Kinding-Kandab (Ma Brousse de secours)
Pendant ce temps, nous continuons à préparer notre futur verger…
Vu l’intérêt que le vaches risquaient de porter à nos jeunes pousses, il nous a fallut réfléchir au moyen à utiliser, qui soit à la fois bon marché ET efficace, pour protéger nos plantations…
Nous avons alors pensé, outre les briques de ciment, aux branches de palmiers, souvent utilisées ici, par les autochtones, pour construire leurs palissades. Ça tombe bien, il y a au moins vingt palmiers à nettoyer sur le chantier ! Il ne nous reste plus qu’à trouver un gars qui a l’habitude de faire ça, c’est à dire un gars qui récolte le vin de palme (le bunuk en langage local)… et qui ne passe pas trop de temps à le boire, lorsqu’il est bien fermenté…
… Un ange* / djinn* / poulet*, passe… (* selon que vous soyez chrétien, musulman ou animiste)
Il faut dire que c’est un métier acrobatique et dangereux, puisque le récolteur grimpe au palmier à pieds nus, seulement aidé de son « Kanda-bak », simple câble réalisé en feuilles de palmier tressées et gainé de peau de vache (mais non, pas votre belle-mère !), maintenu en cerceau autour de sa taille et de celle du tronc par une fermeture quelque peu bancale : un gros noeud dans une des extrémités que l’on glisse dans l’anse tressée à l’autre bout du bazar…

« Francis-Love » en pleine démonstration
Comme on peut l’imaginer en observant la photo, il arrive que la partie de cerceau qui frotte le tronc cède et… « Bardaff, c’est l’embardée…! »
Quelques intrépides récolteurs finissent donc en piteux état ou se retrouvent carrément de l’autre côté du plancher des vaches à déguster les palmiers par la racine en compagnie de leurs ancêtres… Ayons donc une pensée émue en leur mémoire…
Grâce au ciel, nos palmiers à nous ne sont pas encore très hauts et tout devrait bien se passer.
Nous voilà donc parties, Monika-ma-voisine et Marieke-la-divine (dixit mon nez-pou), avec nos guides Frrrancisss et Dénisss (alias Francis et Denis les fameux basketteurs), afin d’aller chercher le fameux Gérald, » l’homme qui grimpe aux arbres plus vite qu’il n’en descend », dont on nous avait fait la publicité… L’homme-tronc en quelque sorte !
Partis en voiture en direction de Boucotte, nous bifurquons brusquement à droite, sur les indications de Francis, pour emprunter un chemin sinueux et sablonneux qui s’enfonce progressivement dans la jungle.
Ah bon ? On y est déjà ?
Un kilomètre plus loin, le chemin se rétrécit au point que nous devons abandonner la voiture et continuer à pied…
Avec nos petites sandalettes, Monika et moi, on se regarde en faisant la grimace puis, courageusement résignées, nous commençons notre progression tout en écarquillant nos yeux afin de ne pas marcher sur un serpent.
— « Dites les gars, c’est pas trop loin au moins ? », je demande.
— « Non-non, c’est tout prêt, c’est là-bas ! » nous répond Francis en tendant son index vers les grands espaces sauvages qui s’étendent à perte de vue…
Bien ! Marchons donc et profitons du panorama…
Vingt minutes plus tard…
— « T’es sûr que c’est par ici qu’il crèche, ce Gérald ? Ou alors, tu voulais dire là-bas, au fin fond du bout de la brousse ? »
— « Mais c’est pas loin, hein ? » nous répond-il, « c’est là-bas ! » dit-il en pointant son doigt en direction du Kenya !
Plusieurs minutes plus tard, on distingue au loin, camouflée au milieu de la végétation luxuriante, un petit abris en feuilles de palmier séchées, ainsi que quelques bidons multicolores, semblant attester d’une présence humaine… Un bidonvillage local ?

Marizette arrivée à la case-départ…
A l’intérieur, quelques « patibulaires » dépenaillés nous accueillent avec de grands yeux « zéblouis » :
— « Mais que viennent donc faire ces deux « tris zouli toubab », l’une blonde, l’autRRRe RRRousse, dans notre bRRRRousse-là dis-donc ? »
— « On les zette dans la maRRRmite et on les cuit à petit feu ? »
— « Non mon fils, on les gaRRRde avec nous et on manzzze ta mèRRRe ! »

Vas-y Francis, explique-leur !…
Heureusement, Francisss-Love, avec sa nouvelle couronne de tresses, leur fait un topo en diola pour leur expliquer le deal : on vient leur emprunter Gérald pendant quelques jours car on a un job dans ses cordes (autour du cul) avec rémunération à la clé… (pas de son cul, hein !… M’enfin !)
Après moult palabres et discussions animées, le groupe se met d’accord et finit par toper-là !
Du coup, une petite cérémonie s’impose et s’improvise…

Allez, les gars, un p’tit sourire !
Nous scellons notre pacte d’un petit rituel devant le fétiche et quelques ablutions,…

Attention de ne pas trop abluter !
… pendant qu’un des lascars est envoyé faire les courses dans la brousse à la recherche d’une bouteille de « bunukab », le vin de palme du matin, sucré et non fermenté, destiné aux femmes et aux enfants… Le vin des « clettes », quoi !

Monika et Francis tout sourire derrière leurs lunettes de soleil.
Aaah mais Francis, ce ne sont pas ses lunettes, ce sont ses naRRRines !
En attendant la collation, Monika et moi, on se regarde avec un petit rictus crispé digne d’un dernier salon de thé où l’on cause qui pourrait signifier un truc du genre : « A vrèèè dire, três chèèêre, ce « bounou-chose » n’est pôôô vraiment notre tâââsse de thé, mais tâââchons de faire bonne figure et de ne pôôô vexer cééé jeunes guerriers, n’est-ce pas mâ chèèêre… » (prout, si vous voyez le genre !)
Là-dessus, voilà-t-y pas que le coursier revient, triomphant et hilare, muni de sa bouteille de Kirène (l’Evian local) remplie à ras bord de la précieuse substance laiteuse en question…
Le hic, c’est qu’elle est aussi garnie de petites mouchettes, de graines diverses et fétus de paille, de bestioles et détritus flottants en tout genre, fort peu ragoûtants…
Bien malgré nous et notre parfaite éducation, nos rictus se transforment alors en grimaces d’effroi. Beuêêêrk !
Sachant que Monika est encore plus délicate que moi, je sors :
— « Bon, écoutez les gars, on vous aime bien, mais là… là… il va falloir faire un effort, parce que là… là, pour nous, ça va pas être possible ! On veut bien vous faire plaisir, mais là… là : c’est non ! »
Un moment interdits devant notre réaction, nos compères finissent par comprendre la raison de notre changement d’humeur et Denis, très serviable et plein d’astuce et de sens pratique, finit par nous dégotter un morceau de treillis métallique qu’il enfonce alors dans le goulot d’une autre bouteille, de Sprite cette fois, afin de filtrer le breuvage et de nous le rendre acceptable !

Un filtrage scientifique !
La potion ainsi obtenue est donc reversée dans le « Kinding » en terre cuite afin de pouvoir enfin trinquer !
Là… là, allez soit, bon d’accord !

A la… la… santé de tous !
Ah ouaaaais… Ainsi donc, Kinding = pot en terre cuite et Kandab = le cerceau pour grimper au palmier.
C’est ainsi que nous comprenons la signification du fameux « Kinding-Kandab », qui signifie en français : « A votre santé ! »
A très bientôt sur nos ondes wi-fi, pour notre prochaine leçon de sénégalais… et pour la démonstration de la fameuse palissade réalisée en feuilles de palmier (voir en début d’article) qui nous éviteront d’avoir un petit problème dans notre plantation… Pourquoi ça pousse pas !

















