A bon entendeur… (Pat Bruit)
Il y a quelques temps, Brigitte, une amie de collège et autrefois collègue de Marie, souhaitait piquer une petite pointe de 3 jours en Casamance. Elle partait avec un ami pour visiter le Sénégal et comptait passer plusieurs jours à la Somone et sur la Petite Côte, dans le Nord du pays. Hébergée à son arrivée par une connaissance qui habitait du côté de Mbour, son premier contact avec l’Afrique ne fut pas des plus réussis. Le couple d’accueil belgo-truc (ce n’est pas une faute – la femme était peut-être bien turque – mais en réalité, sa nationalité restait indéterminée) était tellement spécial que notre amie fut vite refroidie par leur accueil peu chaleureux… Tellement refroidie qu’elle en attrapa une bonne crève bien carabinée de chez nous. Du coup, en prenant contact avec elle via Skype, Marie lui proposa de venir nous rejoindre et, par voie de conséquence, de rester plus longtemps avec nous dans le Sud, en Casamance.
Ainsi fut fait : rendez-vous fut pris et Brigitte rappliqua. Elle passa d’abord deux nuitées dans le centre de Cap Skirring à l’hôtel Balafon (18.000 CFA – 27 euro / la nuit) pour se tourner ensuite vers le Fromager Lodge, situé à Cabrousse, et loger dans une petite case bien sympatypique, blottie au milieu de nulle part. Le Fromager Lodge propose une carte de pizzas (et oui, c’est un italien qui a lancé ce resto), ainsi que des salades et autres plats traditionnels, mais on y loue aussi des chambres (15.000 CFA – 22 euro / la nuit). Le décor y est splendide, bordé de fleurs et de cocotiers. Comme son nom l’indique, le centre de gravité du Fromager Lodge est… un fromager (Non ? Si !). Cet arbre centenaire aux racines imposantes et filandreuses surplombe majestueusement le resto-bar ainsi que la (toute petite) piscine. On peut y grimper pour déguster l’apéro à son aise ou pour un dîner tranquille, tout en profitant du panorama. A l’instar des fameux lodges kenyans, la vue est magi-gnifi-que d’en-haut !
Peut-être que Brigitte laissera un commentaire sur ce blog afin de raconter plus en détail ce qu’elle a pensé de son voyage mais une autre anecdote m’a interpellé lors de son départ. En effet, pour regagner notre plat pays, Brigitte devait d’abord retourner sur Dakar pour prendre l’avion à 120° en direction de Tunis, puis bifurquer à 140° sur Istanbul et virer enfin à 270° pour revenir vers Bruxelles. Si on suit le vol sur une carte, le chemin doit être au moins trois fois plus long que de faire Dakar-Bruxelles en ligne droite. Evidemment, cela prend aussi bien plus de temps. L’avion consomme à coup sûr plus de kérozène et comme il se pose trois fois, il faut payer en toute logique trois fois des taxes d’aéroport. Le prix du pétrole sans cesse en hausse et les taxes d’aéroport surélevées étant, d’après les agences de voyage, les raisons du prix prohibitif des vols depuis la France ou la Belgique vers l’Afrique Noire, une candide question fusa immédiatement…
- Nous : « M’enfin Brigeou, ce voyage va te coûter une fortune ? »
- Brigeou : « Non, non, je me suis renseignée sur internet et c’est le vol le moins cher. »
- Nous : « Hein ? Mais c’est pas Dieu possib’ ? »
- Brigeou : « Mais si, je vous assure ! »
- Nous : « Qu’est ce qu’ils nous bassinent là donc tous avec ces histoires de pétrole et de taxes ? »
Du baratin commercial, tout ça ! Oui, ma bonne dame ! Bande de voleurs ! Escrocs ! Pollueurs !
C’est incroyable ! On paie plus cher l’avion pour aller en Afrique tropicale (là où vivent les habitants parmi les plus pauvres au monde) que pour se rendre un peu partout ailleurs !
Comparons ce qui est comparable, soit le prix moyen au kilomètre vers des destinations en dehors de l’Europe (en Europe, c’est beaucoup moins cher, même pour faire des sauts de puces !).
Vous allez voir, c’est assez édifiant…
Bruxelles – Istanbul (2.178 km) : à partir de 86 € le vol sec = 0,039 €/km
Bruxelles – New York (5.881 km) : à partir de 276 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Mexico (9.242 km) : à partir de 434 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Hong Kong (9.392 km) : à partir de 435 € le vol sec = 0,046 €/km
Bruxelles – Tokyo (9.450 km) : à partir de 445 € le vol sec = 0,047 €/km
Bruxelles – Bangkok (9.248 km) : à partir de 467 € le vol sec = 0,050 €/km
Bruxelles – Le Cap (9.526 km) : à partir de 534 € le vol sec = 0,056 €/km
Bruxelles – Chicago (6.666 km) : à partir de 397 € le vol sec = 0,059 €/km
Bruxelles – Dubai (5.152 km) : à partir de 313 € le vol sec = 0,060 €/km
Bruxelles – Madras (7.899 km) : à partir de 476 € le vol sec = 0,060 €/km
Bruxelles – Le Caire (3.216 km) : à partir de 241 € le vol sec = 0,074 €/km
Bruxelles – Dakar (4.468 km) : à partir de 546 € le vol sec = 0,122 €/km
(Source : www.prixdesvols.com – comparateur des vols sur internet)
Et oui, voyager jusqu’au Sénégal coûte beaucoup, beaucoup (et même beaucoup) plus cher qu’ailleurs. Les chiffres le prouvent !
On n’est pas en Egypte, mais cela prouve donc bien qu’il y a des compagnies aériennes qui s’en mettent plein les fouilles
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On ne salue pas la compagnie !
Ou alors le fuselage des avions est tellement troué que le carburant fuit de partout au-dessus de l’Afrique (« Ah oui mais ouiiiiii, c’est bien ça !… Voilà pourquoi le delta du Niger est tout noir de pétrole !… C’est pas nous ! ») crient en coeur les patrons de Chevron et Texaco).
Pour faire venir quoi que ce soit en Afrique (des touristes, des ingénieurs, des voitures, du matériel, des colis postaux, etc.), il faut payer le prix le plus élevé de la planète.
Conclusion : rien n’arrive et les africains manquent de tout, rien ne bouge et les jeunes veulent s’en aller.
Qu’attendent donc d’autres compagnies (style low-cost), pour venir s’implanter dans la région ? Une aide financière sans doute (c’est le monde à l’envers) ? Que les concurrents chinois rappliquent avant eux ? Que les poules aient des dents ? Que tombe la neige (tu ne viendras pas ce soir) ?
Pourtant, la Casamance recèle bien des trésors… Bien sûr, on ne parle pas vraiment ici de monuments historiques inouïs, de richesses culturelles flamboyantes, de patrimoine artistique d’envergure historique, d’événements de premier plan. On ne parle même pas de beautés naturelles à couper le souffle en comparaison de l’Himalaya, la grande barrière de corail ou la forêt amazonienne, même si la nature est particulièrement belle ici en Casamance, que l’on se ballade sur les grandes plages désertes de sable fin ou que l’on longe les longs bolongs de l’automne en admirant une végétation luxuriante peuplée d’une multitude d’oiseaux multicolores.
On ne parle pas non plus du climat, pourtant exceptionnel puisque la température ne descend quasiment jamais en-dessous de +14° C (la nuit ! Il faut dire qu’en ce mois de janvier 2012 il fait particulièrement frais au petit matin et que le grand vent nous accompagne dès minuit et jusqu’à midi… Pourvou ké cha né douré pas, hé !) et qu’il n’y a pas un seul jour de pluie de novembre à mai.
Non… La grande richesse de cette région, c’est son capital humain !
On y croise des gens qui sourient et qui vous accueillent avec bienveillance. Des gens capables de vous offrir gîte et couvert, même s’ils sont infiniment plus pauvres que vous.
Certes, TOUS ne sont pas aimables dans un monde parfait (comme partout). Et parfois, quelques « marchands » ambulants arpentant les plages des zones touristiques sont-ils trop insistants, agaçants ou pénibles à supporter. Bien sûr, et c’est plus grave, il y a aussi des braqueurs armés qui volent et des fonctionnaires corrompus qui rackettent.
Mais si on oublie ces derniers, les habitants de Casamance sont, en règle générale, éminemment gentils. Nombre de nos connaissances, venues en vacances dans cette partie du monde, ont eu bien du mal à repartir parce que les gens d’ici sont souvent très attachants (n’est-ce pas Manu ?).
Et en cette époque difficile, où les gens de chez nous souffrent tellement de problèmes relationnels à tous les niveaux, le plus grand atout de la Casamance, c’est la profonde et chaleureuse humanité de son peuple.
Il est plus que temps de le découvrir !…
Et nous l’avons encore redécouvert cette année en savourant l’hospitalité de Bouba…
Notre maison « Casamamita » à La Palmeraie étant indisponible pendant deux mois, Bouba nous a proposé de venir loger chez lui. Comme ça, gratuitement ! On était prêt à payer un loyer mais il a refusé…
Bouba est un jeune artiste peintre qui vit dans une maison à un étage, en bordure de la route qui longe le Club Med et qui va vers le village des pêcheurs. Son nom d’artiste est « Benz » mais il est aussi surnommé « Picasso » (il faut dire qu’ici, tous les artistes se font appeler Picasso). C’est un ami de Mamady (kikadi amidemamadi ?) et Julie s’était déjà liée d’amitié avec lui au printemps 2011. Elle nous l’avait alors présenté et, honnêtement, le connaître et le côtoyer est une excellente expérience que nous recommanderons à tous.
Bouba est quelqu’un de très posé, prévenant et affable. A la manière du vieux sage Yoda de la guerre des étoiles, on pourrait dire que « grande est sa gentillesse et riche est sa culture ». Il connaît parfaitement la région et a déjà accompagné Julie et Marie pour leur faire découvrir de nombreux itinéraires d’excursions.
Son métier, c’est la peinture. Et ce que Benz crée ne ressemble en rien à ce qu’on voit par ici. Ni même en rien à ce que nous connaissons. Ses toiles originales s’ouvrent sur un univers particulier, à la fois déstructuré, onirique et flamboyant de couleurs. Chaque jour, nous prenons le petit-déjeuner au centre de sa galerie, entourés par les quelques dizaines d’oeuvres du maître, et, objectivement, observer ces tableaux est un plaisir pour les yeux. On y découvre à chaque fois de nouvelles petites choses, de nouveaux détails. Pour raccourcir, on dirait qu’on part en exploration au coeur de l’exposition. Les images en disant plus qu’un long discours, voici huit reproductions pour vous faire une petite idée de son style :

Avis aux amateurs d’Art avec un grand A et un petit rt, les prix des toiles signées Benz sont particulièrment intéressants et varient selon le format :
30 x 20 cm : 15.000 CFA (23 euro)
30 x 44 cm : 30.000 CFA (45 euro)
33 x 70 cm : 65.000 CFA (100 euro)
50 x 75 cm : 100.000 CFA (150 euro)
75 x 100 cm : 150.000 CFA (230 euro)
100 x 150 cm : 250.000 CFA (380 euro)
Ce sont quand même des prix à la portée de toutes les bourses, non ? De quoi spéculer sur une future valeur en hausse si vous passez maintenant à l’action…
Commandez une toile de Benz dès aujourd’hui ! En plus, recevez gratuitement un cour de Wolof !
Bon c’est vrai, on fait un peu de promo pour Bouba là, mais il est aujourd’hui le gagnant de notre coup de pouce du jour… lauréat, parce qu’il le vaut bien !
Chapeau l’artiste !
Les seuls problème à loger chez notre ami, sont que les nuits de Cap Skirring sont véritablement plus qu’agitées et que les fenêtres de l’habitation en question sont dépourvues de vitres… Il n’y a que des volets en bois à claires-voies et les rideaux en tissu léger pour nous isoler du monde extérieur… Le calme de la « Casamamita » avec le doux gazouillis des z’oizeaux z’au réveil a fait place à des envahissants bruitages en tout genre, qui font que dormir ici relève carrément de l’exploit du yogi en immersion spirituelle… et qu’on se surprend à conclure qu’il vaudrait mieux être sourd que d’entendre ça !
Jugez plutôt…
Le samedi soir, c’est le pompon : soirée disco au Club Med, en compagnie des vieux tubes d’Abba (Vouuuleeez-vouuus ? Aha !) jusque minuit, suivie d’un concert de djembé (Tèbèlèbèlèp Tom Tomomtom Tom Tomomtom) à Cap jusqu’à 3 heures du matin. Une fois les fêtards épuisés et couchés, on respire pendant un petit quart d’heure, jusqu’au moment où les chiens aboient (Ouah-Ouah) et la caravane passe : coqs, chèvres et moutons (Cocoricooooo, Bêêêêê, Mêêêêê), suivis de près par quelques pintades au cri stupide qui ressemble vaguement au raclement d’un clou tordu sur une vieille tôle rouillée (Krrrr Kwâââck Krrrr Kwâââck Krrrr Kwâââck), défilent sous nos murs.
A 6 heures enfin, le muezzin de la mosquée, insomniaque lui aussi, hurle dans son micro (AAAAAALLLLLAAAAAH) pendant une heure. Même sans micro, il réveillerait tout le monde ! Mais sans doute, les voix du Seigneur sont-elles impénétrables !
Hélas, ce n’est pas encore le moment de s’assoupir alors que le soleil va bientôt se lever car les premiers travailleurs du dimanche, au volant de tacots et au guidon de mobylettes d’un autre temps (Pêt Pêt Pêt Pêt Pêt Pêt), se mettent en route, au nez et à la barbe de nos oreilles éreintées, en exploitant au maximum le potentiel sonore de ces anciens moteurs des années ’60 auxquels on aurait oublié de rajouter un peu d’huile.
Au petit jour, le vent souffle en fortes rafales (Whiouwhiouuuuu) et fait s’écouler, le long des feuilles du ronier qui jouxte la maison, la rosée qui tombe sur le toit, nous donnant l’impression qu’une fine cascade d’eau s’écoule sur la tôle ondulée (Klanbadang Klang Kling Klinbiding).
Bref, à tous ceux qui séjourneront un jour dans le coin, il est toujours utile de signaler qu’il est vraiment difficile de bien se reposer (Zzzzz) la nuit à Cap Skirring sauf si on glisse opportunément dans son sac à dos des boules quiès ou une boîte de valium !
A bon entendeur… Silence !
Arrivée d’air chaud !
Tiens… me voila cité sur votre blog
Effectivement, mes 2 séjours en Casamance ont été bouleversants. J’ai beau avoir sillonné pas mal de régions de notre belle planète, jamais je n’avais pris une telle claque.
Comme tu le dis si bien, c’est l’humain qui mérite le détour.
Si ça vous intéresse, à l’occasion, je me ferai un plaisir de raconter à vos lecteurs ces séjours qui m’ont totalement transformés.
Quant aux œuvres de Benz, je me ferai un plaisir de les mettre en vente sur Internet. Le soucis étant encore et toujours le transport (on en revient au début de ton message).
Votre blog nous passionne.
Vous relatez toutes ces expériences vécues avec talent, drôlerie et verite!
Merci a vous deux
Bertrand et Diane