Suzanne me répond, avec cet accent chatoyant que nous adorons :
— Wi, elle viennent seRRser-là, il faut leur donni ci qu’elles seRRsent !
Interloquées, Mamita et moi ouvrons de grands yeux face à ce spectacle tant inattendu qu’insolite et méditons sur cette réplique et cette théorie étonnante. Ah bon ?
— Ti vas voir, dit Suzanne, li vont paRRtiR-là…
Alors là, nous sommes sciées car, force nous est de constater, après une vingtaine de minutes, qu’il ne reste plus aucune trace, ni du sucre, ni des envahisseuses !
Et bien ça alors, nous n’aurions probablement jamais pensé à cela, et pourtant à bien y réfléchir, c’est bien logique… Pour ma part, je dois dire que je resterai marquée à jamais par cette expérience, au propre et au figuré !

Quelques heures plus tard, dans la soirée, je décide de mettre cette nouvelle perspective et mon nouveau point de vue en pratique. On en apprend tous les jours et rien ne vaut la mise en pratique d’une leçon pour en faire l’expérience !

Pour la petite histoire, il faut dire que depuis le début de notre séjour, chaque soir nous sommes confrontés à une perturbation du même type, à savoir la visite, sur la plan de travail de la cuisine, d’une ou l’autre fourmi importune, qui, grosse, rousse et transparente… n’est ni rassurante, ni appétissante, et vient quelque peu gâcher notre plaisir, à l’heure d’un apéro que nous espérions agréable et festif !
C’était donc, agacés par ces visiteuses obstinées et intempestives, que nous passions la fin de journée, multipliant écrasements et balayages nerveux… D’autant plus qu’elles semblaient se donner le mot : chaque fourmi mise hors de combat entraînait l’apparition d’une nouvelle recrue sur le ring ! Le bilan final d’une soirée de lutte s’élevait à une demi-douzaine de fourmis rousses ainsi que trois ou quatre grosses fourmis noires, qui, plus lentes que les premières, restaient au sol pour remplir un rôle certain, bien qu’il nous échappe encore à ce jour… En résultait un petit tas que nous devions rassembler au balais avant le coucher, afin que Mamita ne marche pas sur les cadavres pendant la nuit !

Mettant donc la théorie de Suzanne en pratique, je décidai de mettre une pincée de sucre fin dans le couloir, devant la porte qui mène à la terrasse, et cela au coucher du soleil, moment où l’on ferme portes et moustiquaires… On verrait bien ce qui se passerait…
Et bien, devinez quoi ? Ça a marché !
Dans la soirée, je suis allée voir si j’avais des clientes au magasin : elles y étaient ! Groupées dans la pénombre, en bataillon serré et immobile, elles semblaient prendre part à un festin longtemps attendu… Je me suis donc retirée sur la pointe des pieds, les laissant à leurs agapes… Le matin suivant, elles avaient disparu.
J’ai reproduit mon manège plusieurs soirs de suite, répandant ma manne céleste chaque fois un peu plus loin, pour finir sur la terrasse-même, vérifiant à chaque fois qu’elles avaient bien compris où je voulais en venir, je terminai ma mission par un lâcher d’une dizaine de morceaux de sucre dans la terre, au bas de la terrasse. C’est ainsi que le bataillon a suivi le mouvement, pour se retrouver finalement, indemne et rassasié, bouté hors de la maison.
Comme quoi, fallait y penser !

Je me souviens d’ailleurs que l’année passée, une amie était venue nous signaler qu’elle cherchait une bombe insecticide pour ce débarrasser d’une colonie de fourmis qui avait envahi son jardin ! Je n’avais pas suivi, à l’époque, le déroulement ni la conclusion de cette invasion, mais j’avais pu assister, moi aussi un peu plus tard, à une invasion similaire le jour de notre départ. J’avais fait ces quelques photos, assez impressionnantes, il faut le dire !


Colossale invasion !


Ça peut faire peur, non ?

Ce jour-là, Alioune, notre jardinier nous avait bien dit :
— Il ne faut rien faire-là, il faut les laisser, elles vont partir ! Elles ne font que passer…
Renonçant donc à l’achat de toute substance nocive (vu leur nombre, toute tentative aurait de toute façon été vaine) et curieuse de vérifier la véracité de ces dires, je décidai d’attendre l’heure du départ en les observant de loin, puis de plus près.
Comme on peut le voir sur la photo, elles semblaient sortir du grand trou que nous avions fait creuser (pour y jeter nos déchets de cuisine afin d’obtenir du compost), et leur parcours sinueux se dirigeait ensuite jusque sous la trappe en béton qui abrite les compteurs d’eau. A mieux y regarder, il paraissait évident que l’épaisse colonne de fourmis noires était composée, d’une part, de travailleuses circulant dans les deux sens et en bon ordre, et d’autre part, des sentinelles jouant le rôle de garde-fous et canalisant par leur rigueur et leurs ordres muets le bon déroulement de la procession mouvante…
Je décidai de faire le tour de la maison afin de les observer par l’arrière et de vérifier que l’invasion était bien circonscrite. Alors que je m’approchais prudemment sur le petit chemin qui contourne la maison, tout en vérifiant qu’il était désert, je ressentis tout à coup de vifs picotements au bas de mes pieds !
Damnécheûn ! Quelques sentinelles noires, camouflées mais vigilantes, protégeant les arrières, étaient tout bonnement en train de m’attaquer !
Je rebroussai chemin en quatrième vitesse, à grandes enjambées et à hauts cris perçants !
Et oui, lorsqu’on assiste clandestinement à une mission sacrée, il ne faut pas s’étonner d’en payer le prix !
Au demeurant, ma punition fut très légère, car les pincements ressentis ne laissèrent aucune trace… Le message n’était en réalité qu’un avertissement : « Halte-là, on ne passe pas ! »
J’ai donc patienté, de loin, et ai pu constater qu’après quelques heures, il ne restait plus aucune trace de ce passage, encore une fois…

Cette expérience édifiante, quant au respect des rituels, aux messages de la terre et des êtres qui l’habitent, à l’organisation rigoureuse et l’entraide que déploient certaines espèces pour leur survie, m’a fait méditer sur nos comportements et surtout nos défauts à nous, humains « civilisés », tellement rapidement enclins à nous protéger de toute agression, à détruire, à aseptiser, voire même à tuer…
Cela me fait, sinon honte, tout au moins réfléchir et penser à modifier certains de mes réflexes.
De même, je tente de prendre de la graine de nos amis Africains, de leur sagesse et de leur savoir traditionnel, car je découvre ici qu’à la plupart des maux, il y a un remède naturel et local. Ainsi, pour soigner un rhume ou un refroidissement, les tisanes de « nguèr » et de « kinkéliba », arbres que l’on trouve partout sur les chemins, sont très efficaces. Le fruit du baobab, appelé « pain de singe » très riche en calcium, soigne lui aussi de multiples maux. Sans parler du « nim », l’arbre « pharmacie » du village, qui a de nombreuses vertus. Aloé vera, anacardier, cailcédrat, canne à sucre, citronnelle, cocotier, cotonnier, eucalyptus, gingembre, gombo, karité, manioc, tamarinier, n’en sont que quelques exemples, mais la liste serait ici beaucoup trop longue, et sortirait du sujet actuel.
Chers amis du Sénégal et d’ailleurs en Afrique, conservez ce précieux savoir et apprenez-le nous, n’abandonnez pas totalement la science de vos anciens au profit de celle des produits chimiques ! Si la science moderne et ses progrès sauvent heureusement des vies, la nature possède elle aussi beaucoup de réponses…
Ne l’oublions pas…!

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Posté par admin on décembre 20, 2011

Kong kong (Pat Tempaperdre)

Bon ben, puisque Marie a dit qu’on n’avait rien à dire, on n’a plus qu’à l’écrire…
Et on l’écrit d’ailleurs bien fort : RIEN ! RIEN DE RIEN ! JE NE REGRETT…

Ah oui, il y a quand même un truc à raconter mais pour cela, il faut comparer.
Et là, c’est moi qui m’y colle car la comparaison, c’est quand même bien un truc de mec, ça !
Les hommes cherchent tous un sens à leur vie, et se positionner en mettant en relation leurs performances au sein d’un groupe fait partie de cette quête : « j’ai une plus grosse (maison) que mon voisin parce qu’il a une plus petite (pension) » !
Et, vous n’allez pas me croire, mais ce genre de comparaison, aussi futile qu’inutile, fonctionne avec un tas d’autres choses qui forment l’essentiel des conversations masculines dans les vestiaires des clubs sportifs ! Les hommes sont donc, en plus, fiers de leur quête !
Bref, comme un parfait crétin de l’espèce dominante, je m’étale souvent sur ce blog dans la comparaison et l’étude des contrastes entre les us européens et moeurs africains.

Ainsi, un truc qui m’a toujours sidéré, au Sénégal, est le manque de confidentialité (et par conséquent de profondeur) dans les discussions.
Des discussions sans cesse interrompues par un tas d’éléments perturbateurs (dont le téléphone portable qui sonne à tout bout de champ n’est pas le moindre), probablement pour ne pas avoir à révéler ce qui est réellement important. La communauté diola est en grande partie basée sur la culture (du riz et) du palabre mais, à l’inverse, elle cultive aussi les secrets et les non-dits pleins de sous-entendus qui en disent long sur ce qui es-tu (et d’ailleurs, qui es-tu vraiment à la fin ?).
En Belgique, quand on veut parler à quelqu’un, il faut prendre rendez-vous plusieurs jours à l’avance. A l’heure fixée, on arrive devant une secrétaire qui vous fait patienter jusqu’à ce que votre correspondant termine son importante réunion du matin (plus que probablement en compagnie de son journal, au petit coin). Ensuite, le gars vous reçoit dans son bureau, tout en précisant à sa secrétaire de ne déranger sous aucun prétexte la deuxième réunion importante de sa matinée. Lorsqu’il ferme la porte de son confessionnal, il n’y a plus que vous qui confiez tous vos nombreux pichets et lui qui vous zappe soûl.

Pas de ça au Sénégal, là où toutes les portes restent ouvertes et où n’importe quel quidam pénètre dans la pièce pour interrompre une importante négociation d’affaires (du genre : « mais comment se fait-il que j’ai payé 3 millions de francs pour un truc et, non seulement, je n’ai rien reçu en retour, mais je devrais, en plus, rajouter le double ??? ») par un contestable « BôOzouRRR, na nga def (comment ça va) ? Ze vends des concombRRRes pouRRR 600 fRRRancs le kilo. Et la famille, ça va ? Et les vacances ? » ou un troublant « Et toi, bonjouRRR mon ami de longue date, tu me reconnais pas, toi…? Tu m’as RRRappoRRRté un poRRRtable comme tu l’avais pRRRomis l’année passée ? (???? mais qui c’est celui-là ?) »
Ici, les discussions sérieuses sont couramment désespérément inachevées parce qu’elles sont sans cesse coupées par des conversations intempestives et parasites… Finalement, on ne sait même plus de quoi on était venu discuter si sérieusement !

Pour travailler, ce n’est pas évident non plus. Notre maison, la Casamamita, dispose d’un espace clôturé avec un portail et est situé à l’intérieur d’un domaine « sécurisé » avec gardiens et tout et tout…
Neuf heures du matin, nous sommes vissés devant nos ordinateurs, essayant de trouver des solutions à nos crises budgétaires, patientant devant l’internet Sonatellien, lorsqu’une voix s’élève du portail :
- « Kong kong (Toc toc) ! »
Marie lève les yeux de son écran et grimace en me regardant….
- « KONG KONG (TOC TOC) ! Bonjour MaRRie ? »
La voix s’est rapprochée. Une charmante dame est maintenant installée sur notre terrasse, en attente de nos choix potagers.
Marie ouvre la moustiquaire…
- « Ouiiii, c’est pour quoi ? »
- « Ze vends des tomates ! »
- « Ah ? Et c’est combien ? »
- « 1.300 le kilo »
- « Des tomates, bon allez, je vais prendre un kilo ! »
La marchande a descendu son lourd chargement de tomates qu’elle transportait sur sa tête pendant des kilomètres et dépose 6 tomates dans une balance d’un autre âge.
- « Voilà 1 kg ! »
- « Je n’ai pas de monnaie. Tu peux me rendre sur 2.000 F ? »
- « Zi n’ai pas de monnaie, MaRRRie ! »
- « Bon ben, et si tu me donnes 3 tomates en plus ? »
Marie range les tomates au frigo et retourne à son écran.
Un quart d’heure plus tard…
- « Kong kong ! »
Pfff snifff….
- « MaRRRie ? BonzouRRR… Ze vends des bananes ! »
Gnmfff…

Le défilé s’étale ainsi sur toute la matinée et même parfois dans l’après-midi et pas toujours avec les denrées qu’on attendait ou qu’on avait commandées, mais il ne faut pas tirer sur l’ambulante : ces femmes doivent bien gagner leur vie, quoi de plus normal !
Pour nous, cela pose néanmoins un réel problème. Si on veut travailler, il n’est pas recommandé de perdre autant de temps, dès le matin, en se déconnectant sans arrêt de nos pensées « lumineuses »…

Alors comme, à défaut de temps, on est plein d’idées, on a proposé à Emilie d’organiser avec Jonas la livraison à domicile de produits d’alimentation. On a baptisé le concept « Cap Skirring Shopping Service » (hein ? Mais non, ce n’est pas un nom de couverture de la CIA) et on a imprimé de magnifiques dépliants que Jonas a distribués aux résidents blancs des quatre coins de la région.
Pour les futurs clients,…
- Finis les déplacements pour faire les courses et les sacs trop lourds à porter ;
- Gain de temps libre pour profiter des vacances ;
- Prix clairement indiqués et concurrentiels avec les prix du marché ;
- Livraison à domicile et paiement à la réception ;
- Ouvert tous les jours de novembre à avril.
En cadeau de bienvenue, on offre les frais de livraison aux clients qui passent la première commande (—-> fin de l’argumentaire promotionnel)

« Allons bon, v’là aut’ chose », nous direz-vous, non sans une certaine dose de bon sens paysan qui vous caractérise si bien.
« Et bien, qui ne fait rien n’a rien et qui ne dit mot consent » vous répondrons-nous en étalant notre conficulture sémantique aux vrais morceaux d’adages populaires.
Bref, on essaie et on verra bien ce que ça donne.
Pour ne rien regretter…
NOOON, RIEN DE RIEN ! NOOON, JE NE REGRETT…

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Posté par admin on décembre 16, 2011

Un mois et combien ? (Marie Indutou)

Alors voilà bien sûr, vous le constatez par vous-même : depuis un mois et 3 jours, nous sommes à Cap Skirring et rien n’a été publié sur ce blog (pourtant si passionnant, au demeurant !)

Questions pour des champions :
Pourquoi ?
Comment se fait-ce ? Comment se put-ce ? Où blesse le bât ? Pour qui sonne le gars ?

Réponse pour un million (c’est mon dernier mot, Jean-Pierre) :
Il se fait que pendant tout ce temps, il n’y eut tout simplement RIEN à raconter. Découvrez ci-dessous les quelques explications (valables ou non) à cet impardonnable pénurie de nouvelles.

Oui, c’est vrai : depuis notre arrivée mi-novembre, les travaux sur le chantier sont à l’arrêt. En ce début de saison sèche, nos fonds le sont aussi (secs), tels les thons (sic) !
Aujourd’hui, le monde est bien trop petit ou beaucoup trop grand. On manque de moyens !
A Pâques (épique époque), on se réjouit de voir les cloches choir à la maison, mais à Noël, les pièces ne sonnent et ne trébuchent plus !… Et nos projets immobiliers sont immobilsés !

Cette carence est, dans notre cas, imputable à diverses causes, tant africaines qu’européennes…

Côté Sud, Babacar a dû faire face à maintes hausses de prix. C’est souvent le cas pendant « l’hivernage » (= saison des pluies de juin à septembre) : le prix du mazout augmente pour le transport par camions venant de Dakar (mais nooooon, pas pour le chauffage ici, enfin !), comme celui des matières premières telles que le sable, le ciment, le coquillé, le basalte, le matériel de piscine, le carrelage et autres « le qui là » difficiles à livrer « because les routes sont inondées » !
Ajoutez à cela les pannes des bacs destinés au passage du fleuve Gambie (promo en Gambie : « un seul bac au prix de deux ») obligeant les transporteurs à contourner ce pays… Tout cela fait que le prix des choses peut doubler, si pas tripler entre l’établissement du devis et la livraison du produit fini.

Côté Nord, le prix des travaux sur notre chantier belge ayant, eux aussi, subi la même courbe ascensionnelle, nous nous retrouvâmes fort marris quand la bise fut venue et qu’il nous fallut repartir vers le Sud moins nantis qu’un an auparavant… D’autant que, une fois réfugiés bien au chaud loin de notre plat pays, les quelques maigres rentrées espérées ne rentrèrent pas… Ce qui n’arrangea pas nos arrangements !
Quelque peu déconfits de notre déconfiture, nous ne pûmes que constater un ralentissement encore plus prononcé de notre entrain initial, et un amenuisement des perspectives futures, du moins dans un proche avenir… Et s’ensuivit une absence totale d’inspiration, d’où, ce vide interstellaire sur Ce Qu’il Faut Dire dans ce blog ! CQFD !

Mais bon ! Allions-nous donc nous laisser abattre sans combattre… le fer quand il est si chaud ici ? Et renoncer ainsi à nos beaux rêves ?
Que nenni, braves gens !

Nous décidâmes donc d’emmener Mamita (la maman de Patrick, pour les non-initiés, en villégiature avec nous pendant les deux premiers mois) pour lui faire découvrir notre « presque-hectare » (voir épisodes précédents de ce blog concernant le bornage du terrain) et observer ses réactions devant les premiers jets de notre projet…
Et bien, la bien-nommée propriétaire de la « Casamamita », éblouie par la beauté et la taille, sinon la grandeur, de ce qui n’est encore qu’une ébauche, surprise par notre audace et finalement conquise par notre projet, nous fit cette déclaration solennelle :
— Mais je savais pas que c’était si grAAAnd ! Que c’est bÔÔÔ ! Ah mais à mon retour, je vais vous aider, mes chéRRRîîîs !

Aaâllez-Loui-Ya !

Une petite bouée de secours (sous forme de prêt) se profilerait-elle à l’horizon, qui nous permettrait peut-être (Inch-Allah !) de finaliser quelques postes, par-ci, par-là ?
En nous constituant une petite équipe de bons éléments, triés sur le volet, et choisis, cela va sans dire, parmi nos amis les plus proches, les plus spécialisés et les plus… fiables, nous pourrions, petit-à-petit, continuer à progresser, par petites touches : « Danka-danka » comme on dit ici !
Nous avons donc d’ores et déjà le bonjour d’Alfred pour nous filer un coup de mains avec ses frères.
De son côté, Bouba, l’artiste peintre, après avoir suivi une courte initiation auprès de Mamady-le-sculpteur, s’attaquera aux « scraffitos » qu’il faut terminer sur le mur du bar…
Ainsi, menés par notre cheftaine écolo à nous, en l’occurrence Julie-de-la-Brousse, la joyeuse troupe s’occupera de réaliser la pose du carrelage mural dans la cuisine du restaurant (plus délicat puisque réalisé sur les briques d’argile et non de ciment), puis d’y finaliser les enduits en terre, après la pose impérative des châssis en bois. Travail qu’ils pourront également entreprendre dans le bloc de quatre chambres, et cela, dans les même conditions de finitions électriques et menuisières. Dans ces chambres, afin de réduire les coûts, nous prévoyons éventuellement de réaliser des sols en terre, toujours sous l’égide de Julie-la-nomade, la spécialiste en la matière, après qu’elle aura testé cette technique dans sa maison de Boucotte (côt kodaaak).

Mais, c’est là qu’est l’os (hélàs !), tout cela ne pourra se faire que lorsque les travaux déjà engagés par l’équipe précédente seront réalisés sur notre chantier, à savoir : les plans de travail dans la cuisine ainsi que le complément du gros-oeuvre de la piscine, dont les dégâts ont certes été réparés, mais qui n’est toujours pas achevée…
C’est donc un peu de ce côté-là que le bât blesse, car cette première équipe, occupée sur d’autres chantiers ou fouettant d’autres chats, nous laisse un peu dans la … tente, trouvant toujours une bonne raison pour avoir tort et ne pas faire ce que nous attendons depuis tout ce temps.

Bon alléï, cha chuffit pour aujourd’hui !
Profitons un peu du soleil d’ici pendant que vous vous gèlerez encore un peu plus les miches là-bas !

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Posté par admin on juillet 15, 2011

Versus (‪Pat de Kwa‬)

Ainsi donc, pendant que nous autres « ch’tits belges » (ou bien faut-il plutôt dire « ch’tits wallons » dès à présent ? … Ou « ex-ch’tits boulets » si l’on en croit les – mauvais – esprits flamands ? … Ou « futurs ch’tits dégradés de la note » selon l’agence d’évaluation Standard & Poor’s dont le propos est loin de nous taquiner avec la note Vande Lanotte ?), pestons sur un climat régional maritime dont la fraîcheur n’est pas des plus bienvenues chez les ch’tis, nos amis casaçais sont, quand à eux, plongés en plein hivernage.

« L’hiver neige au Sénégal une fois ? », me rirez-vous au nez avec ironie en caricaturant la pointe nasillarde d’un accent belge prononcé à la française…
Non, non, l’hiverNAGE, vous répondrai-je… comme dans « Faites natation à ce que je dis » !

Pour tout dire, l’hivernage est un cycle climatique propre à cette région sub-tropicale qui s’étale de juillet à octobre, période durant laquelle la chaleur étouffante (30-40°) est à peine rafraîchie par de fortes averses de pluie.
C’est la saison des grandes manoeuvres naturelles : la végétation pousse à grande vitesse, la terre râle, le riz paille et les moustiques sucent les globules du touriste (rare en cette période) par le biais de leurs pompes à piquouzes, vecteurs du paludisme, de la dengue ou de la chikungunya, histoire de venger le sort des congénères dont les cadavres, sauvagement réduits à l’état de bouillie aux larges éclaboussures écarlates, ornent nos murs tout au long de l’année.

Et oui, il pleut par intermittence à Cap Skirring en ce mois de juillet, mais quand il pleut, ce sont des cordes, voire des hallebardes,

Notre belle cuvette de piscine à ainsi recueilli tellement d’eau en si peu de temps que les fondations se sont lamentablement effondrées comme nous le prouve cette triste photo…

Il va falloir réparer tout ça ! Ou sinon, on pourrait toujours y élever des crocodiles…
Hé, hé !… Comment, vous ne pouvez pas payer l’addition ??? Kiki ! Crocky ! Wallygator ! Par ici la bonne chair fraîche ! Et hop, l’indélicat balancé dans la piscine !…

De l’orage dans l’air, on le retrouve un peu aussi au sein de notre équipe. Lors des quelques réunions sur Skype, le climat ambiant n’est pas toujours au beau fixe lorsqu’on analyse les points de vue de nos deux amis qui se font face, Julie et Babacar.
Signe des temps, écologie et économie tendent à suivre des voies opposées.
Il faut dire que les contraintes sévères d’organisation de travail dans une région où il y en a justement très peu (du travail, pas des contraintes sévères) font que les collaborations ne sont pas toujours évidentes et c’est encore plus flagrant quand deux logiques (deux cultures ?) s’affrontent : Femme vs Homme – Europe vs Afrique – Nature vs Confort.
Tant de versus sculptent un rictus de contrariété sur notre visage. Rictus vs Versus.

Deux visions qui ne sont pas parallèles et qui finissent par se croiser et se heurter, ce n’est pas un accident, c’est le début d’un débat (ou alors d’un strabisme divergent). Et c’est justement le débat qui élève le monde (pour autant que l’avenir n’appartienne pas à ceux qui ont le veto, comme disait Coluche, mais c’est un autre débat). C’est aussi vrai qu’on s’énerve rapidement quand on n’est pas sur la même longueur d’ondes.

Pourtant, les compromis sont bien nécessaires car économie et écologie sont dès à présent contraints de s’entendre.
La récession qui frappera probablement le monde d’ici très peu de temps ne pourra se modérer que grâce à cette association.
Un Docteur a un jour déclaré qu’il ne voyait pas d’autre issue à « l’entropie de notre géoïde ».
Houlalaaaa ??? Comme le Docteur a toujours raison, il y a de quoi s’inquiéter !
Rassurez-vous, on ne va pas tous mourir en 2012 (du moins, il faut l’espérer) car il s’agit en réalité d’un Docteur en Sciences Economiques…
En clair avec le décodeur Canal+, il parlait de la dégradation du système (= entropie) financier et de la dette à l’échelle planétaire (terre = géoïde, un globe aplati aux pôles et renflé au niveau de l’équateur).
Il faut de temps à autre injecter une petite touche scientifique à ce blog pour que ce soir, vous vous couchiez moins idiot que ce matin !

En attendant, pour éviter tout problème à l’avenir, on a décidé de scinder nos actions en deux.

Tropic-Cap termine le reste du chantier. Babacar est de toute façon au courant que nos moyens financiers sont limités et il se débrouillera comme il le pourra avec les moyens du bord.
D’ailleurs pour les logements, l’escalier est terminé. Les maçons ont commencé à réaliser les bacs à fleurs sur le toit. Moussa et Mansour s’occupent du plafonnage des 4 chambres. On avance malgré tout !

Julie, quant à elle, s’occupe en priorité de la préparation des activités de Cap Sénégal avec le noyau dur d’amis purs auquel s’est récemment adjoint Bouba, l’artiste peintre qui a magnifiquement décoré l’un des murs du restaurant.


Petite réunion au sommet.

Julie est ainsi partie en reconnaissance à la recherche de propositions de circuits touristiques et solidaires dans le coin.


Circuit au coeur de la forêt avec ses splendides fromagers.

On avance de ce côté aussi…
Avançons, avançons…
Inutile de se mettre dos à dos quand on a la volonté d’atteindre le même but.
Recto vs Verso ? Match nul : 0-0 !

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Posté par admin on juin 24, 2011

Le toit et le mois (Pat Rond)

Allo, Houston ? Je crois qu’on a un léger problème…
Sept mois déjà que tout a commencé (comme le temps passe)…
On était parti à la conquête d’un espace-loisirs en avançant à grands coups de belles théories éthiques et solidaires. On clame haut et fort que nos constructions sont écologiques et voilà que, bardaff, pour recouvrir le restaurant, on y pose un toit en alu, imitation tuile.
Qu’est-ce à dire ? De qui se moque-t-on ? Houuuu ! Remboursez, sales menteurs !

Et oui, honte sur nous, c’est VRAI !
Le résultat est bien là ! Ce toit-là n’a rien d’écologique à part le fait qu’il est durable si on définit ce mot comme inaltérable.


Pourtant, après avoir tiré dessus dans tous les sens, force est de constater que nous n’avons pas pu trouver autre chose comme couverture.
Et c’est bien là que le bât blesse ou que le bas plisse…
La plupart des toits de la région sont construits en paille. C’est très joli (tRRRès zouli) mais peu pratique car il faut remplacer la paille tous les six ou sept ans (tRRRès cheRRR).
Puisque les murs sont en argile, notre choix de toiture s’était donc naturellement porté sur des tuiles en terre cuite.
On pouvait même définir sa couleur : naturelle ou verte. Okkkay… Va pour le vert, j’espère !… Je veux, mon neveu !… En avant, les enfants !
Mais on est au Sénégal et, par conséquent, il y a un os, nous rapporte Babacar ! En effet, les tuiles sont rares dans le coin ou, si par chance on en trouve, elles sont mal fichues ! On ne les fabrique pas par ici. Paparazzi non plus !
Elles proviennent carrément de Côte d’Ivoire. On peut les commander mais le délai de livraison entre deux révolutions est de minimum 3 mois. Or, nous sommes au mois de mai et l’hivernage avec ses premières grosses averses de pluie débute en juin.
Katastrophescheisseundmiserikördtt !
Allo, Houston ? Je crois qu’on a un léger problème…
Devrons-nous baptiser notre restaurant « Le Titanic » ? Est-ce que toutes les oeuvres murales réalisées par nos artistes préférés ne seraient en fin de compte que des expressions d’art éphémère condamné à disparaître ? Du « Land Art » cher à Julie ?
Heureusement non, car dans un délai très court, tout ce que Babacar nous a trouvé pour remplacer nos tuiles en terre cuite sont donc ces plaques vertes en alu.
Alu, Acétone ?…
Soit ! Contre mauvaise fortune, faisons bon coeur et tirons les leçons de ce genre de… tuile (oui, c’est lourd mais c’est fait pour) !

Manu nous en avait parlé le premier. Madeleine y réfléchissait aussi. Nous avions déjà discuté avec Appro-Techno de l’utilité d’un équipement de base, permettant l’exploitation d’une briqueterie artisanale qui produirait des briques en argile pour les murs de nos chantiers. Pour rester très terre-à-terre, des tuiles en terre cuite pour les couvertures de toits et des tomettes en terre cuite pour les revêtements de sols pourraient compléter l’offre d’une telle fabRRRique de bRRRiques en AfRRRique. Acheter une carrière d’argile ne semble pas une difficulté insurmontable non plus avec Babacar sur la piste.

En fait, la principale difficulté, c’est l’investissement de départ puisque tout notre argent part dans notre projet « Cap-Sénégal » (au moins, il ne partira pas dans la future faillite de Dexia).

< -- Appel à levée de fonds -->
Si, cher ami lecteur (Hannibal Lecter ?), toi aussi, tu as un petit pécule à investir et que l’aventure de cette briqueterie au Sénégal te tente (plus il y a des sous et plus il y aura du riz), voici mon e-mail : pc@magixl.com, écris-moi !
< -- Fin de l'appel (début du rateau) -->

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Posté par admin on mai 16, 2011

Toi, tu es Jeanne Ti ! (Pat Ibulaire)

Ce que j’aime bien chez nos amis sénégalais, c’est avant tout leur gentillesse.
Une gentillesse parfois intéressée sans doute, mais une ouverture sur l’autre qui a le mérite d’exister. C’est une valeur universelle que nous, p’tits belges, ne distribuons plus qu’avec pincettes et gants à quelques proches personnes (et encore, si on a le temps…).

En Belgique, à force de crier pour se faire entendre, la voix du plus fort fait office de force de loi. La gentillesse est devenue tellement désuète qu’elle n’est plus citée que pour souligner des gros mots : « Maintenant, soyez gentil… foutez-moi la paix ! » ou « Vous êtes bien gentil mais je vous emm… »
Pourtant, il faudrait définitivement arrêter de penser : trop bon = trop con. C’est relou de chez Afflelou !

Quand, sous les flux de « reality-tivi » et reflux de « press-pipeule », on patauge dans d’étroites certitudes baignées de causes étriquées, une lame de fond s’élève tôt ou tard pour noyer toute forme de solidarité et de générosité. Bon d’accord, cette vague phrase est aussi un peu relou de chez l’autre fou mais ma femme, elle se mare alors moi, je publie !
De nos jours, l’indispensable unité se fragmente, les nations se divisent et les esprits se réduisent. On se tourne vers le plus petit.
Car manifestement, les cours d’histoire étant ce qu’ils sont – une histoire pas drôle -, deux guerres mondiales n’ont pas encore suffi pour enregistrer définitivement qu’on détruit en séparant et qu’à l’inverse, on construit en s’unissant.

Pourtant, il faut dire qu’au Sénégal, ils ont aussi leurs télés-poubelles…
Des feuilletons indiens (ceux qui font « Hareeeeeee Krishnaaaaaa », pas ceux qui font « Woulou woulou ») à l’eau-de-rose, aussi soporifiques que « Derrick », et des pubs débiles à dix balles pour des boutiques de gris-gris sont autant d’armes de déstructuration massive redoutables.
Mais comme la télé est réservée aux privilégiés qui ont l’électricité, elle n’atteint heureusement pas grand monde ici… sauf en période de Mondial de foot quand les « Lions de la Teranga » se qualifient. Alors les joueurs deviennent trop bons, les supporters trop cons et je me relooke chez Raf le flou !
Libérés des chaînes de la télé, la communication interpersonnelle redevient humaine et la civilité réapparaît. La solidarité suit dans le deuxième wagon.
D’ailleurs, Mr. Twain, qui sifflait toujouws twois fois, a dit un jour en substance : « La gentillesse est le plus court chemin d’une personne à une autre ».
Soit. Il ne reste plus qu’à faire de ce chemin une voie ferrée et la border de stations TGV (Très Grande Valeur).
La gentillesse, tu encourageras, la sagesse, tu trouveras (et Yoda, tu reconnaîtras).

Commençons donc par redorer le blason de la noblesse du coeur et à rendre hommage à ceux qui le méritent…
Suzanne, Emilie, Mamady, Badadia, Jonas et tous les autres, vous êtes vraiment des filles et des mecs super (à ne pas confondre avec des Mexicains). Restez-le !
Et puis, gardez le moral… les bons blancs existent aussi !
Dans ce contexte, j’aimerais vous en citer deux et, comme je suis un homme, je choisis deux femmes (c’est à ça qu’on reconnaît bien là les hommes, paraît-il) :

- Marie de ma vie qui, non contente d’être toujours aussi brillante de corps, se révèle encore plus merveilleuse d’esprit. De plus en plus, jour après jour. Malheureusement pour le genre humain de sexe mâle, je suis un des rares à pouvoir en profiter et il faudra donc vous contenter de fantasmer sur les photos de Laetitia Casta tout en relisant les mémoires de Mère Teresa.

- Viviane Renaud qui n’est plus avec nous mais qui est pourtant toujours bien là. Son amitié chaleureuse a ouvert la voie à notre projet qui n’aurait sans doute jamais vu le jour sans son grand coeur. On dit que les animaux sentent la bonté chez les gens. Viviane irradiait de bonté. La preuve en est que toute une ménagerie circulait librement dans sa maison. Lui rendre hommage rentre dans nos plans. Ceux qui viendront nous rendre visite lorsque tout le chantier sera terminé le découvriront bien…

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